Voir la notice de M. Paul de Raynal, p. lxxx
2. Ces deux appréciations ont été recueillies, l'une dans les Portraits littéraires, t. il, p. 300; l'autre dans les Causeries du l,undi,t, I, p. 1 ô8.
XCVI JUGEMENTS LITTTERAIRES.
soient imprimées que pour l'œil de l'amitic', et non public^os ni mises en vente, elles sont destinées, ce me semble, à voir tellement s'élargir le cercle des amis, que le public finira par y entrer. Parlons donc de ce volume que solennise d'abord au frontispice le nom de M. de Chateaubriand éditeur, parlons-en comme s'il était déjà public : trop heureux si nous hâtions ce moment et si nous provoquions une seconde édition accessible à la juste curiosité de tous les lecteurs!
Et qu'est-ce donc que M. Joubert ? Quel est cet inconnu tout d'un coup ressuscité et dévoilé par l'amilié, quatorze ans après sa mort? Qu'a-t-il fait? Quel a été son rôle? A-t-il eu un rôle? — La réponse à ces diverses questions tient peutêtre à des considérations littéraires plus générales qu'on ne croit.
M. Joubert a été l'ami le plus intime de M. de Fontanes et aussi de M. de Chateaubriand. Il avait de l'nn et de l'autre; nous le trouvons un lien de plus entre eux : il achève le groupe. L'attention se reporte aujourd'hui sur M. de Fontanes, et M. Joubert en doit prendre sa part. Les écrivains illustres, les grands poètes n'existent guère sans qu'il y ait autour d'eux de ces hommes plutôt encore essentiels que secondaires, grands dans leur incomplet, les égaux au dedans par la pensée de ceux qu'ils aiment, qu'ils servent, et qui sont rois par l'art. De loin ou mûme de près, on les perd aisément de vue; au sein de cette gloire voisine, unique et qu'on dirait isolée, ils s'éclipsent, ils disparaissent à jamais, si cette gloire dans sa piété ne détache un rayon distinct et ne le dirige sur l'ami qu'elle absorbe. C'est ce rayon du génie et de l'amitié qui vient de tomber au front de M. Joubert et qui nous le montre.
M. Joubert de son vivant n'a jamais écrit d'ouvrage, ou du moins rien achevé : « Vas encore, disait-il quand on le pressait de produire, 'pas encore, il me faut une longue paix. » La paix était venue, ce semble, et alors il disait : « Le Ciel n'avait donné de la force à mon esprit que pour un temps, et le temps est passé. » Ainsi, pour lui, pas de milieu : il n'était