‹ Pensées de Descartes, sur la religion et la morale (volume 2)Chapitre 14 sur 58 · DÉPEND LA CERTIT. DES AUTRES CHOSES. 1 ID · texte numérisé non relu

DÉPEND LA CERTIT. DES AUTRES CHOSES. 1 ID

ne m'est pas possible de ne le point croire, pendant que j'applique ma pensée à sa démonstration ; mais aussitôt que je l'en détourne, quoique je me ressouvienne de l'avoir clairement comprise, cependant il se peut faire aisément que je doute de sa vérité, si j'ignore qu'il y ait un Dieu : car je puis nie persuader d'avoir été fait tel, par la nature, cjueje me puisse aisément tromper, même dans les choses que je crois comprendre avec le plus d'évidence el de certitude • vu principalement que je me ressouviens d'avoir souvent cru beaucoup de choses "^^ raies et certaines, qu'ensuite d'autres raisons m'ont porté à juger absolument fausses.

Mais après avoir reconnu qu'il y a un Dieu, parce qu'en même temps j'ai reconnu aussi que toutes choses dépendent de lui, et qu'il n'est point trompeur, et qu'ensuite de cela j'ai jugé que tout ce que je conçois clairement et distinctement ne peut manquer d'être vrai; quoique je ne pense plus aux raisons pour lesquelles j'ai jugé cela être véritable, pourvu seulement que je me ressouvienne de l'avoir clairement et distinctement compris, on ne me peut apporter aucune raison contraire qui me le fasse jamais révoquer en doute ; et ainsi j'en ai une vraie et certaine science. Et celte niême science s'étend aussi à toutes les autres choses que je me ressouviens d'avoir autrefois démontrées, comme aux vérités de la géométrie et autres semblables : car qu'est-ce que l'on me peut

1 t4 De la certitude de l'exist. de Dieu

objecter pour m'obliger à les révoquer en doute? Sera-ce que ma nature est telle que je suis fort sujet à me méprendre? Mais je sais déjà que je ne puis me tromper dans les j ugemens dont je connois clairement les raisons : sera-ce que j'ai estimé autrefois beaucoup de choses vraies et certaines, que j'ai reconnues ensuite être fausses? Mais je n'avois connu clairement ni distinctement aucunes de ces choseslà, et ne sachant point encore cette règle par laquelle je m'assure de la vérité, j'avois été porté à les croire, par des raisons que j'ai reconnues depuis être moins fortes que je ne aie les étois pour lors imaginées. Que pourra-t-on donc m'objecter davantage? Sera-ce que peut être je dors (comme je me l'étois moi-même objecté ci-devant), ou bien que toutes les pensées que j'ai maintenant ne sont pas plus vraies que les rêveries que nous imaginons étant endoimis? Mais, quand bien même je dormirois, tout ce qui se présente à mon esprit avec évidence est absolument véritable.

Et ainsi je reconnois très-clairement que la certitude et la vérité de toute science dépend de la seule connoissancedu vrai Dieu ; en sorte qu'avant que je le connusse, je ne pouvois savoir parfaitement aucune autre chose ; et à présent que je le connois, j'ai le moyen d'acquérir une science parfaite touchant une infinité de choses, nonseulement de celles qui sont en lui, mais aussi de celles qui appartiennent à la nature corporelle^

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en tant qu'elle peut stivir d'objol aux dcnioiislrations des géomètres, lesquels n'ont point d'égard à son existence.

On me demande si un athée ne peut pas cnnnoltre clairement que les trois anf^les d'un triau<^le sont égaux à deux droits : je ne le nie pas; mais je maintiens seulement que la connoissancc qu'il en a n'est pas une vraie science , parce que toute connoissance qui peut être rendue douteuse, ne doit pas être appelée du nom de science; et puisque l'on suppose que celui-là est un athée, il ne peut pas être certain de n'être point déçu dans les chosesquiluisemblcnt être très-évidentes, comme il a déjà été montré ci-devant; et quoique peut-être ce doute ne lui vienne point en la pensée, il lui peut néanmoins venir, s'il l'examine, ou s'il lui est proposé par un autre ; et jamais il ne sera hors du danger de l'avoir, si premièrement il ne reconnoît un Dieu.

NÉCESSITÉ du concours de Dieu pour la continuation de Inexistence des choses une fois créées.

{Tom. II, Lctt. XVI , ]>ai^. i33.)

Il ne faut point douter que si Dieu rctiroit une fois son concours, toutes les cl» )ses qu'il a créées retourneroient aussilot dans le néant, parce qu'avant qu'elles fussent créées, et qu'il leur prc-

ii6 Nécessité du concours de Dieu, eic. tât son concours, exiles n'étoient qu'un néant : niais cela n'empêche pas qu'elles ne doivent être appelées des substances^ parce que quand on dit de la substance créée, qu'elle subsiste par ellemême, on n'entend pas pour cela exclure le concours de Dieu, dont elle a besoin pour subsister, mais seulement on veut dire qu'elle est telle qu'elle peut exister sans le secours d'aucune autre chose créée j ce qui ne se peut dire de même des modes qui accompagnent les choses, comme iiont la figure, ou le nombre, etc. Et Dieu ne fe~ roit pas paroître que sa puissance est immense, s'il créoit des choses telles qu'ensuite elles pussent exister sans lui; mais au contraire, il montreroit par-là qu'elle seroit finie, en ce que les choses qu'il auroit une fois créées ne dépendroient plus de lui pour être. Et je ne me contredis point lorsque je dis qu'il est impossible que Dieu détruise quoi que ce soit, d'une autre façon que par la cessation de son concours; parce qu'autrement il s'ensuivroit que par une action positive il tendroit au non être. Car il y a une trèsgrande différence entre les choses qui se font par j'action positive de Dieu, lesquelles ne sauroient être que très- bonnes, et celles qui arrivent à cause de la cessation de celte action positive , comme tous les maux et les péchés, et la destruction d'un être, si jamais aucun être existant étoit détruit.

Question proposée à Descaries par Henri Moriis, sur r existence des esprits et sur V athéisme y a^ec la réponse de Descartes.

( Tom. Lf., Epist. LXX, pag. 297.)

Il n'est rien de si grand, dit Morusà Descaries, que je ne puisse me promettre de votre génie. Je désirerois donc vivement que vous voulussiez bien me faire part de vos conjectures sur la question suivante. La force et la pénétration de votre esprit me sont un sur garant qu'elles ne pourront être que très-ingénieuses.

Il est des hommes qui osent se glorifier de ne point reconnoître de substances, comme on dit, séparées du corps, telles que les démons, les anges, les âmes des hommes après la mort, et qui, en combattant leur existence, croient avoir fliit la plus belle chose du monde, et s'être montrés par-là supérieurs en sagesse à tous les autres hommes. Je suis bien éloigné d'applaudir à de tels scntimens; et j'ai souvent observé que les hommes qui les professent, sont communément des hommes d'un caractère féroce, et livrés à une noire mélancolie, ou des hommes esclaves de leurs sens, et plongés dans la volupté, enfin, pour tout dire en un mot, des athées....

ii8 Sur l'existence des esprits

Pour moi je fais une haute profession de croire, indépendamment de tout enseignement de la religion, qu'il exisle des génies; et voilà sur quoi je désire connoitre voire opinion. Je crois aussi qu'il existe un Dieu, et que ce Dieu est tel que les hommes les plus honnêtes et les plus sages désireroient qu'il fut, si par impossible, il ii'existoit pas. Aussi ai-je toujours envisagé l'athéisme comme le triomphe de la méchanceté la plus noire et de la plus grossière stupidité. Les athées, en se glorifiant d'avoir anéanti la divinité, m'ont toujours paru semblables à un peuple insensé qui èe réjouiroit et se féliciteroit d'avoir nns à mort le meilleur et le plus sage des rois (i).

(i) Nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs le texte latin deMorus : on Terra que, dans notre traduction, nous avons plutôt alToibli qu'outré ses expressions.

Qiiod quidam inagnificè se ejferunt in non adniittendo substantiasquas vocant separatas , ut dœmonas ,an gelos , aniniasque post morteni superstites , et jnaxiinoperè hïc sibi applaudunt quasi re bene gestâ , et tanquam eo ipso longe sapientiores evasissent cceteris inortalibus, id ego non hujus œstimo. Nain quod sœpius observavi , hi siint , ut plunmùm ^ aut taurini sanguinis homines , perditèque melancholici , aut iminane quantum sensibus et voluptatibus dediti , athei denique.... Me vero non pudet palam profiteri me vel semoto omjii religionis imperio ?neâ sponte agnoscere genios esse atque Deum, , nec ulluni alium me posse admittere , nisi qualeni optim,us quisque ac sapientissimus exoptaret , si deesset, existera. Unde semper suspicaius sum^profligatissinice

Jlèponse

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