‹ Pensées de Descartes, sur la religion et la morale (volume 2)Chapitre 37 sur 58 · AU BU^.H PARTICULIER · texte numérisé non relu

AU BU^.H PARTICULIER

biens qui lui sont tonuiiuns, sans être privés pouicela (riiucuiide ceux qui nous sont propres. [Nous ne j'-urticipons pas de la niêaie manière aux n)aux : car, selofï la philosupine, le mal n'es! rien de réel, il e^l seuleiuenl une privation ; et lor^iquc nous nous allrislons à eause de quelque mal qui.arrive à nos amis, nous ne participons point pour cela au délaut tiuns lequel consiste ce mal ; quelque tristesse même ou quelque [)eine que no(iS ayons en lelie occasion , elle ne sauroil être ausai grande qu'est la satisfaction intérieure qui accompagne toujours les biuincs actions, et principalenjent celles qui procèdent d'une pure alFeclion pouu autrui, qu'on ne rapporte point à soi-même, c'està-dire de la vertu chrétienne qu'on nomme charité. Ainsi l'on peut, même en pleurant et en prenant beaucoup de peine, avoir plus déplaisir que lorsqu'on rit et qu'on se repose (i).

(i) Il est aisé cic prouver que ce plaisir de l'ame, <lans lequel cousislelabéalltude , n'est pas inséparable de la gaieté et de l'aise du corps, tant [lar l'exemple des tragédies, qui nous plaisent d'autant plus qu'elles excitent en nous plus de tristesse, que par celui des eiercicesdu corps, connue la chasse, le jeu de la pnurne, et autres semblables, qui ne laissent pas d'être agréables , encore qu'ils soient fort pénibles : on voit même que souvent c'est la fatigue et la peine qui en augmente le plaisir ; et la cause du conlentemenl, que l'ame reçoit en ces exercices, consiste en ce qu ils lui font remarquer la force , ou radx'ciic , ou quelque autre perfectioii du corps auquel elle

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296 Préférence du bien ruBLic

La raison qui me fait croire que ceux qui ne font lien que pour leur uliiité particulière, doi- Tent, aussi bien que les aulrea, travailler pour autrui, et tâcher de faire plaisir à un chacun, autant qu'il est en leur pouvoir, s'ils veulent user tie prudence, est, qu'on voit ordinairement arriver que ceux quisonl estimés officieux et prompts à faire plaisir , reçoivent aussi quantité de bons oIBcés des autres, même de ceux qu'ils n'ont jamais obligés, lesquels ils ne recevroient pas si on ]es croyoil d'autre humeur; et qucles peines,qu'ils ont à faire plaisir, ne sont point aussi grandes que les commodités que leur donne l'amitié de ceux qui les connoissent : car on n'attend de nous que les offices que nous pouvons rendre commodément, et nous n'en attendons pas davantage des autres; mais il arrive souvent que ce qui leur coûte peu, nous profite beaucoup, et même nous peut importer de la vie. Il est vrai qu'on perd quelquefois sa peine en faisant bien, et, au contraire, qu'on îiacne à mal faire; mais cela ne peut changer la rè2;le de la prudence , laquelle ne se rapporte

estioinle; mais le conlentement qu'elle a de pleurer, envoyant représenter quelque action lamentable et funeste sur un llicàtre, vient principalement de ce qu'il lui semble qu'elle fait une action vertueuse ayant compassion des affligés ; et généralement elle se plait de sentir émouvoir eu soi des passions , de quelque nature qu'elles soient; pourvu qu'elle en demeure maîtresse.

Au BIEN PARTÏCULIEU. lÎQ/

qu'aux choses qui arrivent le plus souvent. Et pour moi, lama,\iuie que j'ai le plus observée, en toute la conduite de ma vie, a été de suivre seu-' lement le grand chemin, et de croire que la principale llnesse est de ne vouloir point du toul user de liuessei Les lois comuumes de la société, qui tendent toutes à se faire du bien les uns aux autres, ou du moins à ne se point faire de mal, sont, ce me semble, si bien établies, que quiconque les suit franchement, sans aucune dissimulation ni artiflce, mène une vie beaucoup plus heureuse et plus assurée, que ceux qui cherchent leur utilité par d'autres voies : à la vérité, ils réussissent quelquefois par l'ignorance des autres hommes, et par la faveur de la fortune j mais il arrive biea plus souvent qu'ils y manquent, et que, pensant s'établir, ils se ruinent....

J'avoue qu'il est difficile de mesurer exactement jusqu'où la raison ordonne que nous nous intéressions pour le public; mais aussi n'est-ce pjis une chose en quoi il soit nécessaire d'être fort exact ; il suilit de satisfaire à sa conscience, et on peut en. cela donner beaucoup à son inclination : cai Dieu a telleuient établi l'ordre des choses, cl uni les ]iomnies ensemble d'une si étroite société , que, quoique chacun rapportât tout à soi-njôme, et n'eut aucune charité pour les autres , il ne laisseroit pas de s'employer ordinairement pour eux, en tout ce qui scroit de son pouvoir, pourvu qu'il

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298 Sur Là BALANCE DES BIENS ET DES MAUX

usùl de prudence, principalement s'il vivoit en un siècle où les mœurs ne fussonl point corrompues. Et, outre cela, comme c'est une chose plus haute et plus glorieuse de faire du bien aux autres hommes , que de s'en procurer à soi-ir.cme, aussi es sont les plus grandes âmes qui y ont le plus d'inclination, et qui font le moins d'éiat des bietis. qu'elles possèdent ; il n'y a que les foibles et basses qui s'estiment plus qu'elles ne doivent, et sont comme les petits vaisseaux que trois gouttes d'eau peuvent remplir. Je sais que votre allesse (il écrit à la Princesse Palatine) n'est pas de ce nombre, et qu'au lieu qu'on ne peut inciter ces aines basses à prendre de Ja peine pour autrui, f[u'en leur faisant voir qu'elles en retireront quelque profit pour elles-mêmes, il faut, pour l'intérêt de votre altesse, lui représenter qu'elle ne pourroitêtre utile pendant long-temps à ceux qu'elle afï'ectionne , si elle se négligeoit elle-même, et la prier d'avoir soin de sa santé.

Éclaircissement sur la balance des biens el dek maux dans celle vie.

( Tome I". , Lett. X. )

.Te pense qu'il y a plus de biens que de maux àxinfe cette vie : mais, pour concilier ce sentiment

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