‹ Pensées de Bacon, Kepler, Newton et Euler sur la religion et la moraleChapitre 31 sur 83 · LES JEUNES GENS PREFERES AUX VIEILLARDS · texte numérisé non relu

LES JEUNES GENS PREFERES AUX VIEILLARDS

DANS l'Écriture

Un prophète annonce aux Juifs, dans la sainte Écriture, que leurs enfants auront des visions, et leurs vieillards des songes^. Un rabbin conclut de ce texte que Dieu se communique plus facilement aux jeunes gens qu'aux vieillards, sur le fondement que la vision est une révélation plus claire et plus manifeste que le songe.

Pour appuyer ce sentiment, on pourrait observer que plus longtemps on a bu dans la coupe du monde, plus on s'est rempli de son poison, et que la vieillesse perfectionne plus l'entendement qu'elle n'épure le cœur.

[Fidel. Serm., cap. xl.)

les jeunes gens, peu propres a profiter des auteurs anciens qui ont traité de la philosophie morale : nécessité de les instruire de la religion avant l'Étude de la politique.

Il est une sentence d'Aristole^ très sensée, à ce qu'il nous paraît, et bien digne d'être approfondie : Les jeunes gens, dit ce grand philosophe, n'ont point assez d'aptitude à être les auditeurs de la philosophie morale ; parce que, continue-t-il, ils sont encore dans V effervescence des pas-

1 Joël II , 28.

2 Voyez p. 105.

sions, que le temps et V expérience calmeront dans la suite. Et, dans le vrai, cette sentence nous fait comprendre pourquoi des traités et des discours excellents où les anciens écrivains invitent si puissamment les hommes à la vertu (soit en rendant visible à tous les yeux son auguste majesté, soit en livrant au ridicule certaines opinions populaires qu'on a revêtues, pour ainsi dire, d'un habit de parasite, dans le dessein de déshonorer la vertu); pourciuoi, dis-je, ces traités et ces discours servent si peu à l'honnêteté de la vie et à la réforme des mœurs. C'est que ces traités ne sont point lus et médités par des hommes d'un jugement et d'un âge mûrs, et qu'ils sont abandonnés aux enfants et aux écoliers, incapables de les goûter et de les entendre.

Mais s'il est vrai que les jeunes gens ne sont point pour la philosophie morale des auditeurs convenables, ils le sont encore moins pour la politique, avant qu'ils aient été imbus de la religion et de tous les principes concernant les mœurs et les devoirs. Autrement il est à craindre que leur jugement ne se déprave de bonne heure, et qu'ils ne viennent à se persuader que toutes choses sont indifférentes ; qu'il n'est entre elles aucune différence morale qui soit fondée sur la vérité et la réalité, et que tout doit être mesuré par l'utilité et le succès, conformément à ce qu'ont osé supposer quelques politiques tels que Machiavel... C'est pour n'avoir pas connu à fond la religion et la morale avant de commencer l'étude de la politique, que les jeunes gens élevés dès leurs premières années à la cour des princes et dans le tourbillon des affaires , sont si rarement honnêtes et vertueux dans le fond de l'âme; que serait-ce donc si au défaut d'une éducation chrétienne se joignait encore la lecture de livres pernicieux?

[De Augmcnl. scient., lib. VII, cap. iv, post. med.)

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