MEPRIS DE CE MONDE FRUIT DE LA SCIENCE
Un des grands avantages que nous procure la science, c'est de nous faire perdre cette vaine et trop grande admiration des choses, qui est la source de toutes nos faiblesses ; car nous les admirons, ces choses, et elles nous étonnent, ou bien parce qu'elles sont nouvelles, ou bien parce qu'elles sont grandes. Si nous les admirons parce qu'elles sont nouvelles, il n'est point d'homme parfaitement instruit de ce qui s'est passé dans le monde et qui aura travaillé longtemps à en pénétrer les causes, qui ne soit pleinement convaincu de cette vérité : // n^ arrive rien de nouveau sous le soleil : Nihil sub sole novum^ ; et assurément, on n'admirera pas beaucoup le jeu des marionnettes, quand on aura mis la tête derrière la toile, et qu'on aura aperçu les instruments et les cordes qui font mouvoir ces petites machines. Si c'est la grandeur des choses qui excite notre admiration, elle ne l'excitera certainement pas dans l'âme d'un grand savant. Alexandre, dans le cours de la guerre contre les Perses, recevait de temps en temps des lettres de Grèce, où on lui annonçait des expéditions et des combats qui n'avaient eu le plus souvent pour objet que d'emporter un pont, un fort, ou au plus une petite ville. Ce prince, accoutumé aux grands combats et aux grandes victoires dans l'Asie, avait alors coutume de dire qu'il lui semblait recevoir des nouvelles du combat des rats et des grenouilles dont parle Homère.
C'est ainsi qu'aux yeux de l'homme qui aura contemplé longtemps la vaste étendue de l'univers et l'ordre
1 Eccle. I, 10.
qui règne entre ses parties, la terre ne paraîtra pas plus considérable qu'une fourmilière, et les hommes qui l'habitent (en mettant à part la dignité de leurs âmes) lui sembleront des fourmis, dont les unes portant leurs œufs, les autres chargées de quelques grains, et les autres à vide, courent et s'agitent çà et là autour d'un monceau de poussière,
{De Augment. scient., lib. I, vers, fin.)
HUMILITÉ DE l'eSPRIT AVANTAGEUSE POUR LES DÉCOU- VERTES ; ET PRIÈRE ADRESSÉE A DIEU PAR BACON AU COMMENCEMENT DU NOVUM ORGANUM
Entraîné par l'amour éternel de la vérité, nous avons hardiment traversé les déserts et marché par des routes difficiles et incertaines. Fondé et appuyé sur le secours de Dieu, nous avons raidi notre âme contre les attaques d'une armée d'opinions diverses qui s'opposaient fortement à notre marche, contre nos propres incertitudes et nos propres craintes, contre les ténèbres, les nuages, les fantômes innombrables qui environnent toutes les choses et nous en dérobent la vue ; ces attaques et ces travaux nous les avons soutenus uniquement dans le désir de tracer à la génération présente et aux générations futures une route plus sûre et plus fidèle pour parvenir à la vérité; mais, nous devons le dire, si nos efforts ont été couronnés de quelques succès, nous en sommes redeval)le aux soins que nous avons eus de contenir notre esprit dans les bornes d'une sage et sincère humilité.
EfTectivement tous ceux qui, avant nous, se sont appliqués à l'invention des arts, après avoir jeté quelques coups d'œil rapides sur les choses, les exemples et les expériences, ont cru que c'en était assez; et aussitôt, comme si pour inventer il suffisait de penser, ils ont invoqué, si je peux m'exprimer de la sorte, leur propre esprit, et lui ont demandé qu'il leur rendît des oracles. Mais nous avons une manière de procéder qui est bien différente : notre demeure perpétuelle et exclusive est au milieu même des choses; et nous n'éloignorîs jamais notre entendement des mêmes choses qu'autant qu'il est nécessaire pour que leurs images et leurs rayons puissent, ainsi qu"il arrive dans l'organe de la vue, coïncider au même point ; d'où il arrive que les forces et l'excellence de l'esprit ne sont point ici d'un bien grand usage.
Or cette humilité qui nous a toujours précédé dans nos découvertes, nous a aussi accompagné dans l'exposition que nous en avons faite. Ainsi, nous n'avons point donné à nos réfutations l'appareil d'un triomphe ; nous ne nous sommes point environné avec affectation des témoignages de l'antiquité ; nous n'avons point pris le ton imposant de l'autorité; nous ne nous sommes point enveloppé du voile d'une obscurité mystérieuse; tous ces moyens qui auraient pu paraître propres à donner de l'intérêt et de l'importance à nos découvertes, nous ne les avons point mis en usage : non pas que nous n'en eussions eu la facilité, mais parce que nous sommes moins jaloux de donner de l'éclat à notre nom, que de répandre la lumière dans l'esprit des autres.
Ainsi, nous n'avons point fait de violence et nous n'avons point tendu de pièges aux hommes pour forcer ou pour suspendre leurs jugements; mais nous les avons simplement amenés devant les choses et les points de contact qui les unissent, afin qu'ils remar-
quent eux-mêmes ce qu'ils possèdent déjà, ce qu'ils auront à réformer, à ajouter, à fournir pour l'utilité commune.
Pour nous, si quelquefois nous avons cru trop légèrement; si nous n'avons pas toujours eu dans nos observations assez d'attention ou assez de vigilance; si nous nous sommes arrêté au milieu de notre route, et que nous ayons rompu le fil de nos recherches, il est au moins vrai que nous présentons toujours les choses nues et sans voile; en sorte qu'on peut facilement remarquer nos erreurs et les écarter, avant qu'elles aient eu le temps de pénétrer bien avant, et d'infecter la masse de la" science ; outre qu'il sera toujours facile de renouer le fil de nos recherches.
11 résultera donc de notre travail que cette mésintelligence funeste, ce malheureux divorce qui a régné si longtemps entre le raisonnement et l'expérience, et qui a occasionné de si grands désordres parmi les hommes ; il résultera, dis-je, que ce divorce finira, pour faire place à une union véritable et légitime qui ne cessera jamais.
Mais, bien persuadé que nous ne pouvons réussir dans notre entreprise par nos seules forces, nous la commençons par invoquer le secours du Seigneur. Nous adressons donc à Dieu le Père, à Dieu le Verbe, à Dieu le Saint-Esprit, les prières les plus humbles et les plus ardentes pour que, touché de compassion à la vue des misères qui accablent le genre humain, et du triste pèlerinage de cette vie mortelle où nous coulons un petit nombre de jours mauvais, il daigne se servir de nos mains pour répandre sur les hommes de nouveaux secours et de nouveaux bienfaits ^
{IVovum Organ., frxf., post med.)
1 Voyez plus haut la suite de celle prière, article des prières de Bacon, p. 47.
LES ERREURS DE L HOMME, DANS LES SCIENCES MEME, ONT LEUR SOURCE DANS SA VOLONTÉ
La lumière de l'entendement humain n'est pas toujours une lumière sèche, pour me servir de l'expression d'Heraclite ' : elle n'est que trop souvent humectée par les infusions de notre volonté et de nos affections ; et voilà pourquoi nos connaissances sont ordinairement telles que le cœur les désire; car nous croyons bien facilement ce que nous souhaitons être véritable : l'homme rejette donc les vérités difficiles à découvrir, parce qu'il n'a pas la patience de poursuivre ses recherches ; les vérités sobres, parce qu'elles ne remplissent pas ses espérances et ses désirs ; les vérités les plus hautes de la nature, parce qu'une religion mal entendue les lui rend suspectes ; les vérités que lui fournirait Veocpérience , parce que, plein de vanité et de hauteur, il dédaigne de s'occuper de matières viles et périssables, et qu'il croirait au-dessous de lui d'y mettre la main; les vérités paradoxales , parce qu'il craint de choquer l'opinion du vulgaire; en un mot, la volonté agit sur l'entendement et l'influence en une infinité de manières qui sont souvent imperceptibles -.
INovum Organ., aph. 49.)
1 Heraclite, né à Ephèse, florissait vers l'an 500 av. J.-C. 11 se laissa mourir de faim, à l'âge d'environ soixante ans. Dans son système, le feu joue le plus grand rôle ; c'esl la substance unique, l'agent universel. Le monde n'est qu'un feu qui s'allume et s'éteint de luimême selon ses lois propres. Tout changement est dû à l'opposition de deux forces rivales : Tune qui rapproche et accorde, l'autre qui sépare et divise. Le principe du mouvement matériel est aussi le principe de la pensée. L'âme sèche est la meilleure.
2 Bacon est ici parfaitement d'accord avec Descartes : ces deux philosophes pensent que la volonté de l'homme étant plus vaste dans
NÉCESSITÉ d'étudier LA NATURE AVANT d'iNVENTER DES SYSTÈMES, FONDÉE SUR LA RELIGION
Combien de tentatives ont été faites pour expliquer l'origine et la nature du monde ! Pythagore, Philolaus, Xénophane, Heraclite, Empédocle, Parménide, Anaxagore, Leucippe, Démocrite, Platon, Aristote, Théophraste, Zenon, et d'autres philosophes anciens, ont chacun, dans ce dessein, inventé un système. Parmi les modernes, Patricius, Telesius, Brunius, Severinus, chez les Danois; Gilbert, chez les Anglais, Gampanella, ont
ses désirs que rentendemenl ne l'est dans ses conceptions, et l'homme portant son jugement sur les objets avant de les avoir sul'tisamment examinés et de s'en être l'ait des idées claires et distinctes, il en résulte qu'il donne à une évidence insuffisante un assentiment aveugle, téméraire et mal fondé.
Nos incrédules objectent sans cesse contre la religion chrétienne que la foi, si rigoureusement exigée par cette religion, est un acte de l'entendement où la volonté n'a point départ; que conséquemment on ne peut pas mériter par la foi, comme on ne peut pas non plus démériter par le défaut de foi, puisqu'il ne dépend pas de nous de croire ou de ne croire pas; mais la doctrine précédente, confirmée par le suffrage de nos deux grands philosophes et constante par ellemême, est l'éponge de cette difficulté.
Cette doctrine, au reste, a déplu à Spinosa, et c'était ce que nous voulions principalement faire observer dans cette note; il en prend occasion de blâmer la méthode de Bacon , et de dire que ce philosophe erre dès le premier pas en assignant la volonté comme source de nos erreurs; qu'il n'existe dans l'homme rien de semblable à ce qu'on appelle volonté ou faculté de vouloir; que nos volontés sont des actes particuliers aussi nécessairement déterminés par l'enchaînement des causes physiques qu'aucun autre efTet dans les corps naturels. (Spin., Op. posthum., p. 398.)
Sur quoi le docteur anglais Tenison observe judicieusement que ce serait donc bien inutilement qu'on recourrait à ce maître pour apprendre à corriger ses erreurs, puisqu'à l'entendre ces erreurs sont nécessaires, et ne peuvent se corriger qu'autant que l'homme, et tout l'univers avec lui, changerait de nature. [Note de M. Émery.)
fait aussi des tentatives semblables qui ont eu moins d'éclat que celles des anciens ; et on conçoit facilement qu'en donnant l'essor à l'imagination, et en ne consultant qu'elle, on inventerait des systèmes jusqu'à k fm du monde... Mais par là nous expions, et en même temps nous imitons le péché de nos premiers parents. Ils voulurent être semblables à Dieu, et leurs descendants le veulent encore plus qu'eux; car nous créons des mondes, nous devançons la nature, et nous lui commandons ; nous voulons que tout ait été arrangé comme il paraît convenable à noire petite raison , et non comme il a paru convenable à la sagesse divine, et comme le' témoignerait l'état réel des choses si nous le consultions. Je ne sais si c'est notre esprit ou les choses elles-mêmes que nous tourmentons le plus; ce que je sais, c'est que nous imprimons notre sceau et notre image sur ks créatures et les ouvrages de Dieu, au lieu d'y chercher avec soin et d'y reconnaître l'image et le sceau du Créateur. Ainsi nous méritons bien de perdre encore une fois notre empire sur les créatures. Il nous restait, même après la chute de notre premier père, quelque partie de cet empire sur les créatures réfraclaires à notre volonté ; nous avions en main, pour les subjuguer et les soumettre, des moyens réels et infaillibles ; mais cet avantage, nous l'avons perdu en très grande partie par notre témérité, parce que nous avons voulu être semblables à Dieu , et ne suivre que ce que nous dictait notre raison
propre.
Voilà pourquoi, s'il existe encore quelque humilité à l'égard du Créateur, quelque estime et quelque respect pour ses ouvrages, si la charité pour le genre humain et le zèle à soulager ses misères et ses besoins, si l'amour de la vérité dans l'ordre des choses naturelles, si la haine des ténèbres et le désir de purifier son entendement, ne sont pas entièrement et pour toujours bannis
de tous les cœurs, il faut instamment conjurer tous les hommes qu'abandonnant pour quelque temps, ou du moins mettant à l'écart les philosophies fantastiques qui, en plaçant les thèses avant les hypothèses, et tenant en captivité l'expérience, ont, pour ainsi dire, triomphé des œuvres du Créateur; il faut, dis-je, conjurer les hommes de s'approcher avec humilité et avec une sorte de vénération du livre des créatures, pour l'ouvrir, le lire, le méditer longtemps, et pour qu'enfin, lavés et purifiés de toutes les souillures des opinions humaines , ils n'aient plus que des connaissances saines et pures. C'est là ce discours, cette langue qui s'est fait entendre jusqu'aux extrémités de la terre \ et ne s'est point ressenti de la confusion de Babel. Que les hommes l'apprennent avec soin, et que, redevenant encore enfants, ils ne craignent point de prendre son alphabet dans leurs mains; que, pour le bien entendre et en pénétrer tous les sens, ils n'épargnent ni temps, ni dépenses, ni travaux; et quoique, dans le plan du grand ouvrage que nous avons entrepris sur la restauration des sciences, l'histoire naturelle n'en soit que la troisième partie, nous croyons devoir la traiter dès à présent comme la plus nécessaire et la plus importante de toutes.
Que le Dieu créateur, conservateur et réparateur de cet univers daigne , par un effet de sa bonté et de sa miséricorde, protéger notre ouvrage, et le faire tourner à sa plus grande gloire et au plus grand bien du genre humain. Je l'en supplie par son Fils unique Emmanuel, Dieu avec nous.
{Hist. natur. et experim. ad condendam phil. sivephsenomena univ.)
1 Rom. X, 18.
LOI UNIQUE ET SOMMAIRE QUI REGIT TOUTE LA NATURE ; ELLE A DIEU POUR AUTEUR, ET SERA TOUJOURS INCOM- PRÉHENSIBLE A l'homme.
La Fable nous apprend que Cupidon ou l'Amour est plus ancien que tous les dieux, et par conséquent que toutes les choses, excepté le chaos, qui est aussi ancien que lui ; que l'Amour est absolument son père, quoique quelques anciens aient supposé qu'il était né de l'œuf de la nuit ; que l'Amour, uni au chaos, avait engendré les dieux et tout ce qui existe.
Cette fable remonte et appartient au berceau de la nature; cet amour paraît être l'attrait ou l'aiguillon, appetiius sive stimulus, de la matière première, ou, pour parler plus clairement, le mouvement naturel de l'atome; car par cet amour on doit nécessairement entendre cette force ou cette vertu primitive et unique qui fait et forme tout de la matière. On suppose que l'amour ou cette force n'a point de père, c'est-à-dire n'a point de cause; c'est qu'effectivement , d'un côté, la cause est, par rapport à l'effet qu'elle produit, comme un père, et que, de l'autre, cette force ne peut avoir aucune cause dans la nature (Dieu étant toujours excepté), puisque rien n'existe avant elle dans la nature, et qu'ainsi rien n'a pu la produire, ni lui tenir lieu de père. Il faut peut-être désespérer que l'homme puisse jamais découvrir et comprendre la manière dont opère cette cause , et c'est apparemment ce qui a donné lieu à la fiction de l'œuf que la nuit fait éclore. Aussi le philosophe sacré, Salomon, a dit : Dieu a fait toutes choses bonnes dans leur temps, et il a livré le monde à leur dispute, sans que l'homme cependant puisse connaître l'œuvre que Dieu a faite
depuis le commencement jusqu'à la fin*; car cette loi sommaire de la nature, ou la force de cet amour imprimé par Dieu aux premières particules pour leur rassemblement, et qui, par la répétition et la multitude des rassemblements, a produit toutes les choses diverses qui remplissent l'univers; cette force, dis-je, peut bien se présenler à la pensée des hommes, mais ne peut que bien difficilement y pénétrer : cogitationem mortalium perstringere potest ; subire vix potest.
Les philosophes grecs ont mis assez d'empressement et de subtilité dans la recherche des principes matériels des choses ; mais dans la recherche des principes du mouvement, dans lesquels consiste pourtant la vigueur de toutes les opérations de la nature, ils sont bien éloignés de mériter le même éloge; surtout dans le point dont il s'agit maintenant, ils n'ont fait que tâtonner et balbutier; car que veulent dire, je vous le demande, les péripaléticiens lorsqu'ils expliquent Vaiguillon de la matière, stimulus materise, par la privation? c'est à peu près ne rien dire, ou ne dire que des mots.
Il en est parmi ces philosophes qui rapportent cet aiguillon ou cette force de la matière à Dieu comme à son auteur : ils ont parfaitement raison, sans doute; mais leur tort est de remonter tout à coup à Dieu par un saut, et non point par degrés : car entre les effets et Dieu il existe un intermédiaire ; cet intermédiaire est une loi sommaire et unique qui est comme le centre et le régulateur de toute la nature, et que Dieu, en quelque sorte, a substituée à lui-même. C'est cette loi que Salomon, dans le texte cité plus haut, exprime par cetle circonlocution : l'œuvre que Dieu opère depuis le commencement jusqu'à la fin.
{De Sap. vet. par, 17.)
^ Eccle. m, 2.
ENSEIGNEMENT DE L ECRITURE SUR L ORIGINE DU MONDE CONTRAIRE A LA DOCTRINE DE QUELQUES PHILOSOPHES : INUTILITÉ d'une RECHERCHE SUR LA MANIÈRE DONT LE MONDE AURAIT PU ÊTRE FORMÉ.
Telesius, philosophe napolitain, qui a suivi les traces de Parménide, les péripatéticiens ', et tous les autres philosophes qui, dans leurs différents systèmes, supposent que le monde n'a point été précédé du chaos, montrent qu'ils n'avaient en cela que des vues bornées et des idées étroites. Il est bien vrai qu'à ne consulter uniquement que les sens, la matière paraîtra éternelle ; mais les Écritures nous enseignent que la matière a eu Dieu pour auteur, au lieu que si l'on en croit ces philosophes, la matière existe par elle-même.
La foi paraît nous enseigner sur cet objet trois points capitaux : le premier, c'est que la matière a été tirée du néant ; le deuxième , c'est que la matière n'a point passé par elle-même de l'état du chaos à l'ordre et à la forme dont nous la voyons aujourd'hui revêtue, mais que cet
1 Telesio ou TeleïIus naquit en 1509, à Cosenza, dans le royaume de Naples. L'œuvre à laquelle il consacra sa vie fut le renversement de la domination d'Aristote et son expulsion de l'enseignement philosophique. Le système de Telesio n'est pas meilleur que celui qu'il voulait détruire : aux deux principes de Parménide, la chaleur et le froid, Telesio ajouta la matière, qui est exposée à l'action des deux premiers, et ne diminue jamais dans l'univers. La chaleur répandue dans les airs, le froid concentré dans la terre, ne cessent jamais de se combattre sur les bords de leur empire; c'est de ce choc éternel que tout procède. Telesio mourut en 1588. — Parménide, philosophe grec d'Élée, ville de la Mysie, dans l'Asie Mineure, vivait vers l'an 504 av. J.-C. Il était disciple de Xénophane et d'Anaximandre. On a de lui quelques fragments d'un poème qu'il composa sur la nature. — Les péripatéticiens étaient les disciples d'Aristote, né à Stagire, en Macédoine, 384 ans av. J.-C.
ordre , cette forme actuelle , ont été opérés par la toutepuissance divine ; le troisième, c'est que cet ordre était avant la chute de l'homme le meilleur de tous ceux dont la matière, telle qu'elle avait été créée, était susceptible. Mais les philosophes dont nous parlons n'ont jamais pu s'élever à la hauteur de ces vérités. Ils sont très éloignés de reconnaître la création de la matière ; ils soutiennent que c'est à la suite d'une multitude de circuits et d'essais qu'elle est enfin parvenue à son état actuel ; et, persuadés, comme ils sont, que le monde est de sa nature sujet à changer et à périr, ils s'inquiètent fort peu de l'optimisme de ce monde. Il faut, sur ces trois articles, s'en tenir à la foi et à ses fondements.
(De Parmenidis, Telesii,elc., Philosophia, post med.)