PRELIMINAIRE. XCV
le génie supérieur de Descartes, se retranchent à dire qu'il s'est épuisé eu vaines spéculations sur la forination du monde, et que Descartes n'a jamais travaillé pour Futilité réelle du genre humain. On a donc oublié, ou on n'a jamais remarqué que Descartes, dans ses travaux, avoit eu presque perpétuellement en vue la perfection de la médecine , et par conséquent la prolongation (le la vie humaine, que dans le dessein de parvenir à un but si intéressant, il avoit
une sociôlé de gens de lettres, assurent que dans l'ouvrage du P. Larai , les argumens de Spinosa sont Irès-hien exposés et très-mal réfutes , d'où ils concluent que l'ouvrage doit être mis au nombre des livres dangei'eux. Ils donnent pour garant d'un jugement aussi téméraire qu'injuste, M. Michaut. Au témoignage de ce M. Michaut , qui n'avoit peut-être jeté qu^un coup d'cell rapide sur l'ouvrage du P. Lami, nous opposons deux témoignages de la plus grande autorité, celui de Bossuet et celui de Fénélon : Bossuet écrivoit ù l'auteur en if^gf) : J'approuve fort tout ce que je vois dans votre ouvrage. Il est plein d'une excellente et sublime métaphysique. M. de Fénélon , dans l'acte d'approbation du même ouvrage , assure que Y auteur a sapé les fonde mens du système impie de Spinosa, et défendu la vérité par des raisons très-solides. C'est le témoignage, dit M. de Fénélon , que Je lui rends ds tout Tn,on cœur, avec toute l'estime possible. Ces deux témoignages sont imprimés k la têle de l'o uvrage.
3^cvj Discours
consacré une partie notable de sa vie àFétiiclé
du corps humain : et son Traité de Vhom-^
me montre avec quelle application et quel
succès.
Que d'àtitrés traits pris dans les écrits et la vie de Descartes ne pourrions -nous pas citer, qui prouveroient combien grossièrement ont blessé et la vérité et la justice , ceux qui ont osé dire que Descartes n'avoit été qu'un visionnaire ! Miiis ^ouv les confondre, et empêcher en même temps qu'on ne l'oublie, rappelons un vaste et magnifique projet que Descartes avoit conçu, et dont sa mort prématurée seule a empêché l'exécution. Nous sommes étonnés que M. Thomas et ses concurrens ne l'aient point fait entrer dans son éloge. Il est vrai que l'exécution de ce projet auroit exigé de grandes dépenses, bien au-dessus de ses facultés; mais un de ses amis, M. d'AHbert, avoit promis d' j consacrer une partie de ses immenses richesses. «Les conseils de M. Des- (( cartes alloient donc à faire bâtir dans le (( Collège royal , et dans d'autres lieux , (( qu'on auroit consacrés au public, diverscji
« grandes'
PRELIMINAIRE. XCVij
« gréincles salles pour les artisans, à destiner « chaque salle pour chaque corps de métier, (( à joindre à chaque salle un cabinet rempli (( de tous les instrumens mécaniques néces- (( saires ou utiles aux arts qu'on y devoit ence seigncr, à faire des fonds suflisans, nonce seulement pour fournir aux dépenses que t( demandcroient les expériences, mais ence core pour entretenir des maîtres ou profesc( seurs dont le nombre auroit été égal à celui c( des arts qu'on y auroit enseignés. Ces profesc( seurs dévoient être habiles en mathématic( ques et en physique, afin de pouvoir réponc( dre à toutes les questions des artisans, leur c< rendre raison de toutes choses, et leur donc( ner du jour pour faire de nouvelles déc( couvertes dans les arts. Ils ne dévoient c( faire leurs leçons publiques que les fêtes « et les dimanches après vêpres, pour douce ner lieu à tous les gens de métier de s'y ce trouver, sans faire tort aux heures de leur ce travail; et M. Descartes qui avoit proposé ce cet expédient, supposant l'agrément de la ce cour et de M. l'archevêque, l'avoit regardé ce comme un moyen très- propre à les reti-
xcviïj Discours
« rer de la débauche qui leur est si Ordi- (( naire aux jours de fêtes (i) ».
La nouvelle philosophie de Descartes ne pouvoit s'établir que sur les ruiiies de Tancienne qui régnoit depuis plusieurs siècles dans les écoles. Ori ne doit donc point trouver étrange qu'elle ait d'abord éprouvé tant de contradictions ; il faudroit plutôt être surpris qu'elle ait été sî promptement et si pleinement victorieuse. Nous allons faire connoitre en peu de mots sa fortune en France, ci dans les principales parties de l'Europe.
Descartes étoit l'élève et l'ami des jésuites; il semble donc qu'il pouvoit se flatter qu'ils accùeilleroient favorablement sa philosophie; cependant il craignit pendant quelque temps que tout le contraire n'arrivât; mais ces inquiétudes furent bientôt calmées. Le jésuite même quiavoit fait soutenir àParis, dans le collège de la société, des thèses ou sa philosophie étoit vivement combattue, et qui par cet éclat avoit donné lieu à ses alarmes, iie tarda pas à changer de sen-
(i) Yie tle Descartes, page 631,
t'RÉLriStlNAlRE. Xcîx
timcnt, et finit par adopter ses principes et lui demander son amitié.
La congréijatiou naissante de l'Oratoire lui fut encore plus favorable; il comptoitaii rang de ses amis le cardinal de Berulle, le P. deCondren^ le P. Gibieuf, et en général tous les principaux membres delà congrégation. Mais c'est dans l'Université de Paris que sa philosopliie fut d'abord mal accueillie. En 1674^ ce grand corps se proposoit de présenter une requête au parlement, pour delîiander qu'il en défendit l'enseignement dans ses écoles. M. le premier président de Lamoignon, ayant fait connoître à Boileau^ dans une conversation^ qu'il ne pourroit pas se dispenser de donner un arrêt conforme à la requête de l'Université (1), ce-
(1) Cette requête de l^Université ne doit point nous surprendre. En î^énéral, il est de la sagesse d'un corps, d'être ea garde contre les innovations : et il est bon d'observer que, quelques années auparavant, en iG68,les théologiens protestans de Frise dressèrent une requête, où ils demandoiénlaux Etats tin rùa^lemenl portant, C[u^ aucun professeur j docteur ou maîire, quel qu il pût être, soit dans l'Université^ soit ailleurs, ne pût faire mention de la philosophie de Descartes en tout ou, en partie , de parole ou par écrit, à moins que ce ne fût pour
c Discours
lui-ci aidé par Racine, Bernier, et le greffier du parlement, fabriqua promptement cet arrêt burlesque, pour le maintien de la doctrine d'Aristote, qu'on voit dans ses Œuvres. Cette plaisanterie arrêta tout, et ne permit pas même à la requête de l'Université de paroître.
Cependant, en même temps que le nombre des partisans de la nouvelle philosophie augmentoit, ses adversaires redoubloient de zèle et d'animosité. Leurs tentatives auprès du parlement n'ayant pas réussi, ils s'efforcèrent de prévenir et d'armer contre elle, la cour et la puissance ecclésiastique : leurs efforts ne furent point sans succès.
En 1678, l'assemblée générale de la congrégation de l'Oratoire fut avertie qu'on trouvoit mauvais que les opinions de Jansénius sur la grâce gagnassent une partie de ses membres, et que sa tolérance sur cet article compromettoit sa sûreté. L'assemblée, de concert avec M. l'archevêque de Paris, fit un régle-
la réfuter. (Voyez Niceron , Vie de Bekker, t. xxxi , p. i8o.) Assuréuient cette requête encLérIssoit sur celle de l'Université.
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ment général sur renseignement et les études. Il fut ordonné à tous les membres de la congrégation de se défendre, avec un soin tout particulier, du jansénisme condamné ou désapprouvé par les constitutions des souverains pontifes. Le même règlement enjoignit aux professeurs de ne point s'éloigner de la physique et des principes d'Aristote, reçus communément dans les collèges , pour s'attacher à la doctrine nouvelle de Descartes , que le roi, disoit-on, pour de bonnes raisons, a défendu qu'on enseignât: eton entre là-dessus dans quelque détail de propositions qui* dévoient être les unes soutenues, les autres rejetées. Quoi qu'il en soit de la sagesse de ce règlement, qui occasionna beaucoup de trouble dans la congrégation , il nous fait connoître que dans les collèges de l'Oratoire on enseignoit communément le cartésianisme.
Bayle fit imprimer, en i684, un recueil de pièces concernant la philosophie cartésienne, et y inséra le règlement de l'Oratoire en entier. Il lui donna pour titre : Concordat entre les jésuites, etc., et suppose que les jésuites avoient forcé les prêtres de l'Oratoire à signer
civ Discours
de l'Oratoire, en 1678, semble supposer que le gouvernement avoit défendu l'enseignement du cartésianisme. Dans la correspondance de M. Pélisson avec M. Leibnilz, on assure la même chose ; cependant nous ne connoissons ni loi ni arrêt du conseil qui contiennent une semblable défense; et apparemment tout se réduisoit, dans ce temps-là, à des insinuations ou à des ordres particuliers des ministres. C'est ainsi qu'il fut défendu pendant quelque temps à M. Régis de continuer ses leçons publiques de cartésianisme.
Mais, en 1689, il s'éleva contre la doctrine de Descartes un adversaire illustre, qui d'abord en avoit été, ainsi qu'il nous en assure lui-même, un zélé défenseur. Cet adversaire est M.Huet, évèque d'Avranches. Il publia à cette époque un ouvrage ayant pour titre :
<( avantages avec une superbe ingratitude. 11 falloit aux « sciences un liomme de ce caractère , un liorame qui osât « conjurer tout seul avec son génie contre' les anciens tyrans « de la raison , qui osât fouler aux pieds ces idoles que tant « de siècles avoient adorées. Descartes se trouvoit enfermé « dans le labyrinthe avec tous les autres philosophes : mais il « se fit lui-même des ailes, et s'envola , frayant ainsi de uou- « velles routes à la raison captive ».
TRÉLTMINAIRE. CV
Censura Philo sophiœ Cartesiann?.[\). Dans la préface de la nouvelle édition de cet ouvrage, qui parut en 1694, il confesse que cet écrit avoit excité contre lui, au dedans et au dehors, un grand soulèvement; qu'il avoit
(1) M. Arnaulcl faisoit ircs-pcu de cas de cet ouvrage. <c Je « ne sais pas ce qu'on peut trouver de bon dans le livre de (( M. Iluet contre M. Dcscarlos , si ce n'est le latin , écrivoit- « il en \fK\i [Lettre DXIT^; car je n'ai jamais yu de si ché- <( lif livre pour ce qui est de la justesse d'esprit et de la so- « lidilé du raisonnement. C'est renverser la religion que dou- (i Irer le pyrrhonisme autant qu'il fait. Caria foi est fondée <( sur la révélation, dont nous devons être assurés par la <( connoissance de certains faits. S'il n'y a donc point de faits « humains qui ne soient incertains, il n'y aura rien sur quoi (c la foi puisse être appuyée. Or que peut tenir pour certain « et pour évident celui qui soutient que cette proposition, n je pense, donc je suis, n'est pas évidente, et qui préfère « les sceptiques à M. Descartes, en ce que ce dernier ayant « commencé à douter de tout ce qui pouvoit j)aroîlre n'être (c pas tout-à-fait clair, a cessé de douter quand il en est venu « à faire cette réflexion sur lui-même : cogito, ergo sum ; au <c lieu, dit M. Huet, que les sceptiques ne se sont point ar- « rétés là, et qu'ils ont prétendu que cela même étoit incer- «( tain et pouvoit être faux, ce qui a été regardé par saint « Augustin, aussi bien que par Descartes, comme la plus « grande de toutes les absurdités ; parce qu'il n'y a rien cer- « tainement dont nous puissions moins douter que de cela. « Il y a cent autres êgaremens dans le livre de M. Huet; « mais celui-là est le plus grossier de tous ».
cvj Discours
été pour lui une source de désagrémens , et même qu'il lui fit perdre queiques-uus de ses meilleurs amis. Dans les Mémoires de sa vie, il nous apprend encore à ce sujet une anecdote curieuse. Il avoit cru devoir offrir à M, Bossuet, son ancien ami, un exemplaire de son ouvrage, et accompagner Tenvoi d'une lettre honnête. Il n'ignoroit pas que Févèque de Meaux étoit partisan de Descartes, et il nous apprend qu'ils avoient eu souvent entr'eux des disputes amicales, mais vives, sur quelques points de sa pliilosopliie. M. Bossuet ne reçutpointfavorablementleprésent ; il trouva mauvais qu'en même temps que Fauteur de l'ouvrage le supposoit un partisan de ia philosophie de Descar Les, il soutînt que cette philosophie étoit contraire à la foi. M. Huet nous fait connoître quelle fut son excuse auprès de M. Bossuet : il lui répondit qu'on ne blessoit point l'intf grité de la foi des anciens pères,, ni de saint Thomas, en disant que les premiers avoient suivi Plalon, el le second Aristote. [ComjiientariiLs de rébus ad se , etc.) Quoi qu'il en soit de la valeur de cette excuse, il résulte toujouis de l'anecdote précédenie.
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que si M. Huet étoit contraire à Descartes, ]VI. Bossu et lui étoit lavera ble ; et le suffrage d'un prélat aussi zélé pour la saine doctrine, et (jui, sans contredit, étoit le premier théologien de son siècle, suffît pour montrer que ja philosophie de Descartes ne devoit point alarmer les ministres de la religion. Le secrétaire de ce grand homme , M. Le Dieu , nous apprend, etce jugement est bien remarquable, qu'il mettoit le discours de Descartes sur la Méthode au-dessus de tous les ouvrages de son siècle.
M. Huet, aigri de plus en plus contre les cartésiens, publia, en iGqô, en gardant cependant l'anonyme, un nouvel ouvrage contre Descartes, sous le titre de Nouveaux Mémoires pour servir à Vhistoire du Cartésianisme. Cet ouvrage respire, encore plus que le premier, une véritable animosité corttre la doctrine et contre la personne même de Descartes. Mais quelle pouvoit être la raison de ce procédé de la part d'un prélat d'ailleurs si modéré et si honnête? Brucke=^ ne doute pas qu'on ne doive la chercher uniquement dans les instigations des jésuites, ennemi de Des-
cviij Discours
cartes, dit-il, et très-intimement liés avec 1 évéque d'Avranches. Mais ce jugement ou cette (X)njecture nous paroît très frivole ; elle suppose d'ailleurs que le corps des jésuites étoitennemideDescartes, ce qui est contraire à la vérité. La conjecture de M. Thenisseul, rapportée parIS'icoron dans la Vie de Descartes, nous paroît beaucoup plus plausible : a Quand M. ïiuet composa sa censure de la fc philosophie de Descartes, il étoit, dit cet a auteur, piqué contre les cartésiens. On le fc voit dans le quatrième chapitre de cet once vrage. Il trou voit mauvais que ces pliilo- <( sophes préférassent ceux qui cultivent leur a raison à ceux qui ne font que cultiver leur <( mémoire, et qu'ils exigeassent qu'on trace vaillât plutôt à se connoître, qu'à connoî- « tre ce qui s'étoit passé dans les siècles re- <( culés. Quoi! dit -il, cliap. viii, parce « que ncms sommes savans, nous devien- (( cirons le sujet de la plaisanterie des car- <( tésiens » / Le mécontentement que pouvoient donner à ce prélat les déclamations imprudentes et exagérées de quelques cartésiens, étoit bien naturel. Il avoit consacré
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loules ses vieilles à réliidc de Tantiquilé: c'est sur son énulition qu'étoient Ibndées sa sloire et sa fortune. Décrier rériidition, c'étoit donc vouloir prouver qu'il avoit perdu son temps , et qu'il n'a voit aucun droit solide ni à la gloire, ni aux dignités dont il av^oit été revêtu.
Quoi qu'il en soit, M. Huet, tout prévenu qu'il étoit contre Descartes, a été forcé de lui rendre un glorieux témoignage, que nous devons recueillir avec d'autant plus de soin , que le trait qu'il loue dans ce philosophe n'entre pas communément dans son éloge : « Il est parti, dit -il, de principes «très-simples, très-clairs et en très-petit (( nombre, pour expliquer toute la nature ; (( et par un procédé digne d'un grand phi- (( losophe, il a suivi constamment l'ordre, (( et a enchaîné toutes ses explications les aunes aux autres. Dans une très -grande « abondance, il est court; et dans une très- (( grande brièveté, jointe à une subtilité qui (( n'est pas moins grande, il est clair; et je « ne crains pas d'assurer qu'en tous ces der- (( nicrs points, il n'est aucun philosophe, an-
ex Discours
« cien ou moderne , qui lui soit cômpàra-- (( Me (i) )).
La censure de M. Huet et là célèbre critique du P. Daniel , sons le titre de Voyage du monde de Descartes , n'arrêtèrent point îe progrès de la philosophie cartésienne. Sa victoire sur le péripatétisnie, ne tarda pas à être complète : elle pénétra dans tous les collèges, dans ceux même de l'Université, et y régna paisiblement jusqu'au temps ou une philosophie, qui s'occupe plus de calculer les effetsque d'en découvrir lescauses, commença à être à la mode. Tel fut le sort de la philosophie de Descartes dans sa patrie.
Cette même philosophie fut d'abord plus favorablement accueillie en Angleterre qu'elle ne l'avoit été en France , et on y témoigna encore pour la personne du philosophe une
(i) A paucisslmis el simpliclsslmls et clarissimis principlis exorsus, unlversam naturam explicare instituit : qûocl fuit siimmo pbilosoplio dignum, rationis ordlnem tenet et connexionem rerum. In maximâ copia brevis est ; in svimniâ brevitale et sublilltale dilucidus. Quibus poslremis laudibus eum vel veterum vel recenllorum pbilosopboriim a-quiparat aeiuo. Censura Philosophiœ Carlesianœ, ecl, h, p. ua8.
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plus liante considération. Milord Cavcndish, habile niathématicien , cl éperdument amoureux, dit M. Eaillet, de la phl- Iv Sophie de Descartes, l'invita de la part du roi Charles I"., qui ainioit les sciences, à passer en Angleterre. Ce prince voulut même l'y fixer par les propositions les plus flatteuses pour un homme tel que Descartes; car il promettoit de consacrer de grandes sommes aux expériences de physique. Descartes étoit près de se rendre à l'invitation du roi; et nous croyons devoir observer, dès à présent, en preuve de l'attachement de Descartes à l'Eglise catholique, qu'un des motifs qui l'y inclinoient, c'est qu'on l'avoit assuré que le prince étoit catholique de volonté. {Baillet, part. IP pag. 67.) Mais les troubles qui commençoient à agiter ce rovaume , et qui aboutirent à la funeste mort du prince^ l'arrêtèrent en Hollande. Le fameux Hobbes avoit recherché la correspondance de Descartes, et sollicitoit auprès de lui des éelaircissemcns sur différens points de physique, avec un empressement ([ui ciUoit jusqu'à rimportunité. L'illustre
cxij Discours
chevalier Digbj entretenoit avec lui une correspondaiîce suivie, et dès l'an i658, il s'étoit montré un zélé défenseur de sa doctrine et de sa réputation. (Baillet, p<^g6 244.) Mais ni en Angleterre ni ailleurs personne n'a d'abord pensé plus favorablement de la philosophie de Descartes, ni témoigné plus d'admiration de son génie, que Henri Morus, docteur Anglois, qui jouit encore aujourd'hui dans l'esprit de ses compatriotes de la plus haute considération. M. Clerselier, qui préparoit l'édition des Lettres de notre incomparable philosophe, lui écrivit pour en obtenir les copies des lettres que ce savant Anglois a voit écrites à Descaries, et des réponses qu'il en avoit reçues. Morus s'empressa de le satisfaire, et lui disoit dans sa réponse, que nous traduisons : a Tel est (( dans les écrits de M. Descartes l'importance <( des matières qu'il y traite, la beauté des « vérités qu'il découvre, la grandeur et la (( pénétration du génie qu'il montre, le con- (( cert et l'ordre admirable de tous les théo- « rômes qu'il y établit, qu'après les avoir <t lus mille fois, on les lit encore avec un
(( nouveau
PRELIMINAIRE. CXllj
« nouveau plaisir C'est ainsi que les lioin-
(c mes qui voient eontinuellement la lumiè- (( re, la trouvent toujours également belle, « et la reçoivent tous les jours avec une nou- {( velle reconnoissance. La philosophie de (( Descartes f continuoit-il, n'offre pas seu- (( leinent les plus grands cliarmes à l'esprit, « elle est encore souverainement utile pour « ce qui est la suprême lin de toute philoce sopliie, je veux dire la religion; car tan- (( dis que les péripatéticiens admettent cer- <( taines formes substantielles nées de la (( puissance de la matière, et qui lui sont (( tellement unies qu'elles ne peuvent sub- (( sister sans elle, formes dans la classe des- (( quelles ils rangent les âmes de presque « tous les êtres qui ont vie, et celles mêmes « auxquelles ils attribuent le sentiment et la «pensée; tandis que les épicuriens proscri- (( vent au contraire toutes les formes sub- <( stantielles, et accordent néanmoins à la « matière la faculté de sentir et de penser , « Descartes est le seul que je connoisse, ente tre les physiologues , qui en même temps <( qu'il a proscrit toutes les formes substan-
cxiv Discours
a tielles et les âmes tirées de la matière, (( a dépouillé la matière de toute faculté de (( penser et de sentir; d'où il résulte que si u on suit les principes de Descartes, on aura <( un moyen très-sûr et une méthode infail- « lible de démontrer et l'existence de Dieu , (( et l'immortalité de l'âme, deux articles qui (( sont les grands fon démens et les points
a d'appui de toute religion véritable En
<( un mot, je soutiens qu'il n'est point de phi- <( losophie, si ce n'est peut-être celle de Plate ton , qui enlève plus complètement aux (c athées tous leurs subterfuges et toutes leurs ((évasions)). {Lettres, tom.P'ypag. 255.) Il écrivoit à Descartes {p. ^58) : a Tous les (( hommes qui travaillent, ou même qui de- (c puis l'origine du monde, ont travaillé 4 (( découvrir les secrets de la nature, ne me <c paroi ssent auprès de vous, si on compare a le génie au génie, que des nains et des (( pigmées ». Après quelques autres éloges aussi magnifiques, il ajoute : « Ce n'est pas (( seulement dans votre patrie et ailleurs, « c est encore en Angleterre qu'il est de^ (( hommes pénétrés de la plus profonde es-