‹ Pensées de Descartes, sur la religion et la morale (volume 2)Chapitre 18 sur 58 · DÉFENSE · texte numérisé non relu

DÉFENSE

de l'autorité d'un seul lioiiune qui dit entendre fort bien une démonstration, que de celle de mille autres qui disent sans raison qu'elle n'a pu encore être comprise de personne : car quoiqu'ils ne l'entendent point, cela ne fait pas que d'autres ne la puissent entendre ; et parce qu'en inférant l'un de l'autre , ils font voir qu'ils ne sont pas exacts dans leurs raisonnemens, il semble que leur autorité ne doive pas être beaucoup considérée.

Enfin, à la question qu'on me propose en cet endroit, savoir si J'ai tellement coupé et divisé par le moyen de m.011 analyse tous les m^ouvemens de via matière subtile ; que non-seulement je sois assuré j mais même que je puisse faire connaître d des persomies très- attentives y et qui pensent être assez clairvoyantes , qu'il y a de la répugnance que nos pensées soient répandues dans des mouvemens corporels, c'est-à-dire, que nos pensées ne soient autre chose que des mouvemens corporels 5 je réponds que pour mon particulier j'en suis très-certain , mais que je ne me promets pas pour cela de le pouvoir persuader aux autres, quelque attention qu'ils y apportent, et quelque capacité qu'ils pensent avoir, au moins tandis qu'ils n'appliquerontieur esprit qu'aux choses qui sont seulement imaginables, et non point à celles qui sont purement intelligibles; comme il est aisé de voir que font ceux qui se sont imaginés que Ja dibiinction ou la diîférence qui est entre la

DE l'immatj'tvIAliti'; de i.'ame. 171

pensée et le mouvement, se doit connoîlre par la dissection de quelque matière subtile: car cette diirérence ne peut être connue, que de ce que l'idée d'une chose qui pense, et celle d'une chose étendue ou mobile, sont entièremement diverses, et mutuellement indépendantes l'une de l'aulre; et qu'il répugne que des choses que nous concevons clairement et distinctement être diverses et indépendantes, ne puissent pas être séparées, au moins par la toute-puissance de Dieu : de sorte que , tout autant de fois que nous les rencontrons ensemble dans un même sujet, comme la pensée et le mouvement corporel dans un même homme, nous ne devons pas pour cela estimer qu'elles soient une même chose en unité de nature, mais seulement en unité de composition.

On m'objecte encore que quelques pères de l'Eglise ont cru «vec les platoniciens que les anges étoient corporels ; d'où vient que le concile de Lalran a défini qu'on pouvoit les peindre; et qu'ils ont eu la même pensée de l'anie raisonnable, que quelques-uns d'entr'eux ont soutenu venir de père à fils; et néanmoins ils ont tous dit que les anges

et les âmes pensoieiit Les singes, les chiens et

les autres animaux n'ont-ils pas aussi des pensées? {Pet g. 5/3).

Je réponds que ce qu'on rapporte des platoniciens et de leurs sectateurs, est aujourd'hui tellement rejeté par toute l'Eglise catholique, et com-

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munément par tous les pliilosoplics, qu'on ne doit plus s'y arrêter. Il est bien vrai que le concile de Latran a défini qu'on pouvoit peindre les anges, mais il n'a pas conclu pour cela qu'ils fussent corporels. Et quand en effet on les croiroit être tels ^ on n'auroit pas raison pour cela de penser que leurs esprits fussent plus inséparables de leurs corps que ceux des hommes ; et quand on voudroit aussi feindre que l'ame humaine viendroit de père à fils, on ne pourroit pas pour cela conclure qu'elle fût corporelle; mais seulement que comme nos corps prennentleur naissance de ceux de nos parens, de même nos âmes procéderoientde leurs âmes. Pour ce qui est des chiens et des singes, quand je leur attribuerois la pensée , il ne s'ensuivroit pas de là que l'ame humaine n'est point distincte du corps, mais plutôt que, dans les autres animaux, les esprits et les corps sont aussi distingués ; ce que les mêmes platoniciens, dont on nous vanloit, il n'y a qu'un moment, l'autorité, ont cru, avec Pythagore, ainsi que leur métempsycose le fait assez connoître.

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