‹ Pensées de Descartes, sur la religion et la morale (volume 2)Chapitre 35 sur 58 · DE NOTRE CONTENTEMENT · texte numérisé non relu

DE NOTRE CONTENTEMENT

An reste, le véritable usage de noire raison , pour la conduite de la vie, no consiste qu'à examiner et considérer sans passion la valeur de toutes les perfections tant du corps que de l'esprit, qui peuvent être acquises par notre irulustrie, alln qu'étant ordinairement obligés de nous priver de quelques-unes pour avoir les autres, nous choisissions toujours les meilleures; et parce que celles du corps sont les moindres , on peut dire généralement que , sans elles , il est possible de se rendre heureux. Cependant je ne suis point d'opinion qu'on les doive entièrement mépriser, ni même qu'on doive s'exempter d'avoir des passions, il suffit qu'on les rende sujettes à la raison- et lorsqu'on lésa ainsi apprivoisées, elles sont quelquefois d'autant plus utiles, qu'elles penchent plus vers l'excès.

Quand je dis qu'il y a des passions qui sont d'autant plus utiles qu'elles penchent plusvers l'excès, j'ai seulement voulu parler de celles qui sont toutes bonnes, ce que j'ai témoigné en ajoutant qu'elles doivent être sujettes à la raison : car il y Jv deux sortes d'excès, l'un qui, changeant la nature de la chose, et de bonne la rendant mauvaise, empêche qu'elle ne demeure soumise à la raison; l'autre qui en augmente seulenjenl la mesure, et ne fait que de bonne la rendre nieillcnre. Ainsi, la hardiesse n'a pour excès latémérilé, que lorsqu'elle va au-delà des limites de la raison ;

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mais pendant qu'elle ne les passe point, elle peut encore avoir un autre excès, qui consiste à n'être accompagnée d'aucune irrésolution ni d'aucune crainte.

Pérîtes dont la connoissance est plus nécessaire pour notre conduite et notre bonheur.

(Tom. /<■'., Lett. VU.)

Il ne peut, ce me semble, y avoir que deux choses qui soient requises pour être toujours disposé à bien juger, l'une est la connoissance de la Térité , et l'autre l'habitude qui fait qu'on s'en souvient, et qu'on acquiesce à cette connoissance toutesles fois que l'occasion le requiert. Mais, parce qu'il n'y a que Dieu seul qui sache parfaitement toutes choses, il est nécessaire que nous nous contentions de savoir celles qui sont le pi us à notre usage ; entre lesquelles la première et la principale est, qu'il y a un Dieu, de qui toutes choses dépendent, dont les perfections sont infinies, dont le pouvoir est immense, dont les décrets sont infaillibles : car cela nous apprend à recevoir en bonne part tout ce qui nous arrive, comme nous étant expressément envoyé de Dieu ; et parce que le véritable objet de l'amour est la perfection, lorsque

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