‹ Pensées de Bacon, Kepler, Newton et Euler sur la religion et la moraleChapitre 3 sur 83 · SUR FRANÇOIS BACON · texte numérisé non relu

SUR FRANÇOIS BACON

du grand chancelier ; son testament, dont nous donnons un extrait dans cet ouvrage, avait été rédigé par lui deux ou trois mois avant sa mort. C'est un témoignage bien frappant et bien authentique de sa religion profonde et de la tendre piété qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie. Ayant toujours vécu dans le sein de l'Eglise anglicane , on peut affirmer sans aucun doute qu'il est mort dans cette communion.

Son corps fut porté dans l'église Saint - Michel , près Saint- Albans ; on l'y ensevelit à côté de sa mère, conformément à ses dernières volontés.

Nous n'avons pas ici à juger Bacon comme savant : tout le monde reconnaît en lui le grand initiateur de la méthode d'induction, qui a été le point de départ et l'instrument des plus belles découvertes de la science en ces derniers siècles. Nous ne voulons point davantage faire son apologie, ni dresser contre lui un réquisitoire plus ou moins motivé ; nous ajouterons simplement quelques appréciations rapides sur sa personne , sa vie privée, son caractère et ses sentiments religieux.

Bacon, nous disent ses historiens, était d'une taille au-dessous de la moyenne; son front large et découvert, son œil vif et perçant, son regard toujours fixé en haut, dans l'attitude de la contemplation, dénotaient sa grande intelligence, et donnaient à son extérieur quelque chose de grave , de noble et de distingué : tout en lui commandait le respect ; mais la gravité n'excluait ni l'amabilité ni même la grâce.

L'élévation et la vigueur de l'esprit se joignaient chez lui à la bonté du cœur. On chercherait vainement dans tous ses écrits, dans ceux qui ont suivi sa disgrâce aussi bien que dans ceux qui l'ont précédée, une seule parole qui sentît le fiel ou l'amertume, qui fût une plainte ou un murmure. Tout y respire le zèle le plus sincère pour la vérité , et la charité la plus tendre pour tous les hommes. Bacon a eu des ennemis aussi violents qu'injustes ; mais lui ne fut jamais l'ennemi de personne ; il ne conserva jamais le plus léger ressentiment des injures qu'on lui avait faites.

Cette bonté de cœur, qui se manifestait si visiblement dans toute sa conduite, se faisait sentir jusque dans les réquisitoires où sa charge l'obligeait de dénoncer les coupables à la juste vengeance des lois. Mais il poussa trop loin cette qualité, d'ailleurs

excellente; car c'est d'un excès de bonté que ^^n^ent toutes ses fautes et tous ses malheurs.

Doux, complaisant, conciliant dans le commerce ordinaire de la vie , il le fut aussi dans le maniement des affaires ; et le roi Jacques I*^ disait de son chancelier qu'il avait plus que tout autre le talent de les traiter et de les terminer par les voies de la douceur.

Dans la conversation, Bacon était aussi agréable qu'instructif; il ne cherchait point à prendre la parole ni à briller aux dépens des autres; il avait même l'attention de les faire parler sur les sujets qu'ils possédaient le mieux, ne méprisait les observations de personne, et recevait volontiers des instructions, de quelque part qu'elles lui vinssent. Mais quand il parlait, on l'écoutait sans le contredire, comme s'il eût prononcé des oracles : tant il savait mettre de raison, de clarté, d'intérêt dans ses discours, tant était grande l'opinion qu'on avait de son savoir et de sa sagesse. A la tribune, il était, pour ainsi dire, supérieur à lui-même : un contemporain fait en quelques mots l'éloge de son talent oratoire, en disant que quand on avait commencé de l'enlendre, on n avait d autre crainte que de le voir finir.

Son application à l'étude était presque continuelle : jamais la ]dus petite perte de temps ; aussitôt qu'une affaire était terminée, à peine de retour dans sa maison , il reprenait où il les avait laissées ses lectures et ses méditations. C'est là ce qui explique comment, malgré tant d'occupations et tant d'affaires, cet homme éminent a pu écrire des ouvrages aussi nombreux et aussi considérables. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'il ne paraît rien devoir à ses lectures ; ses idées principales lui appartiennent en propre. Son livre de prédilection, l'objet constant de ses études, était sans contredit la sainte Écriture. Elle fut pour lui, comme plus tard pour le célèbre Newton, rfe tous les livres celui qu'il lisait le plus assidûment. « Vos créatures, s'écriait Bacon en parlant à Dieu dans cette admirable prière qu'il composa après sa disgrâce, vos créatures ont été mes livres ; mais vos Écritures l'ont été bien davantage, n

Élevé par une mère protestante très zélée, Bacon avait cependant toujours été beaucoup moins prévenu contre les catholiques que ses coreligionnaires. On sentait même en lui, à mesure qu'il avançait en âge, une tendance de plus en plus sensible vers

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