‹ Pensées de Descartes, sur la religion et la morale (volume 2)Chapitre 26 sur 58 · ET LES INNOVATIONS EN RELIGION. '22C · texte numérisé non relu

ET LES INNOVATIONS EN RELIGION. '22C

Vérilablemenl, en rnalicredcreligion , toulc iunovalion est digne de haine, parce que cliaquo homme étant persuadé que la religion qu'il prol'csse est émanée de Dieu, doit en conséquence c'roireque tous les changeniens, qu'on prélendroit y introduire, sont autant d'attentats contre la divinité. Mais dans la philosophie, qu'on avoue généralement n'être point encore assez connue, et qui est susceptible de grandes améliorations, il n'est au contraire rien de plus louable que d'innover.

XXÏI.

Descari'ES explique comment les espèces ou accidens du pain et du vin subsistent dans l'Eucharistie après la consécration : il rejette j sur ce point, l'opinion qui étoit généralement reçue dans les écoles ; il juge la sienne plus favorable d la doctrine orthodoxe, et croit qu'elle prévaudra dans les écoles.

(Médit. Rép. aux quatrièmes ohjcct. , p. 292.)

jM. Arnauld avoitfait observer à Descartes que ses principes, sur l'essence de la matière et sur la nature des qualités sensibles , alarmeroient les théologiens, et leur paroîtroieiit ne pouvoir se concilier avec le dogme de l'église catholique sur l'Eucliaristie. JVous tenons pour article de foi, disoit M. Arnauld, que la substance du pain étant ôtée du pain eucharisùcpie , les seuls accidens y demeu^

2 JO CoMxMENT LES ESPî^CES SUBSISTENT

r2?it. Or 31. Descartes n admet point d'accidens réeh ^ mais scitleinetit des modes qui ne sauroient être conçus sans quelque substance en laquelle ils réside?it , ni par conséquent aussi exister sans elle.

'M. Arnaulcl ajoutoit : « Je ne doute pas que ]\^. Des» « caries , dont la piété nous est connue, n'examine et ne « pèse diligemment les choses , et qu'il ne juge bien qu'il « lui faut soigneusement prendre garde, qu'en tâcliant de « soutenir la cause de Dieu contre l'impiété des libertins, « il ne semble leur avoir mis des armes on main , pour « combattre une foi que l'autorité de Dieu , qu'il défend ^ « a fondée, et au moyen de laquelle il espère parvenir à « cette vie immortelle qu'il a entrepris de persuader aux t< hommes » .

Effectivement, l'étendue, la figure, la couleur, l'odeur, et toutes les autres qualités sensibles du pain , que les théologiens appellent les accidens , subsistent dans l'Eucharistie , après même que la substance du pain n'y existe plus; et les théologiens pensolent communément qu'ils subsistoient par eux-mêmes sans aucun sujet auquel ils inhérassent •, c'est ce qu'ils appeloient des accidens absolus. Descartes étoit persuadé que cette doctrine des accidens réels ou absolus étoit absurde : il croyoit en même temps que toute la difficulté, qu'oppose le témoignage de nos sens au dogme de l'Eucharistie, s'évanouissoit dans les principes de sa philosophie; parce que, d'un côté, tous ces accidens, ces qualités sensibles avoient leur fondement dans la superficie des corps ou émanoient d'elle, et que , de l'autre , cette superficie , telle qu'il l'entendoit , n'appartenoit point à la substance du pain, et qu'elle pou- Yoit par conséquent, après môme que la substance du pain

ne

DANS 1,' Eucharistie. f25i

ïie su')sistoit pins, subsister encore (ille-niêmc par la puissance de Dieu, cl donner lieu aux mêmes apparences ou aux mêmes sensations qu'on ëprouvoit auparavant. Nous allons dans un moment entendre Descartes proposer plus amplement et plus nettement son système.

Il étoit si persuadé de la supériorité de son explication, sur celle des théologiens srolastiques, qu'il ne craignoit pas de dire*que le temps viendroit où ropinion, qui admet des accidens réels , serait rejette par les théoloiriens , et la sienne reçue en sa place comme certaine et indubitable. Sa prédiction s'est accomplie en très -grande partie : du moins la plupart des théologiens orthodoxes paroissent aujourd'hui avoir adopté son opinion, et s'en servent avantageusement pour lever une des plus fortes diiFicultés qu'oppose la raison au dogme eucharistique.

Ce qu'il y a de certain, et qui est en même temps décisif pour mettre cette opinion à l'abri de toute censure , c'est que M. Arnauld , un juge si habile et si exact dans tout ce qui a rapport à l'Eucharistie, témoigna être satisfait des réponses que Descartes avoit faites à ses objections, n'insista pas davantage, et fut, jusqu'à la tin de ses jours, un de ses plus zélés défenseurs.

Il ne sera pas inutile d'observer que M. Pélisson, dans les dernières années de sa vie , s'étoit beaucoup occupé de défendre et d'éclaircir le dogme de la transsubstantiation. Trois jours avant sa mort, il entretenoit encore M. Bossuet de son travail, et lui déclaroit qu'il espéroit pousse)', j usqu'à la démonstration,rouvrage qu'd avoit entrepris. ( Tom. X, n. éd., p. lo-i- et io5.) Ce grand évêque témoigna souhaiter vivement qu'on clierchut , dans les papiers de son ami défunt, tout ce qu'il auroil écrit sur celte malière, et

If

2 52 Comment les espèces subsistent qu'on le doiiuàt au public. Ses souhaits furent accomplis t une auwée après la mort de M. Pélisson, en 1694 , paru! sous le nom de cet auteur célèbre, et avec l'approbation deM. Bossaet laplus absolue, un traité àur l'Eucharistie, qui, quoique incomplet , est vraiment admirable. On n'y trouve point, il est vrai, tout ce que M. Pélisson sembloit avoh" promis sur la transsubstantiation proprement ditc^ peut-être n'avoit-il pas eu le temps de le mettre par écrit : mais il y traite la difficulté qu'on tiroit, contre le dogme , du témoignage des sens , et il l'a levée d'une manière qui semble avoir quelque rapport avec celle qu'a proposée Descartes *, ou du moins celle de Descartes peut en être regardée comme le développement.

« Ce n'est pas nous (catholiques), dit M. Pélisson, « p. io7, qui avons imaginé celtedistinction de substance <( et d'aecidens; c'est Platon , c'est Aristote, qui u'avoient « aucune part à nos disputes.... Ils ont compris qu'en ce « qu'on appelle pain, il y a quelque chose d'invisible et « d'impalpable, qui ne tombe par lui-même sous aucun « de nos sens, et qu'ils appellent ««/i^to^ce,- quelque chose {< au contraire de visible et de palpable, qui revêt et envi- <( ronue cette substance, et qui tombe sous les sens, et « ils Iq nommenl accidens. Otez, disent-ils, l'un après « l'autre toutes les qualités ou accidens dont cet être « invisible et impalpable du pain est revêtu, vous ne lui « otez rien de son être , et c'est toujours du pain. Si vous « ôtez , au contraire , de ce tout qu'on appelle pain , cet « êti'e invisible et impalpable que les qualités ou acci- « dens vous font connoître, vous lui ôteriez et le nom et « l'être de pain.

« Voici doue à quoi se réduit nettement ce qui nous

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« effraie dans la Iraiissiibslantiatioii. F.ji cet objet, qu'on V appelle coniMJunémcnt pain , pris tout ensemble, il y « avoit je ne sais quoi d'invisible et d'impalpable qui fai- « soit son être, el qui soulenoit tout le i-este.... L'invi- '.' sible et l'impalpable du pain ny est plus; jnais un « autre invi>,ible el impalpable, infiniment plus pré- « cieux, y est en sa place. La merveille est grande ; mais » où est la contradiction formelle dans cette pensée et « dans la volonté de Dieu? Nous le disons hardiment; « dès que vous réduisez ce miracle à un invisible ôlé et: « un invisible mis à sa place, il est impossible que cela « soit impossible à celui qui peut tout, qui avoit tout fait, « tant le visible que l'invisible, qui avoit lié l'un à l'autre « et pouvoit aussi facilement ne les pas lier, ou les délier « l'un d'avec l'autre, quand il lui plairoit.

« Ne nous parlez pius du témoignage des sens , sur le- « quel vos écrivams font ici tout leur vacarme , il n'en est « pas question. Vous voyez et vous touchez comme au- « paravant, il est vrai; l'Eglise ne vous dit point aussi » qu'il y a rien de changé en ce qui se voit et se touche. <( Vos sens ne vous trompent pas ; mais votre raison vous « trompe, quand elle dit : Rien n'est changé au dehors , « donc il est absolument impossible que rien soit changé H au dedans. Elle ne se défend aussi là-dessus que par les « règles ordinaires, qui cessent aussitôt que le pouvoir <( extraordinaire paroît »

Mais il est temps de laisser parler Descartes.

Mon dessein n'a point été, dans mes écrits, de rien définir touchant la nature des accidens, raais j'ai seulement proposé ce qui m'en a semblé de

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254 Comment les espèces subsistent prime abordj et enfin de ce que j'ai dit, que les modes ne sauroient être conçus sans quelque substance en laquelle ils résident, on ne doit pas inférer que j'aie nié que par la toute-puissance de Dieu ils puissent être séparés; parce que je tiens pour très-assuré, et crois ferinenient que Dieu peut faire une infinité de choses, que nous ne sommes pas capables d'entendre ni de concevoir.

Mais, pour procéder ici avec plus de franchise, je ne dissimulerai point que je me persuade qu'il n'y a rien autre chose par quoi nos sens soient touchés, que cette seule superficie, qui est le terme des dimensions du corps, qui est senti ou aperçu par les sens; car c'est en la superficie seule que se fait le contact , lequel est si nécessaire pour le sentiment, quej'e^slime que sans lui pas un de nos sens ne pourroit être mû; et je ne suis pas le seul de cette opinion. Aristole même, et quantité d'autres philosophes avant moi en ont été : de sorte que, par exemple, le pain et le vin ne sont point aperçus par les sens, sinon en tant que leur superficie est touchée par l'organe du sens, ou immédiatement, ou médiateinent par le moyen de l'air ou des autres corps, comme je l'estime, ou bien, comme disent plu.sieurs philosophes, par le moyen des espèces intentionnelles.

Et il faut remarquer que ce n'est pas la seule figure extérieure des corps, qui est sensible aux doigls et à la main, qui doit être prise pour celle

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superficie, mais qu'il faul aussi consicléicr ions ces pelils inlcrvallcs qui sont, par exemple, entre les peliles parties tle la farine dont le pain est composé, comme aussi entre les particules de Tcaude-vie, de l'eau douce, du vinaigre, de la lie ou du tartre, du mélange desquelles le vin est composé, et ainsi entre les petites parties des autres corps, et penser que toutes les petites superficies, qui terminent ces intervalles, font partie de la superficie de chaque corps.

Car, dans le vrai, ces petites parties de tous les corps ayan t diverses ligures et grosseurs,et difiérens mouvemens, jamais elles ne peuvent être si bien arrangées, ni si justement jointes ensemble, qu'il ne reste plusieurs intervalles autour d'elles, qui ne sont pas néanmoins vides, mais qui sont remplis d'air, ou de quelque autre jnalière; eonnne il s'en voit dans le pain qui sont assez larges, et qui peuvent être remplis non-seulement d'air, mais aussi d'eau, de vin ou de quelque autre liqueur : et puisque le pain demeure toujours le même, quoique l'air, ou telle autre matière qui est contenue dans ses pores soit c}iangée,il est constant que ces choses n'appartiennent point à la substance du pain ,^ et parlant que sa superficie n'est pas celle qui par un petit circuit l'environne tout entier, mais celle qui touche et environne immédiatement chacune de ses petites parties.

Il faut aussi remarquer que celle superficie n'est

256 Comment lés espèces subsistent

pas seulement remuée ioule entière, lorsque iouîe 3a masse du pain est portée d'un lieu en un autre, inais qu'elle est aussi remuée en partie, lorsque quelques-unes de ses î)elites parties sont agitées par l'air, ou par les autres corps qui entrent dans ses pores: tellement que s'il y a des corps qui soient d'une telle nature, que quelques-unes de leurs pttrlies, ou toutes celles qui les composent, se remuent conlînuellement (ce que j'estime être "vrai de plusieurs parties du pain et de toutes celles du vin), il faudra aussi concevoir que leur superficie est dans un continuel mouvement.

Enliu , il faut remarquer que, par la superficie du pain ou du vin, ou de quelque autre corps que ce soit, on n'entend pas ici aucune partie de la substance, ni même de la quantité de ce même corps, ni aussi aucunes parties des autres corps qui l'environnent, mais seulement ce terme que Von cojiçoit être moyen entre chacune des particules de ce corps y et les corps qui les environnent , et qui na point d'autre entité que la modale.

Ainsi, puisque le contact se fait dans ce seul terme, et que rien n'est senti, si ce n'est par contact, c'est une chose manifeste que de cela seul que les substances du pain et du vin sont dites être tellement changées en la substance de quelque autre chose, que cette nouvelle substance soit contenue précisément sous les mêmes termes sous qui les autres éloient contenues, ou qu'elle existe

DANS L'EuciiAiiisTrr:. s^y

dans le même lieu où le pain et le vin existoicnt auparavant, (ou plutôt, parée que leurs termes sont conlinuelleujent agites, dans lesquels ils cxisteroienl s'ils éloient présens) il s'ensuit nccessaileuient que cette nouvelle substance doit mouvoir tous nos sens de la même façon que feroient le pain et le vin, s'il n'y avoit point eu de transsubstantiation.

Or TEglise nous enseigne, dans le concile de Trente, (Session XIIl , can. ii et iv. ) qu'il se fait une conversion de toute la substance du pain , en la substance du corps de Notre-Saigneur Jésus- Christ , demeurant seulement V espèce du pain. Où je ne vois pas ce que l'on peut entendre par Vespèce du pain, si ce n'est celle superficie qtii est moyenne entre chacune de ses petites parties, et les corps qui les environnent.

Car, comme il a déjà élé dit, le contact se fait en cette seule superficie; et Aristote ivièmc confesse que non-seulement ce sens, que par un privilège spécial on nomme V attouchement , mais aussi tous les autres ne sentent que par le moyen de l'attouchement. C'est dans le livre lil, de l'ame, chap, xui, où sont ces mois : ''-^' r« «a^.^, uKSnr^^ix

Or il n'y a personne qui pense que, par l'espèce, on entende ici autre cliose que ce qni est précisément requis pour toucher les sens. Et il n'y a aussi personne qui croie la conversion du puiii

258 Comment les espèces subsistent

au corps de Christ, qui ne pense que ce corps do Christ est précisément contenu sous la môme superficie sous laquelle le pain seroit contenu s'il étoit présent; quoique néanmoins il ne soit pas là comme proprement dans un ]ieu;mais sacramentellement y et de cette manière d'exister , laquelle quoique nous ne puissions qu'à peine exprimer par paroles , après néanmoins que notre esprié est éclairé des lumières de la foi, nous poupons concevoir comme possible à Dieu, et laquelle nous sommes obligés de croire très-fermement. Toutes lesquelles choses me semblent être si commodément expliquées par mes principes, que nonseulement je ne crains pas d'avoir rien dit ici qui puisse offenser nos théologiens, qu'au contraire j'espère qu'ils mesaurontgré de ce quelesopinions que je propose dans la physique sont telles, qu'elles s'accordent beaucoup mieux avec la théologie, que celles qu'on y propose d'ordinaire. Car, dans le vrai, l'Eglise n'a jamais enseigné (au moins que je sache) que les espèces du pain et du vin, qui demeurent au sacrement de TEucharistie, soient des accidens réels, qui subsistent miraculeusement tout seuls, après que la substance, à laquelle ils étoient attachés, a été ôtéc.

Mais parce que peut-être les premiers théologiens, qui ont entrepris d'expliquer celte question par les raisons de la philosopliie naturelle, se pcrsuadoient si fortement que ces accidens, qui Iqu-

DANS l'Eucharistie. 25<)

client nos sens, cloieiit quelque chose de réel, cliiïcrent de la subslance, qu'ils ne pensoient pas seulement que jaiiiaison en pût douter, ils avoient supposé sans aucune raison valable, etsans y avoir bien pensé, que les espèces du pain éloient des accidens réels de celte nature; ensuite de quoi ils ont mis toute leur étude à expliquer comniciil ces accidens peuvent subsisicr sans sujet: en quoi ils ont trouvé tant de dillicultés, que cela seul leur devoit faire juger qu'ils s'ctoient détournés du droit cheuiin; ainsi que font les voyageurs, quand quelque sentier les a conduits à des lieux pleins dYpincs et inaccessibles. Car, preniièrcn^enl, ils semblent se contredire (au moins ceux qui tiennent que les objets ne meuvent nos s^ens que par le moyen du contact) lorsqu'ils supposent qu'il faut encore quelque autre chose dans les objets, pour mouvoir les sens, que leurs superficies diversement disposées : d'ailleurs, c'est une chose qui de soi est évidente, que la superficie seule suiTitpour le contact; et s'il y eu a qui ne veulent pas tomber d'accord que nous ne sentons rien sans contact, ils ne peuvent rien dire touchant la façon dont les sens sont mus par kuirs objets, qui ait aucune apparence de vérité. Outre cela l'esprit humain ne peut pas concevoir que les accidens du pain soient réels, et que néanmoins ils existent sans sa substance, à moins qu'il ne les conçoive à la façon des substances ; en sorte qu'il semble qu'il

24o Comment les espèces subsistent

yak de la conlradicliori , que toute la substance du pain soit changée, ainsi que le croit TEglise, et que cependant il demeure quelque chose de réel qui étoit auparavantdanslepain; parce qu'on ne peut pas concevoir qu'il demeure rien de réel que ce qui subsiste; et encore qu'on nomme cela •un accident, on le conçoit néanmoins comme une substance. Et c'est en effet la même chose que si on disoit qu'à la vérité toute la substance du pain est changée, mais que néanmoins cette partie de sasubstance, qu'on nomme accident réel, demeure : dans lesquelles paroles s'il n'y a point de contradiction, certainement dans le concept il en paroît beaucoup. Et il semble que ce soit principalement pour ce sujet, que quelques-uns se sont éloignés eu ceci de la créance de l'église romaine. Mais qui pourra nier que, lorsqu'il est permis, et que nulle raison, ni théologique, ni ménje philosoj)hique, ne nous obligea embrasser une opinion plutôt qu'une autre, il ne faille principalement choisir celles qui ne peuvent donner occasion ni prétexte à personne de s'éloigner des vérités de la foi? Or, que ^opinion qui admet des accidens réels ne s'accom.niode pas aux raisons de la théologie, je pense que cela se voit ici assez clairement; et qu'elle soit tout-à-fait contraire à celles de la philosophie, j'espère dans peu le démontrer évidemment dan» lin traité desPrincipes, que j'ai dessein de publier, et d'y expliquer comment la couleur, la saveur,

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la pcsaiilcur, et toulcs les autres qualités qui touchent nos sens, dépendent seulement en cela de la superficie extérieure des colps.

Au reste, on ne peut pas suj^poser que les ucciclens soient réels, sans qu'au miracle de la traufsubstantiation, lequel seul peut élrc inféré des paroles de la consécration , on n'en ajoute sans iiécessité un nouveau et incompréhensible, par lequel ces accidens réels existent tellemeul sans la substance du pain, que cependant ils ne soient pas eux-mêmes faits des substances: ce qui ne répugne pas seulement à la raison liumaine, mais même à l'axiome des théologiens, qui disent que les paroles de la consécration n'opèrenl rien que bé qu'elles signifient, et qui ne vcijlent pas attribuer à miracle les choses qui peuvent être expliquées par raison naturelle. Toutes ces diïïicutéà sont entièrement îevée^ ])ar IN^xplicalion que je donne à ces choses. Car, tant s'eïi faut que, selon l'explication que j'y donne, il soit besoin de quelque miracle pour conserver les accidens après que lasubstance du pain est ôtée, qu'au contraire, sans un nouveau miracle, (à savoir par lequel les dimensions fussent changées) ils ne peuvent pas être ôtés. Etles histoires nous apprennent que cela est quelquefois arrivé, lorsqu'au lieu du pain consacré, il a paru de la chair, ou un petit enfant entre les mains du prêtre : car jamais on n'a cru que cela soit arrivé par une cessation de miracle.

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