DES ŒUVRES DE DIEU ET DES ŒUVRES DE L HOMME
Dieu, ayant, au septième jour de la création, jeté les yeux sur les œuvres qui étaient sorties de ses mains, vit qu'elles étaient toutes parfaitement bonnes ; mais quand l'homme voulut considérer ses propres œuvres, il trouva qu'elles n'étaient toutes que vanité et affliction d'esprit ^ .
Il suit de là que, si vous travaillez aux œuvres de Dieu, vous suerez, il est vrai, mais votre sueur aura l'odeur d'un excellent parfum, et le repos qui succédera au travail, tous les charmes du sabbat ou du repos de Dieu : c'est-à-dire, en d'autres termes, vous travaillerez dans la sueur d'une conscience satisfaite, et vous reposerez dans le loisir d'une très douce contemplation. Mais si vous vous attachez uniquement à poursuivre les grandeurs et les vanités humaines, vous n'éprouverez dans le cours de cette poursuite que tribulations et sécheresses ; et le souvenir de vos travaux sera pour vous une source de dégoûts et de remords.
0 homme, il est bien juste que si, étant l'œuvre de Dieu , tu lui refuses cependant l'hommage de ton amour et de ta reconnaissance, toi-même ne recueilles de tes propres œuvres que des fruits pleins d'amertume.
[Medilaliones sacrse.)
1 Eccle. I, 14.
INFLUENCE DU CORPS SUR L AME : FONDEMENT DE PLUr SIEURS OBSERVANCES RELIGIEUSES : FAUSSES CONSÉ- QUENCES qu'on voudrait en TIRER
L'union de l'âme et du corps donne lieu à une question importante : Comment et jusqu'à quel j^oint les humeurs et le tempérament du corps changent-ils l'état de l'âme et agissent-ils sur elle? et réciproquement, comment et à quel point les passions et les imaginations de Vâme changentelles Vétat du corps et influent-elles sur lui? La première partie de cette question a occupé quelquefois les médecins : et nous voyons qu'effectivement ils prescrivent des remèdes pour certaines maladies de l'âme, comme la manie et la mélancolie ; ils ont encore des régimes et des recettes propres pour égayer l'esprit, ranimer le cœur, et par là augmenter le courage, faciliter les opérations de l'entendement, fortifier la mémoire, et procurer d'autres semblables avantages ; mais cette doctrine de l'influence du corps sur l'âme n'a pas été inconnue aux instituteurs de religions, et ils en ont fait un très grand usage; ce n'est pas seulement dans la secte des pythagoriciens ' , c'est encore dans celle des manichéens -, et dans la loi mahométane, que les abstinences, le choix des aliments et des boissons, les ablu-
* Voyez Pythagore, p. 112.
2 Manès, hérésiarque du ni' siècle, donna naissance à la secte détestable des manichéens. Il était né en Perse, et y mourut écorché vif par les ordres du roi. Toute sa doctrine reposait sur ce fondement, qu'il y a deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, tous deux souverains et indépendants. La chair étant, d'après ce système, l'ouvrage du mauvais principe, il fallait s'en abstenir. L'immoral et l'absurJe s'unissaient pour faire de cette secte un objet d'horreur; ce n'est pas sans raison qu'on l'a poursuivie et détruite.
lions et d'autres observances du corps ont été prescrites, et même ont été multipliées jusqu'à l'excès.
Les articles de la loi cérémonielle mosaïque qui défendent de manger la graisse et le sang, et qui distinguent, quant à l'usage et à la nourriture, entre les animaux purs et les animaux impurs, sont aussi fort nombreux et descendent dans un grand détail ; la religion chrétienne elle-même, quoique affranchie du joug de la loi cérémonielle, retient cependant l'usage du jeûne, des abstinences et d'autres pratiques qui tendent à affaiblir et à macérer le corps; elle en retient, dis-je, l'usage comme de choses qui ne sont pas purement des rites, mais qui sont encore bonnes en elles-mêmes ; or toutes ces observances religieuses, indépendamment de la cérémonie qu'elles renferment et de l'obéissance dont elles procurent l'exercice, sont encore fondées sur le fait que nous supposons maintenant, savoir que l'état du corps influe sur l'état de l'âme. Mais si quelque personnage d'un jugement peu solide prétendait que cette influence répand des doutes sur l'immortalité et la permanence de l'âme, et déroge encore à son empire sur le corps, il élèverait une bien légère difficulté , à laquelle nous opposerons aussi une réponse légère : nous l'inviterons seulement à considérer un enfant dans le sein de sa mère: cet enfant ne partage-t-il pas ses sensations? cependant il ne doit pas toujours partager sa destinée, puisqu'il doit un jour sortir et être séparé de son corps. Nous l'inviterions ensuite à jeter les yeux sur les monarques : ceux mêmes qui sont les plus puissants ne sont- ils pas obligés quelquefois de faire céder leur volonté à la volonté trop ardente de leurs serviteurs , sans préjudicier cependant à la majesté royale?
(De Augment, scient., lib. IV, cap. i, post. med.)