‹ Pensées de Descartes, sur la religion et la morale (volume 2)Chapitre 34 sur 58 · DE NOTRE CONTENTEMENT · texte numérisé non relu

DE NOTRE CONTENTEMENT

la sati;5raclioii de n'avoir rien perdu par noire iaiite, et nous ne laisserons pas de jouir de toute la béaliludc nalurelle dont Tacquisilion aura clé en nuire pouvoir. Ainsi, par exemple, la colère peut quelqueloisexcilerennousdes désirs de vengeance si violons, qu'elle nous fera imaginer plus de plaisir à punir noire ennemi, qu'à conserver noire Jionneur ou noire vie , et nous fera exposer imprudemment l'un et l'autre pour ce sujet : au lieu que, sila raison examine quel est le bien ou la perieclion sur laquelle est fondé ce plaisir qu'on lire de la vengeance, elle n'en trouvera aucune aulre, (au moins quand celte vengeance ne sert point ])Our empêcher qu'on ne nous offense encore) sinon que cela nous fait imaginer que nous avons f[ue!qu<e sorte de supériorité et quelque avantage au-dessus de celui dont nous nous vengeons : ce qui n'est souvent qu'une vaine imagination, qui ne mérite point d'être estimée, en comparaison de l'honneur ou de la vie, ni môme en con^paraison de la satisfi^clion qu'on auroit de se voir niailre de bn colère, en s'abstenant de se venger.

La même chose arrive dans loutes les autres passions : il n'y en a effectivement aucune qui ne nous représente le bien auquel elle tend, avec plus d'éclat qu'il n'en mérite, etqui ne nous fosse imaginer des plaisirs beaucoup plus grands, avant que nous les possédions, que nous ne les trouvons ensuite quand nous les avons goûtés. Ce qui lait

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qu'on blâme communément la volupté, parce qu'on ne se sert de ce mot que pour signifier de faux plaisirs, qui nous trompent souvent par leur apparence, et qui nous en font cependant négliger d'autres beaucoup plus solides, mais dont l'attente ne touche pas tant, tels que sont ordinairement ceux de l'esprit seul : je dis ordinairement ; car tous ceux de l'esprit ne sont pas louables, parce qu'ils peuvent être fondés sur quelque fausse opinion ; tel est le plaisir qu'on prend à médire , plaisir qui n'est fondé que sur ce qu'on pense devoir être d'autant plus estimé, que les autres le seront moins; ils peuvent aussi nous tromper par leur apparence , lorsque quelque forte passion les accompagne, comme on le voit dans celui que donne l'ambition.

Mais la principale différence, qui est entre les plaisirs du corps et ceux de l'esprit, consiste en ce que le corps étant sujet à un changement perpétuel , et même sa conservation et son bien-être dépendant de ce changement, tous les plaisirs qui le regardent ne durent guère; car ils ne procèdent que de l'acquisition de quelque chose qui est utile au corps au moment où on la reçoit, et aussitôt que cette chose cesse de lui être utile, les plaisirs cessent aussi ; au lieu que ceux de l'ame peuvent être immortels corn me elle, pourvu qu'ils aient un fondement si solide, que ni la connoissance de la vérité, ni aucune fausse persuasion ne le détruisent.

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