ECRIVAINS DE ^ANTIQUITÉ
Le Phédon est un beau tableau, admirablement composé; il y a de belles couleurs, mais fort peu de bonnes raisons.
Socrate, dans Platon, se montre trop souvent philosophe par métier, au lieu de se contenter de l'être par nature et par vertu.
Aristote a rangé dans la classe des poésies épiques les dialogues de Platon. Il a eu raison, et Marmontel, qui le contredit, a mal connu la nature et le caractère de ces dialogues, et mal entendu Aristote.
Platon doit être traduit d'un style pu.:, mais un peu lâche, un peu traînant. Ses idées sont déliées; elles ont peu de corps, et, pour les revêtir, il suffit d'une draperie, d'un voile, d'une vapeur, de je ne sais quoi de flottant. Si on leur donne un habit serré, on les rend toutes contrefaites.
Platon, Xénophon et les autres écrivains de l'école de Socrate, ont les évolutions du vol des oiseaux ; ils font de longs circuits ; ils embrassent beaucoup d'espace ; ils tournent longtemps autour du point où ils veulent se poser, et qu'ils ont toujours en perspective ; puis enfin ils s'y abattent. En imaginant le sillage que trace en l'air le vol de ces oiseaux, qui s'amusent à monter et à descendre, à planer et à tournoyer, on aurait une idée de ce que j'ai nommé les évolutions de leur esprit et de leur style. Ce sont eux qui bâtissent des labyrinthes, mais des labyrinthes en l'air. Au lieu de mots figurés ou colorés , ils choisissent des paroles
simples et communes, parce que l'idée qu'ils les emploient à tracer est elle-même une grande et longue figure.
Aristote redressa toutes les règles et ajouta, dans toutes les sciences, aux vérités connues, des vérités nouvelles. Son livre est un océan de doctrines , et comme l'encyclopédie de l'antiquité. C'est de lui que le savoir a découlé comme d'une source dans les siècles qui l'ont suivi. Si tous les livres disparaissaient, et que ses écrits fussent conservés par hasard, l'esprit humain ne souffrirait aucune perte irréparable, excepté celle de Platon.
xxm.
Il y a dans Aristote exactitude, facilité, profondeur et clarté. Son esprit cependant fait quelquefois un pas de plus qu'il ne faudrait, par cette force qui emporte souvent le mobile au delà de son but, quelque mesurée que soit l'impulsion primitivement reçue.
Il me semble que le style d' Aristote contient plus de formules que de tournures.
Xénophon écrivait avec une plume de cygne, Platon avec une plume d'or, et Thucydide avec un stylet d'airain.
Les Choses mémorables de Xénophon sont un fil délié dont il a l'art de faire une magnifique dentelle, mais avec lequel on ne peut rien coudre.
Hérodote coule sans bruit.