DE M. J. JOUBERT. XXIX
Là vivait une de ces nobles filles qui, par une abnégation d'autant plus méritoire qu'elle est moins admirée du monde, consacrent à quelques devoirs de famille, mesurés en silence, et les belles années de leur jeunesse et le doux espoir de la maternité. Celle-ci s'était dévouée à l'éducation d'une nièce , privée de mère dès le berceau, et au soin d'une maison considérable oii plusieurs de ses frères vivaient avec elle près de leur vieille mère infirme. Peut-être, au surplus, le sacrifice d'un avenir de femme lui avait-il peu coûté. La distinction de son esprit la mettait fort au-dessus des prétendants de petite ville qui pouvaient aspirer à sa main, et un célibat utile, au milieu d'êtres qu'elle chérissait, avait pu lui sembler préférable aux chaînes de quelque étabhssement médiocre. Quoi qu'il en soit, sa famille était une de celles où M. Joubert avait reçu le plus cordial accueil. Non-seulement ses frères, qui étaient gens d'esprit, avaient su apprécier tout ce que valait un tel hôte ; mais il s'était formé entre elle et lui une de ces liaisons pleines de charme qu'épure déjà la maturité de l'âge, et que colorent pourtant les derniers reflets de la jeunesse.
Personne ne connaissait mieux que M. Joubert les secrets de ce commerce à la fois tendre et pur. Il y portait la courtoisie élégante qui était un des privilèges de la société de son temps ; mais ses empressements s'alliaient à des habitudes de respect où se discernaient