LA MÉDECINE ILLUSTRÉE PAR NOTRE- SEIGNEUR
La médecine est un art très noble et qui a la plus illustre origine, si on en croit les poètes : ceux-ci ont supposé qu'Apollon était le principal dieu de la médecine, et ils lui ont donné pour fils Esculape, qui luimême a été un dieu et qui a enseigné la médecine aux hommes. Le fondement de cette fiction, c'est qu'apparemment le Soleil ou Apollon est , dans l'ordre de la nature, l'auteur et la source de la vie, et que le médecin en est le conservateur, et comme une seconde source.
Mais la plus grande illustration de la médecine vient des œuvres de Notre- Seigneur, qui a été le médecin de nos corps aussi bien que de nos âmes, et qui, ayant rendu l'âme l'objet de sa céleste doctrine, a voulu que nos corps fussent en quelque sorte l'objet de ses miracles; car nous ne lisons point dans l'Évangile que Notre- Seigneur en ait jamais fait aucun pour procurer des honneurs ou de l'argent, excepté quand il fut question de payer le tribut pour lui et pour saint Pierre ' ; mais nous y voyons que dans tous ses miracles il a eu pour objet immédiat la conservation et la guérison du
corps.
{De Augment. scient., lib. IV, cap. i, ad init.)
1 MaUh.xvii,26.
MÉDECINS QUI PROCURERAIENT LA PROLONGxVTION DE NOTRE VIE HONORÉS DANS l'oRDRE DE LA RELIGION
Si la médecine, d'après les vues que j'ai proposées, parvenait jamais à découvrir le secret de prolonger la vie, ce serait alors que les médecins seraient honorés, non pas seulement /)oifr la nécessité^ , mais parce qu'ils pourraient être, selon Dieu, les économes et les dispensateurs du plus grand don que sa providence eût accordé aux hommes dans l'ordre des choses temporelles ; car, quoique le monde soit à l'homme chrétien qui s'avance vers la terre promise, comme le désert, cependant ce serait pour ceux qui voyagent dans ce désert un effet singulier de la bonté divine, que leurs souliers et leurs vêtements'-, c'est-à-dire leur corps, qui est comme le vêtement de notre âme, s'usassent moins promptement. [De Augment. scient., lib. IV, cap. n, post. med.)
AVANTAGES ET BÉNÉDICTION d'unE LONGUE VIE
Il y a longtemps qu'on a dit et qu'on se plaint que la vie est courte et que l'art est long, vita brevis, ars longa. Il paraît donc convenable que si nous travaillons de tout notre pouvoir à perfectionner les arts, nous travaillions aussi à prolonger la vie des hommes avec le se-
* Eccli. XXXVIII, 1.
* Deut. XXIX, 5.
cours de Celui qui est l'auteur de la vie aussi bien que de la vérité^ ; car, quoique la vie des hommes ne soit rien qu'un assemblage et un accroissement continuel de péchés et de misères, et que ceux qui aspirent à l'éternité fassent très peu de cas de cette vie; cependant la continuation des œuvres de charité, qui ne peut avoir lieu que par la prolongation de nos jours, ne doit pas être absolument comptée pour rien aux yeux mêmes de ceux qui professent le christianisme.
Il est même très remarquable que le disciple le plus aimé de Notre-Seigneur est aussi de tous les disciples celui qui a vécu le plus longtemps; et parmi les anciens chrétiens, que nous regardons comme nos pères, il est un très grand nombre de saints , surtout de saints moines et de saints solitaires, que Dieu a favorisés d'une longue vie; en sorte qu'il semble qu'après le temps de la venue du Sauveur, Dieu a fait cesser moins complètement la bénédiction d'une longue vie, si souvent rappelée dans la sainte Écriture, que toutes les autres bénédictions terrestres ; et l'on peut dire avec toute vérité que, quoique nous autres chrétiens aspirions sans cesse et de toutes nos forces à la terre de promission , cependant dans le cours de notre voyage à travers le désert de ce monde, s'il arrive que nos souliers et nos vêtements (j'entends la partie fragile et mortelle de nous-mêmes) s'usent moins vite, il faut regarder avec raison cet événement comme un trait de la faveur divine.
[Hist. vilse el moriis , prosloqiiium.) 1 Joan. XIV, 6.