DE I.A CORRECTION FRATERNELLE. OÏ'J
« Quand je parlerois toutes les langues desliorn- <■( mes et même celles des anges, si je n'ai ])as la « charité, je suis comme l'airain qui résonne et « comme la cymbale qui retentit. Quand j'aurois « le don de prophétie, que je saurois tous les mvs- <( tcres, et que je possédcrois toute la science 5 u quand j'aurois même toute la loi jusqu'à trans- « porter les montagnes, si je n'ai point la cliarité, « je ne suis rien; et quand je donnerois tout ce a que j'ai pour la nourriture des pauvres, et que c( je livrerois mon corps pour être brûlé , si je « n'ai pas la charité, tout cela ne me servira de « rien ».
Il suit manifestement de là, que tout talcnl, tout don de Dieu, quelque distingue qu'il puisse être, s'il n'est pas, dans l'homme qui le possède, joint à la charité, doit être compté pour rien.
L'Apôtre indique au même lieu les caractères auxquels on peut reconnoîlrela charité : « La cha- (( rite, dit-il, est patiente; elle est douce; elle n'est « point envieuse, ni dissimulée, ni superbe; elle a n'est point ambitieuse; elle ne cherche point c( son intérêt particulier; elle ne se met point en (( colère; elle ne soupçonne point le mal; elle ne <( se réjouit point de l'injustice, mais elle se réjouit (( de la vérité ».
De-là nous tirons encore cette conséquence , que ceux qui sont emportés, méchans , envieux , brouillons, orgueilleux, arrogans , chicaneurs,
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brutaux, méclisans, insolens , menteurs, ne possèdent aucun deiiré de cbarilé.
Cette charité , ou celle amitié sainte que nous avons pour Dieu , et que , pour l'amour de Dieu , nous étendons à tous les hommes, parce que nous «avons que Dieu les aime tous; cette charité, dis-je, a une grande affinité avec cette amitié honnête qui lie ordinairement les hommes vi vans dans la même société: nous croyons donc convenable d'examiner en même temps les devoirs de l'une et de l'autre.
Tous les devoirs de Famitié humaine sont compris dans une seule règle ; cette règle est de ne )amais faire de mal à nos amis , et de leur faire au contraire tout le bien qu'il est en notre pouvoir de leur faire : mais parce qu'il n'y a rien de plus avantageux aux hommes que d'être exempts de défauts, nous ne pouvons donc rendre à notre ami un plus grand service, que de travailler à le corriger de quelque défaut par des voies convenables : je dis par des voies convenables ; car si la correction que nous entreprenons de lui faire, est intempestive; si, pour une faute légère, elle est très-sévère; si nous la faisons en présence de Icjnoins et sans aucune nécessité ; si nous impuions à notre ami des crimes dont il n'est pas coupable , et qu'ainsi nous paroissions cliercher, non pas tant à le rendre meilleur qu'à le déshonorer, et procurer à ses dépens notre propre gloire, rien ne
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seroit plus odieux ni plus incoiisidcrc que noUe conduite.
Mais il nous eat presque toujours permis de reprendre notre ami en particulier et sans témoins ; et si cela ne sullit pas, et si la Taule que nous lui reprochons éloit vérilablenienl grave, il nous est encore loisible d'insister et de mettre plus de i'orco dans nos remontranccs,d'allereniin jusqu'à inviter un ou deux de ses amis, ou même à les invilcr tous, de joindre leurs vives remontrances aux nôtres. 8i tous ces moyens sont inutiles, et si la faute dont il s'agit est telle, qu'elle rende vraiment indigne de l'amitié d'un honnèle Innnme, nous pouvons bien alors rompre toute société avec le personnage , et ne plus le cotnptei- au rang de nos amis. Mais certainement, tandis que nous l'aimons, nous ne devons point lui reprocher publiquement sa faute devant tout le monde, ni niènje devant des étrangers et des inconnus: autrement ce n'est pas son avantage, mais plu lot soii mai , c'est-à-dire, son déshoinieur cjue nous procurerionsj et cela est vrai, non-seulement à Tégard des fautes secrètes, mais encore à l'égard de celles qui bcroient publiques. La raison en est que csux qjri pèchent publiquement, ont coutume de se glorifier de leurs fautes, et se soucient très-peu {{n'on saclie qu'ils les commettent : ils seroient seulemeni: lâchés qu'elles les fissent tomber dans le mépris ; car, remarquez que c'est la crainte de l'infamie
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qui détourne puissamment les hommes de commettre certains délits, et non pas l'infamie ellemême; la preuve en est que, quand ils sont tombés une fois dans cet état, ils ne le redoutent plus: voilà pourquoi ceux qui n'écoutent point les remontrances particulières de leurs amis, n'écoutent pas davantage celles qui sont publiques; ils prennent plutôt delà occasion de persévérer dans leurs désordres, ainsi que l'expérience le prouve fréquemment.
Or ces lois de Tamitié humaine s'accordent parfaitement avec celles de la charité, telles que Notre Seigneur nous les enseigne en ces termes : ce Si votre frère vous a fait quelque tort, allez l'en <( reprendre entre vous et lui seul; s'il vous écoute, «. vous avez gagné votre frère : mais s'il ne vous « écoute pas, prenez encore avec vous une perce sonne ou deux, afin que tout soit confirmé sur « la parole de deux ou trois témoins. Que s'il re~ ce l'use de vous écouter, dites-le à l'Eglise; et s'il (c ne veut pas même écouter l'Eglise, qu'il soit à t( votre égard comme un païen et un publicain )>. Yous observerez que, dans ces paroles, il ne s'agit pas des péchés quelconques du prochain , mais de ceux seulement qu'il a commis contre nous. Car Notre-Seigneur ne dit pas simplement, Si votre frère a péché , mais. S'il a ])éch.é contre vous; et comme nous avons plus de droit de reprendre quelqu'un , quand nous sommes pcrson-