Pourquoi ceux qui croient à la divinité de
Noire -Seigneur Jésus -Christ repoussent -ils la communion des saints? Dieu leur dira : « Quand vous étiez sur la terre, quand vous poursuiviez d'une ardeur si patiente la faveur des puissants et des princes pour en obtenir les biens du monde, étiez -vous négligents à vous servir de vos parents, de tous ceux qui avaient quelque crédit? Vous ne comptiez pas sur vos propres mérites, et vous faisiez votre principal titre de la protection de ces hommes. Vous vouliez entrer à tout prix, par toutes les bassesses, dans la communion des riches, des forts, des élus du monde; vous les pressiez, vous les sollicitiez, vous étiez à leur porte de bonne heure, vous y attendiez longtemps..., et vous trouviez indigne de vous de me prier par mes saints! » (19, p. '253.)
581. — La période d'expansion du protestantisme est dès longtemps passée en France comme ailleurs. Nous ne sommes plus assez chrétiens pour devenir hérétiques, et le protestantisme ne travaille qu'au profit de l'incrédulité. (13, p. 270.)
582. — Le protestantisme date de trois siècles, et depuis trois siècles il y a eu pour lui, ou contre l'Église catholique son adversaire, une conjuration de toutes les forces de l'humanité. L'ambition et l'orgueil, soulevant d'immenses armées de soldats, de savants, d'écrivains , ont sans relâche combattu en sa faveur. La Providence a permis qu'il s'implantât dans de puissantes nations, qu'il y recueillît le brillant héritage du catholicisme, et qu'il trouvât dans toutes ces nations de grands hommes ou d'habiles tyrans pour le servir. — Il est en dissolution morale et en décadence politique partout.
Autre a été le sort de l'Église romaine. Elle a subi l'apostasie totale d'une moitié de l'Europe; elle a été trahie ou desservie par les princes et leurs ministres, attaquée par des hommes comme Joseph II et Voltaire; elle a eu affaire aux jansénistes, aux gallicans, aux philosophes, aux écrivains, aux juristes; trois révolu-
lions en cinquante ans ont passé sur elle rien qu'en France, et l'on sait quelle fut la première de ces révolutions; les gouvernements l'ont à peine moins maltraitée que les révolutionnaires ; elle a été dépouillée de sa liberté comme de ses biens; on lui a mis, autant que l'on a pu, un bâillon sur la bouche, et on l'a livrée à la langue et à la plume des histrions, et à la risée des peuples. — Elle est en voie de renaissance , d'agrandissement et de conquête partout. (11, p. 92.)
m. ESPRIT MODERNE.
583. —' J'appelle libres-penseurs , comme ils se nomment eux-mêmes, les lettrés ou se croyant tels qui, par livres, discours et pratiques ordinaires, travaillent sciemment à détruire en France la religion révélée et sa morale divine. « Libre-penseur » rend à mes oreilles le même son que «jésuite» aux leurs. (39, p. 1.)
584. — Le libre-penseur rejette les préjugés du vieux temps. Il croit que la fin terrestre de l'homme consiste à dominer, à régner, à jouir. Il est plein de mépris pour les jésuites, pour les capucins, pour tout froc, toute soutane, tout rabat , tout tricorne. Il rit superbement lorsqu'on lui parle de messe, de jeûne, de confession. Oh ! que la confession lui inspire de phrases hautes! Il dit avec pompe : « Je ne suis pas de ceux que l'on confesse. » Il se fait sa morale, il la met en pratique, sans aucune crainte du jugement dernier. Il se tient assuré qu'il ne doit qu'à lui-même compte de toutes ses œuvres , pourvu seulement qu'il les sache cacher au procureur du roi et aux journaux du parti contraire. (19, p. 87.)
585. — L'homme moderne contemple ses fils de fer : « Il n'y a plus de distance, je l'ai supprimée ! » Tu crois cela, petit? Et moi, je crains que bientôt tu ne marches
à quatre pattes. Rapproche -toi de Péking, rien n'est plus permis. Mais, si en môme temps tu t'éloignes du ciel , te voilà bien avancé !
Point de chemin de fer pour aller au ciel, point de gaz qui monte jusque-là. Il faut deux ailes : la charité et la chasteté. (20, p. 31.)
586. — L'esprit moderne regorge d'emphases sur les droits de l'intelligence, sur les droits de la liberté , sur les droits de l'humanité. Dans la réalité, il est ignorant, destructeur et lâche. Son ignorance détruit le champ pour agrandir la ville , détruit le laboureur pour créer l'artisan, détruit l'artisan pour créer le mercenaire, détruit le mercenaire pour créer la machine, détruit la corporation pour créer l'individu, détruit l'individu pour créer l'armée , détruit l'église pour créer la caserne. Jaloux d'atteindre le complément de ces destructions et de ces créations, il s'efforce d'abattre la papauté, dont la chute détruirait l'autorité et créerait la tyrannie. (21 , p. 195.)
587. — Le monde a été créé pour n'avoir qu'un seul Dieu. Voilà l'unité où nous aspirons, nous autres catholiques. Nous disons : (c Un seul Dieu, un seul pasteur, un seul troupeau. » Le genre humain laisse arranger cela tout autrement. Non pas un seul Dieu ; tous les dieux, au contraire! Mais un seul roi, Vomniarque, qui fera régner l'harmonie, l'égalité et la volupté.
L'omniarque sera grand-prètre de toutes les religions, décidera de toutes les capacités, donnera tous les brevets, gouvernera toutes les villes, tiendra tous les télégraphes, portera toutes les lettres, censurera tous les livres, écrira tous les journaux... Cet idéal a été déjà ébauché sur la terre; c'était l'ancienne Turquie. Là régnait l'harmonie sous le nom de silence , et l'égalité sous le nom de servitude. Là, dans les harems, habitait la volupté. Nous avons de beaux germes de tout cela. (21, p. -24.)
588. — Vous êtes les plus forts. Soyez forts comme Domitien, comme Julien l'Apostat, comme Henri VIII; redevenez l'ancien régime avec sa légalité de bon plaisir parlementaire ou royal ; la Convention avec ses proscriptions et ses terreurs; le régime impérial avec son arbitraire ; redevenez même la Restauration avec les tendances qui lui ont si bien réussi; mais ne vous dites plus la liberté éclose au soleil de juillet. Vous étiez contrebandiers sous la Restauration, et vous avez fait une révolution, comme tant d'autres, pour devenir douaniers : les difficultés sont les mêmes , et vous n'en avez pas fini. (6, p. 73.)
589. — Coquelet (l'homme moderne) est fort satisfait de lui-même. Il lit la Revue des Deux-Mondes , et il sait tout. Il s'estime bien au-dessus de Charlemagne et de Rossuet. Ce n'est pas qu'il les méprise; ils ont été ce qu'on pouvait être de leur temps...
Coquelet n'est point impie; il croit en Dieu, mais non pas à l'ancien Dieu des ci-devant grands hommes. Son Dieu est celui que « la science » vient de compléter, de perfectionner, de refaire; Dieu vraiment bon, qui n'exige pas de culte et qui nous a préparé un paradis en ce monde.
L'antique paradis des chrétiens, Coquelet prétend ne l'avoir jamais pu comprendre. Ce paradis est contraire à la nature. Coquelet croit à un autre paradis où nous allons.
Quel paradis? Pourquoi n'y sommes-nous pas? Combien de stations avant d'y arriver? Mystères! — Il y a aussi des mystères dans la religion de Coquelet.
Mais ce paradis existe : tout à l'heure la vapeur nous en ouvrira les portes. Alors tout le monde aura bonne table et bon appétit. Tout bien examiné et tiré au clair, voilà le fond des promesses « de la science » et des aspirations de Coquelet.
Il a cependant du bon. Je l'ai trouvé sincère. Il veut que l'humanité soit heureuse; il croit honnêtement
que l'Église est dans l'erreur, et que cette erreur fait le malheur du genre humain. Il l'a lu, c'est sa raison de le croire. Il croit tout ce que l'Église ne dit pas. (21 , p. 46-50.)
590. — Le Coquelet italien croit en Dieu et en l'Italie « une et libre. » Il confesse l'Église et le Piémont ; il attend tout du Pape et du roi Victor-Emmanuel.
Gomme patriote, il veut absorber sa patrie dans l'Italie faite à la taille du Piémont. Gomme catholique, il veut placer l'Église en l'air, afin qu'elle soit débarrassée du monde , et le monde d'elle, et que tout aille bien.
L'Italie une sera la reine du monde, et tout ce qui prouve le contraire ne prouve rien. Quant à la religion catholique, qu'elle soit délivrée de ses possessions temporelles, et aussitôt elle conquerra tous les cœurs. Notre Goquelet italien n'en veut pas douter.
(( Voici , dit-il , l'accord de la religion et de la liberté ! L'État libre devant l'Eglise, l'Église libre dans l'État ; plus de rapports entre eux que par la liberté, plus de chocs ni de chaînes. »
Mais la liberté de l'État et celle de l'Église sont-elles d'accord? Les héros de la liberté de l'État disent: (( Oui , que l'Église soit libre , mais qae sa liberté ne gêne plus la nôtre! que son silence ne nous condamne pas! que son aspect même ne nous chagrine pas! que ses maisons froides n'attristent pas la physionomie de nos villes !
<( Quoi ! nous verrions ses processions , nous entendrions ses cloches, nous pourrions rencontrer ses habits lugubres ! Bien plus , elle tiendrait de plein droit ses odieuses écoles qui abusent la jeunesse et qui détournent tant de belles filles d'entrer dans les corps de ballet!
« Quoi ! elle aurait des lois que nous ne pourrions abroger! Elle élèverait ses insolents discours contre tout ce que nous aimons ! Et ses évoques pourraient parler aussi haut que nous !
(( Si l'Élat ne peut pas réglementer l'Église, s'il n'a pas la clef des écoles, l'inspection des sacristies; s'il ne peut pas fermer la bouche de l'Église, et même l'ouvrir, alors l'État n'est plus libre, l'Église est un État dans l'État. »
A cela l'Église répond : a. Que me conseille-t-on et qu'espère-t-on? Ne sait-on point que je suis à charge, et que si je demeure encore sur la terre, c'est parce que Dieu m'a donné l'immortalité?
« Ne sait-on pas que je dois contredire les hommes du monde, et qu'ils ne le veulent point? Ne sait-on pas que j'ai des paroles à prononcer et des œuvres à faire dont ils ont horreur? Ne sait-on pas que je suis la Reine, et qu'ils sont des révoltés?
« Quand même je pourrais consentir à me taire, ils ne me supporteraient pas. Ce n'est point assez que je cesse de proclamer la vérité, ils me demandent de proclamer que la vérité est l'erreur. Veut-on que je ne fasse pas ce que j'ai à faire , et que je ne sois pas ce que je suis?
(( Que gagnerais -je à cela, et qu'y gagnerait le monde? Le monde n'existe que pour moi, afin que je le remplisse des lumières de Dieu. Or, leur liberté est de se persuader et de persuader au monde qu'il y a un autre Dieu que Dieu.
(( Ma liberté est sainte et sans tache. Elle a constitué les sociétés sur les notions les plus douces de l'amour, sur les bases les plus claires du devoir. Par ma liberté, j'ai créé et maintenu l'ordre entre les hommes; par elle j'ai mené les âmes à Dieu.
« Je puis subir la force, endurer les fers, dévorer toutes les ignominies. Dieu m'a formée pour ces épreuves, et j'en sors plus digne de ses regards. Mais il n'y a point de force qui me fasse renier la vérité , et je ne connais aucune liberté légitime contre ma liberté. » (21 , p. 210.)