‹ Pensées de Bacon, Kepler, Newton et Euler sur la religion et la moraleChapitre 28 sur 83 · DE L INNOCENCE DE LA COLOMBE , ET DE LA PRUDENCE DU SERPENT · texte numérisé non relu

DE L INNOCENCE DE LA COLOMBE , ET DE LA PRUDENCE DU SERPENT

L"insensé ne reçoit pas les paroles de prudence qu'on lui adresse, à moins qu'on ne lui parle selon ce qui est dans son cœur. Non accipit stultus verba prudentiœ, nisi ea dixeris quœ versantur in corde ejus ^.

Le jugement d'un homme étant une fois dépravé et corrompu, en vain entreprendra-t-on de l'instruire et de le persuader, si on ne commence d'abord par découvrir et par approfondir la mauvaise complexion de l'esprit auquel il s'agit de rendre la santé. C'est ainsi qu'on appliquerait inutilement l'appareil sur la blessure d'un

1 Prov. xvm, 2.

2 Ibid.

homme, si on ne l'avait pas auparavant sondée ; car les méchants , qui ne roulent que de mauvaises pensées dans leurs cœurs, s'imaginent que la bonté qui engage à leur donner des conseils, n'est dans son principe que simplicité, ignorance et inexpérience des choses de ce monde. Voilà pourquoi, s'ils ne sont pas persuadés que tout ce qui est dans leur cœur, je veux dire les ressources et les artifices les plus cachés de leur malice, sont parfaitement connus de ceux qui entreprennent de les rendre meilleurs, ils ne tiennent aucun compte de leurs conseils et de leurs discours. Il est donc nécessaire à celui qui aspire à la bonté, non pas à une bonté solitaire seulement et particulière, mais à une bonté qui embrasse tous les hommes et le mette en état de leur plaire et de les gagner tous, il est nécessaire, dis-je, qu'il connaisse parfaitement ce qu'on appelle, dans le langage de l'Écriture, les profondeurs ds Satan • .• autrement on ne l'écoutera point, et il ne s'insinuera point dans les esprits.

De là cet avertissement qui nous impose la nécessité de faire, entre tous les objets qui composent le fond de nos connaissances, un choix judicieux : Éprouvez tout, et retenez ce qui est bon. Omnia probate , quod bonum est tenete \ C'est de la même source qu'émane cet autre précepte : Soyez prudents comme les serpents, et simples comme des colombes ^. Il ne doit y avoir ni dent de serpent, ni aiguillon qui ne nous soient parfaitement connus : ne craignons point de nous souiller en pénétrant dans tous ces objets; le soleil ne pénètre-t-il pas dans les lieux les plus infects sans rien perdre de sa pureté ? ne craignons point encore de tenter Dieu. Ce que je propose

1 Apoc. II, 24.

2 I Thess. V, 21.

3 Mallh.x,16.

est de précepte, nous l'avons vu, et Dieu est assez puissant pour nous conserver purs et sans tache au milieu de toutes ces immondices.

( Mediiationes sacrx.)

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