‹ Pensées de Descartes, sur la religion et la morale (volume 2)Chapitre 40 sur 58 · POUR RÉGLER NOS M(EURS · texte numérisé non relu

POUR RÉGLER NOS M(EURS

; le plus tl'ardfLir après un autre bien plus souverain que tous ceux qu'ils possèdent. Or ce souve- I rain bien, considéré par la raison naturelle, sans j la lumière de la foi, n'est autre chose que la con- 1 Jioissance de la vérité par ses piemières causes, c'est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l'étude. Et parce que toutes ces choses sont entièrement vraies, elles ne seroienl pas difficiles à persuader si elles étoient bien déduites.

Mais ce qui empêche de les croire, c'est que l'expérience mon Ire que ceux qui font professioa d'être philosophes, sont souvent moins sages et moins raisonnables, que d'autres qui ne se sont jamais appliqués à cette étude.

Mais quels sont les degrés de sagesse auxquels on est parvenu jusqu'à présent? Le premier ne contient que des notions qui sont si claires d'ellesmêmes, qu'on les peut acquérir sans méditation: le second comprend tout ce que l'expérience des sens fait connoîti e : le troisième, ce que la conversation des autres hommes nous apprend : à quoi l'on peut ajouter, pour le quatrième, la lecture, non de tous les livres, mais particulièrement de ceux qui ont été écrits par des personnes capables de nous donner de bonnes instructions; car c'est une espèce de conversation que nous avons avec leurs auteurs. Il me semble que toute la sagesse qu'on a coutume d'avoir, n'est acquise que par ces quatre moyens : car je ne mets point ici en

Mm

528 Utilité de la philosophie

rang la révélation divine, parce qu'elle ne nons conduit pas par degrés, mais nous élève tout d'un coup à une créance infaillible.

Mais il y a eu de tout temps de grands lionnncs qui ont tâché de trouver un cinquième degie pour parvenir à la sagesse, incomparablenu ii!: plus haut et plus certain que les quatre autres: c'est de chercher les premières causes et les vrais principes, dont on puisse déduire les raisons de tout ce qu'on est capable de savoir; et ce sont paiticulièremenl ceux qui ont travaillé à cela, qu'on a nommés philosophes. Cependant je ne sache point qu'il y en ait eu jusqu'à présent à qui ce dessein ait réussi

Quels fruits peut-on tirer des principes de ma philosophie? Le premier fruit qu'on puisse tirer de ma philosophie est la satisfaction qu'on aura d'j'' trouver plusieurs vérités qui ont été jusqu'à présent ignorées; car, quoique souvent la vérité ne touche pas autant notre imagination que les faussetés et les fictions, parce qu'elle paroîtmoir)s admirable et plus simple, cependant le contentement qu'elle donne est toujours plus durable eï plus solide. Le second fruit est, qu'en étudiant ces principes, on s'accoutumera peu à pen à mieux juger de toutes les choses qui se rencontrent, et ainsi à être plus sage; en quoi ils auront un effci contraire à celui de la philosophie commune : car on peut aisément remarquer , dans ceux qu'on

î»OUR RÉGLER NOS MŒURS. 629

appelle pétiaiis, qu'elle Ici» rend moins capables de raison qu'ils ne seroient, s'ils ne l'a voient jamais apprise. Lelroisièineest, que les vérités qu'ils contiennent, étant très-claires et très-certaines ôleront tous sujets de dispute, et ainsi disposeront les esprits à la douceur et à la concorde, à la difi'érence des controverses de l'école, qui, rendant insensiblement ceux qui les apprennent plus pointilleux et plus opiniâtres, sont peul-êire la première cause des hérésies et des dissentions qui déchirent maintenant le monde. Le dernier et le principal fruit de ces principes, est qu'on pourra, en les cultivant, découvrir plusieurs vérités que je n'ai point expliquées, et ainsi passant peu à peu des unes aux autres, acquérir avec le temps une parfaite connoissance de toute la philosophie, et monter au plus haut degré de la sagesse....

Voici l'ordre qu'on doit observer pour s'instruire. Premièrement, on doit, avant tout, lâcher de se former une morale qui puisse suffire pour régler les actions de sa vie, parce que cela ne souflre point de délai, et que nous devons surtout tacher deiiien vivre. Après cela, on doit aussi étudier la logique , non pas celle de l'école; car elle n'est, à proprement parler, qu'une dialectique, qui enseigne les moyens de faire entendre à autrui les choses qu'on sait, ou même aussi de dire sans jugement plusieurs paroles touchant celles qu'on nesaitpasj et ainsi elle corrompt le bon sens, piu-

55o Utilité de la philosophie

lot qu'elle ne l'augmenle : mais celle qui apprend à bien conduire sa raison pour découvrir les vérilés qu'on ignore. Et parce qu'elle dépend beaucoup de l'usage , il est bon qu'il s'exerce longtemps à en pratiquer les règles louchant des questions faciles et simples, comme sont celles des mathématiques. Puis, lorsqu'il s'est acquis quelque habitude de trouver la vérité dans ces questions, il doit commencer sérieusement à s'appliquer à la vraie philosophie, dont la première partie est la métaphysique, qui contient les principes de la connoissance, entre lesquels est l'explication des principaux attributs de Dien , de l'immatérialité de nos âmes , et de toutes les notions claires et simples qui sont en nous. La seconde est la physique, dans laquelle, après avoir trouvé les vrais principes des choses matérielles, on examine en général comment toutl'uiiivers est composé, puis, en particulier quelle est la nature de cette terre, et de tous les corps qui se trouvent le plus communément autour d'elle....

Ainsi, toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, la médecine, la mécanique et la morale; j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connoissance des autres sciences, estle der-

rOUR REGLER NOS MlKLRS. OJl

nier degré de la sagesse. Or, comme ce iiVst pas des racines ni du tronc ilca arbres qu'on cueille les fruits, mais seulement des exUémilés de leurs branches, ainsi la principale utilité de la pliilusopbie dépend de celles de vscs parties qu'on ne peut apprendre que les dernières.

XYIII.

L/.4 seule lumière naturelle nous enseigne que nous délions aimer Dieu. Nous pouvons l'ainièr par la seule force de noire nature^ quelque élevé qu'il soit au-dessus de nous.

(Tom. l'r., Leu. XXr.)

La seule lumière naturelle nous cnseiçiic à aimer Dieu; et je ne fais aucun doule que nous ne puissions l'aimer par la seule force de notre nature. Te n'assure point que cet amour soit méritoire sans la grâce, je laisse dénîôler cela aux théologiens ; mais j'ose dire qu'à l'égard de cette vie, c'est la plus ravissante et la plus utile passion que nous puissions avoir, et même qu'ella peut être la plus forte, quoiqu'on ait besoin pour cela d'une méditation fort attentive , à cause que noiis soauncs continuellement disliails par la présence des autres objets.

Or, la roule que je juge qu'on doit suivre pou-r

5S2 La lumière natur. nous enseigne

parvenir à l'amour de Dieu, est qu'il faut considérer qu'il est un esprit , ou une chose qui pense; en quoi la nature de notre ame ayant quelque ressemblance avec la sienne, nous venons facilementànouspersuaderqu'elle est une émanation de sa souveraine intelligence, et divinœ quasi ^articula aurœ.... Si avec cela nous prenons garde à l'infinité de la puissance par laquelle il a créé tant de choses, dont nous ne sommes que la moindre partie; ta l'étendue de sa providence, qui lait qu'il \'oit d'une seule pensée tout ce qui a été , qui est, qui sera, et qui sauroit être ; à l'infaillibité de ses décrets, qui, quoiqu'ils ne troublent point noire libre arbitre, ne peuvent néanmoins, en aucune l^çon, être changés; et enfin, d'un côté, à notre petitesse, et de l'autre, à la grandeur de toutes les choses créées, en remarquant comment elles dépendent de Dieu, et en les considérant sous le rapport qu'elles ont à sa toute-puissance, sans les lenfermer toutes comme dans une boule, comme font ceux qui veulent que le monde soit fini : la méditation de toutes ces choses remplit un homme, qui les entend bien, d'une joie si extrême, qu'il pense déjà avoir assez vécu , de ce que Dieu lui a fait la grâce de parvenir à de telles connoissances ; et se joignant entièrement à lui de volonté , il l'aime si parfaitement, qu'il ne désire plus rien au monde, sinon que la volonté de Dieu soit faite; d'où il arrive qu'il ne craint plus ni la mort, ni

QUE NOUS DEVONS AIMER DjLU. 355

les douleurs, ni les disgrâces, parce qu'il sait que rien ne lui peut arriver, que ce que Dieu auia décrété j et il ainio tellement ce divin décret, il reslime si juste et si nécessaire, il sait qu'il en doit si entièrement dépendre, que, même lorsqu'il en attend la mort ou quelque autre mal, si par impossible il pouvoit le changer, il n'en auroit j);is la volonté. Mais s'il ne reruse point les maux ou les aiUictions, parce qu'elles lui viennent de la providence divine, il refuse encore moins tous les biens ou plaisirs licites dont il peut jouir en cette vie, parce qu'ils en viennent aussi; et eu recevant les biens avec joie, sans avoir aiicujie crainte des maux, son amour le rend ])arrailement heureux....

Ce qui pourroit faire douter que nous puissions aimer Dieu , c'est qu'il est trop élevé au-dessus de nous. Mais loin que l'amour que nous avons poulies objets qui sont au-dessus de nous, soit moindre que celui que nous avons pour les autres, jecjois que de sa nature il est plus parfait, et qu'il fait qu'on embrasse avec plus d'ardeur les intérêts de ce qu'on aime. Car la nature de l'amour est de faire qu'on se considère avec l'objet aimé comme un tout dont on n'est qu'une partie, et qu'on ttansfère tellement les soins, qu'on a couluuie d'avoir pour soi-même, à la conservation de ce luut, qu'on n'en retienne j)our soi en particulier qu'une partie, ou grande ou petite, suivant qu'on croit

554 La lumière natur. nous enseigne

êlre une grande ou petite partie du tout auquel ou a donué son afFcctiou : eu sorte que , si on s'est joint de volonté avec un objet qu'on estime moindre que soi 5 par exemple, si nous aimons une fleur, un oiseau, un bâtiment, ou chose semblable, la plus haute perfection oii cet amour puisse atteindre, selon son véritable usage, ne peut faire que nous exposions noire vie à aucun danger pour la conservation de ces choses, parce qu'elles ne sont pas des parties plus nobles du tout qu'elles composent avec nous, que nos ongles et nos cheveux le sont de notre corps : or , ce seroit nne extravagance de mettre tout le corps au hasard, pour la conservation des cheveux.

Mais quand deux hommes s'aiment réciproquenienf, la ciiarifé veut que chacun d'eux estime son appui plus que soi-même , et leur amitié n'est point parfaite, s'ils ne sont prêts de dire en faveur j'un de l'autre, me me adsitm qui feci, in me converiite ferrum, etc. De même, quand un particulier se joint de volonté à son prince ou à son pays, si son amour est parfait, il ne doit s'estimer que comme une fort petite partie du tout qu'il compose avec eux, et ainsi ne craindre pas pi us d'aller à unemorl assurée pour leurservice, qu'on craint de tirer un peu de sang de son bras , pour faire que le reste du corps se porte mieux. Et on voit tous les jours des exemples de cet amour, même en des personnes de vile condition , qui donnent

QUE NOUS DEVONS AfMr.R DiEU. 555

leur vie de bon cœur pour le bien de leur pays, ou pour la défense d'un grand qu'ils affeclionncnt. De là, il suit évidemment que notre amour en- Vers Dieu doit élre , sans comparaison, le plus grand et le plus parfait de tous.

TjT. sage doit tout disposer comme s'il devait vivre long-temps y ou mourir bientôt.

( Tom. III, Lctt. ex FUI.)

J'a vu souvent des vieillards qui m'ont dit avoir été plus mal sains en leur jeunesse, que beaucoup d'autres qui sont morts plutôt qu'eux; il me semble donc que, quelque foiblesse ou disposition de corps que nous ayons, nous devons user de la vie, et en disposer les fonctions, comme si nous étions assurés de parvenir jusqu'à une extrême vieillesse; et au contraire, quelque force ou quelque santé que nous ayons, nous devons être préparés à recevoir la mort sans regret, quand elle viendra, parce qu'elle peut venir à tous momcns, et qus nous ne saurions faire aucune action qui ne soit capable de la causer : si nous mangeons un morceau de pain, il sera peut-être empoisonné; si nous pasFons par une l'ue , quelque tuile peutêtre tombera d'un toit, qui nous écrasera ; cl ainsi des autres.

555 La sagesse est accessible

Opinion qu'on peut avoir de soi-même.

(Tom. l'r., Lett. VII.)

Quoique la vanité, qui fait qu'on a meilleure opinion de soi qu'on ne doit, soit un vice qui n'appartient qu'aux âmes foiblcs et basses, ce n'est pas à dire que les plus fortes et généreuses se doivent mépriser 5 mais il faut se faire justice à soimême, en reconnoissant ses perfections aussi bien que ses défauts- et si la bienséance empêche qu'on ne les publie, elle n'empêche pas pour cela qu'on ne les ressente.

Njtutie de la sagesse ^ elle est accessible d tous les hommes : ?nais ceux qui ont plus d'esprit, peuvent parvenir à un plus haut degré que ceux qui en ont moins.

(Epjt. DÉvic. des Princ. de la Philos. , h la Princesse Palatine.)

ïl y a beaucoup de différence entre les vraies vertus, et celles qui ne sont qu'apparentes; il y en a aussi beaucoup entre les vraies, qui procèdent d'une exacte connoissance de la vérité, et

A TOUS LES IIOMMKS. 557

celles qui sont accompagnées d'ignorance ou d'erreur. Les verlus que je nornme apparentes, ne sont, à proprement [)arler, que des vices, qui n'étant pas aussi fréquens que d'autres vices qui leur sont contraires, ont coutume d'être plus estimés que les vertus, qui consistent en la niédiocrilc dont ces vices opposés sont les excès. Ainsi, parce qu'il y a bien plus de personnes qui craignent trop les danj^ers, qu'il n'y en a qui les craignent trop peu; on prend souvent la témérité pour une vertu, et elle éclate bieii plus dans les occasions, que ne fait le vrai courage : ainsi les prodigues ont coutume d'être plus loués que les libéraux, et ceux qui sont véritablement gens de bien n'acqtnèrcnt point aulant la réputation d'être dévots que les superstitieux et les hypocrites. Pour ce qui est des vraies vertus, elles ne viennent pas toutes d'une vraie contioissance, mais il y en a qui naissent aussi quelquefois du défaut, ou de l'erreur : ainsi souvent la simplicité est cause de la bonté, la peur donne de la dévotion , et le désespoir du courage. Or les vertus, qui sont ainsi accompagnées d© quelque imperfection, sont différentes entr'elles, et on leur a aussi donné divers noms : mais celles qui sont si pures et si parfaites, qu'elles ne viennent que de la seule connoissance du bien, sont toutes de même nature, et peuvent être comprises sous le seul nom de la sagesse. Car quiconque a une volonté ferme et constante d'user toujours

558 La sagesse est accessible

de la raison le mieux qu'il est en son pouvoir, et de faire en toutes ses actions ce qu'il juge être le ïneilleur, est véritablement sage, autant que sa nature permet qu'il le soit; et par cela seul il est juste, courageux, modéré, et a toutes les autres vertus, mais tellement jointes entr'elles, qu'il n'y en a aucune qui paroisse plus que les autres : quoi* qu'elles soient donc beaucoup plus parfaites que celles à qui le mélange de quelque défaut donne de l'éclal • cependant, parce que le commun des ]iommes les remarque moins, on n'a pas coutume de leur donner autant de louanges.

Outre cela, de deux choses qui sont requises pour la sagesse, telle que je viens de la définir, savoir, que l'entendement connoisse tout ce qui est bien , et que la volonté soit toujours disposée à le suivre, il n'y a que celle qui consiste dans la volonté, que tous les hommes peuvent également avoir, parce que l'entendement de quelques-uns n'est pas aussi bon que celui des autres. Mais quoique ceux qui n'ont pas le plus d'esprit puissent être aussi parfaitement sages que leur nature le permet, et se rendre très-agréables à Dieu par leur vertu, si seulement ils ont toujours une ferme résolution de faire tout le bien qu'ils connoilront, et de n'omettre rien pour apprendre celui qu'ils ignorent; cependant ceux qui avec une constante volonté de bien faire, et un soin très-particulier éle s'instruire, ont aussi un très-excellent esprit,

A TOUS LES HOMxMES. 0J()

arrivent sans doute à un f)lus haut degré de sagesse que les autres (j).

(i) Ces réflexions de Descartes éloient un préliminaire au compliment qu'il préparoit à la Princesse Palatine, et cjiû mérite d'être connu , parce qu'il nous lait connoîlrc cond)ieu celte princesse éloit dijjne de la correspondance que Descaries cntrclenoit avec elle, correspondance à laquelle nous sonuues redevables de ce qu^il y a de plus intéressant dans notre collection.

« Ces trois choses se trouvent très-parfaitement en votre M altesse : car le soin qu'elle a eu de s'instruire, paroît assez « de ce que ui les diverlisseraens de la cour, ni la manière « dont les princesses ont coutume d'être élevées , qui les <c détournent entièrement de la connoissance des lettres, « n'ont pu empêcher que vous n'ayez très- soigneusement « étudié tout ce qu'il y a de meilleur dans les sciences : on <( connoît l'excellence de votre esprit , en ce que vous les avez <c parfaitement apprises en fort peu de temps. Mais j'en ai •( encore une autre preuve qui m'est particulière , en ce que « je n'ai jamais rencontré personne qui ait si généralement et « si Lien entendu tout ce qui est contenu dans mes écrits ; car « il en est plusieurs qui les trouvent Irès-obscurs , même entre « les meilleurs esprits et les plus doctes; et je remarque preste que en tous, que ceux qui conçoivent aisément les choses « qui appartiennent aux mathématiques, ne sont nullement « propres à entendre celles qui se rapportent à la métaphy- « sique; et au contraire, que ceux à qui celles-ci sont aisées, « ne peuvent comprendre les autres : en sorte que je puis dire (c avec vérité que je n'ai jamais rencontré que le seul esprit de » votre altesse, à qui l'un et l'autre fût également facile, et « que, par conséquent, j'ai juste raison de l'estimer incompaa rahle. Mais, ce qui augmente le plus mon admiration, c'est « qu'une connoissance si parfaite et si variée de toutes les

5 io DangePl

Danger des mauvaises lectures.

( Ex Epist. ad f^oetium , pag. 20. )

J'ai dit, dans mon Discours de la Méthode, c/ue lit lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs , et même une conversation étudiée, dans laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées, (p. 7) Par la raison des contraires, on pourroit dire que la lecture des mauvais livres n'est guère moins pernicieuse que la fréquentation des mauvaises sociétés.... J'ajoute que, quoique les ouvrages où l'on invective fortement contre les vices ne soient point blâmables, qu'ils soient au contraire dignes d'éloge, il ne seroit pourtant point sans inconvénient d'en faire une lecture trop assidue, parce que telle est la foiblesse de notre nature, que la censure des vices, qui ne peut guère avoir lieu sans en faire la peinture, nous en inspire souvent le

<( sciences n'est point en quelque vieux docteur qui ait em- « ployé beaucoup d'années à s'instruire, mais en une prince cesse encore jeune , et dont le visage représente mieux celui « que les poètes donnent aux Grâces, que celui qu'ils attrl- « huent aus. Muses ou à la savante Minerve^ etc. »,

Page 1