II. HÉRÉSIE ET SCHISME
570. — Du jour où une église prête l'oreille au schisme et se place sous le joug du pouvoir temporel , en perdant l'honneur, elle perd aussi la paix. Une lutte terrible commence entre l'église adultère et les protecteurs qu'elle s'est donnés; mais comme elle ne défend guère que ses richesses , ce n'est pas un combat que Dieu puisse bénir. Privée de sève, condamnée souvent à recevoir pour chefs des complices du prince, impuis-
santé à soutenir ceux qui voudraient l'arrêter sur la pente de sa ruine , prompte à les trahir, elle s'appauvrit et se dégrade chaque jour davantage. Elle n'obtient jamais de répit, la mort même de ses ennemis ne la laisse pas respirer. Un tyran succède à un autre tyran ; car les générations s'écoulent et les siècles passent sans qu'elle sache corriger ni adoucir des mœurs dont la férocité la gagne elle-même. Aucun martyr ne va plaider sa cause au ciel; aucune culture ne fait germer dans sa stérilité ces hommes puissants en paroles et en œuvres qui , partout ailleurs , domptent la barbarie , se font parmi le peuple des amis capables de défendre l'Eglise contre la rapacité des rois , placent la piété même sur le trône et préparent ou réalisent les splendeurs de la civilisation chrétienne. (6 , p. 358.)
571 . — La semence d'ivraie produit une herbe qui ressemble à celle du blé. Au commencement les hérétiques voilent leur présence ; lorsque leur liberté s'est assise, alors, dit saint Chrysostome, le fruit se montre, l'hérésie répand son venin. Cependant le père de famille défend qu'on l'arrache; ce n'est pas qu'il l'accepte, puisqu'elle est réservée au feu ; c'est qu'elle ne pourrait être arrachée sans risquer de déraciner aussi le froment.
Il y a une autre raison , toute miséricordieuse et divine. Dans cette teire féconde de l'Évangile, l'ivraie elle-même peut devenir froment ; car là est une sève qui corrige la plante qu'elle nourrit. Tel qui est aujourd'hui gâté par un dogme pervers, demain peut-être deviendra le défenseur de la vérité.
Ce précepte ne contrarie pas celui qui nous commande de faire disparaître le mal du milieu de nous. Ce qui est défendu^ remarque saint Chrysostome, n'est pas de s'opposer aux hérétiques, d'empêcher leurs réunions et leur propagande, de faire prévaloir contre eux la vérité, de les contenir et de les punir. C'était d'abord le sentiment de saint Augustin de ne forcer personne
à l'unité du Christ, de n'agir que par la discussion, de ne vaincre que par la raison. Il craignait qu'on ne fit autant de catholiques hypocrites. Cependant son opinion était, dit- il, non pas combattue par des paroles, mais écrasée par des exemples contraires. Il songeait à ces lois terribles qui ordonnent aux rois de servir le Seigneur avec tremblement. Plusieurs ont remercié Dieu , qui les avait contraints par la crainte , par la force , par la persécution , et qui , en les contraignant, les avait délivrés d'une autre contrainte singulièrement plus humiliante et dure, la contrainte de l'erreur. Il conclut que les rois de la terre doivent servir le Christ en publiant des lois pour le Christ, carie culte du Christ est dans l'unité.
Et malheur à qui , ne se laissant pas gagner et ne pouvant être forcé, ne sera pas changé! Le temps de la moisson viendra ; les moissonneurs , les redoutables anges, entreront dans le champ; ils feront la séparation définitive, et l'ivraie, liée en gerbes, sera jetée au feu. (l,p.204.)
572. — L'hérésie, cette épidémie morale, agit sur les âmes comme la peste sur les corps; là où il y a plus de corruption^ elle fait plus de ravages, comme la peste attaque de préférence les natures chétives et viciées. (27, p. 8.)
573. — Les sectes religieuses firent ce que font les sectes politiques. Elles prirent les armes contre l'ordre établi, et dès qu'elles se trouvèrent assez puissantes pour dominer dans une nation , non - seulement elles opprimèrent tout ce qui ne leur appartenait pas dans cette nation, mais elles se jetèrent sur les autres. C'est, là l'histoire des ariens, des iconoclastes, des mahométans', des luthériens , de toutes les hérésies qui ont régné ; c'eût été celle des hérésies qui ont été vaincues. Le catholicisme seul s'est établi par le sang de ses propres fidèles. (12, p. 439.)
574. — L'ardeur des sectes n'est point la vie religieuse, pas plus que la fiévreuse turbulence des clubs n'est la vie politique. La vie religieuse tend à réunir, l'ardeur des sectes est un ferment de discorde et de séparation. (11, p. 60.)
575. — Qu'est-ce que le libre examen? C'est, non pas la lumière, mais le feu de la discussion mis à toutes les vérités de l'ordre social. (9, p. 372.)
576. — Le protestantisme a sa vie et sa ferveur, non comme doctrine, mais comme haine. (19, p. 293.)
577. — La haine de la religion catholique est le dogme commun des sectes protestantes; cette haine les inspire encore lorsqu'elles ne l'avouent pas , et même lorsqu'elles ne le savent pas. (29, p. 5.)
578. -- Dans le protestantisme, ce n'est jamais une difficulté de changer quelque chose au Credo, pourvu qu'on y laisse les mots essentiels : Je ne crois pas à r Église catholique. (11, p. 48.)
579. — Les protestants déclament toujours contre l'Église catholique, et cherchent souvent à l'imiter. On croirait qu'ils espèrent, en lui prenant, quelques-uns de ses usages, lui ravir le secret de sa force et de sa durée. Mais c'est ici que l'on peut dire que l'esprit seul vivifie. Leurs imitations n'ont jamais été que de méchantes parodies: parodies de mœurs austères, parodies de la science, parodies du courage et du dévouement. Quand l'Église forme des sœurs de charité, le protestantisme paie des gardes-malades ; quand l'Église envoie des missionnaires, le protestantisme répand des brochures, ou fait, comme en Angleterre, partir des commis-voyageurs. (27, p. 306.)