I. LES DEUX CITES
568. — Donoso Gortès voyait le monde partagé en deux civilisations, entre lesquelles il y a un abîme, celle du catholicisme et celle de la philosophie. La civilisation catholique contient le bien sans mélange de mal , la civilisation philosophique contient le mal sans mélange de bien : toutes deux se nient radicalement, toutes deux se combattent invinciblement ; entre elles point d'accord possible; laquelle des deux doit l'emporter sur l'autre? Il répondait: Naturellement, et à moins d'une intervention divine, la civilisation philosophique l'emportera, et elle réduira les hommes à l'esclavage. Il tirait sa preuve de la marche rapide et du caractère pernicieux des révolutions contemporaines, qui se font toutes par la civilisation philosophique, toutes au nom de la liberté, et qui toutes doivent logiquement aboutira la diminution, à la suppression, à la négation suprême et définitive de toute liberté.
D'après le même écrivain , il n'y a que deux sortes de repressions possibles contre l'homme, l'une intérieiire, l'autre extérieure; l'une religieuse, l'autre politique. Elles sont de telle nature que, quand le thermomètre religieux est élevé, le thermomètre de la
politique est bas; et quand le thermomètre religieux est bas, le thermomètre politique , la répression politique, la tyrannie s'élève. C'est une loi de l'humanité. Voyez le monde de l'autre côté de la Croix : la société ne se composait que de tyrans et d'esclaves ; c'est le règne de la répression politique. La liberté , la liberté véritable, la liberté de tous et pour tous, n'est venue au monde qu'avec le Sauveur du monde.
La réaction religieuse , unique salut de la société , Donoso Cortès l'estimait possible ; il avait le chagrin de ne pas la juger probable. Il croyait que le mal a gagné trop de profondeur.
« La société européenne se meurt, disait-il. Les extrémités sont froides, le cœur le sera bientôt. Et savezvous pourquoi elle se meurt? Parce qu'elle a été empoisonnée; Dieu l'avait faite pour être nourrie de la substance catholique, et des médecins empiriques lui ont donné pour aliment la substance rationaliste. » (Id, p. 404.)
569. — Les sectes protestantes ont un dogme commun : l'anti-catholicisme; et de même, bien au delà des données du bon sens , les sectes philosophiques se réunissent dans une doctrine commune : l'anti-christianisme. (14 , p. 460.)