Chez les schismatiques, chez les hérétiques
chez les infidèles enfin, pour peu qu'ils aient de contact avec la civilisation , partout on dépouille l'Église. L'Etat musulman met la main sur les biens des mosquées , comme ailleurs l'État chrétien sur la propriété ecclésiastique; il faut que Dieu, sous aucun nom, à aucun titre, ne possède plus une parcelle de ce qu'il a créé. (33, p. 122.)
592. — Il existe un principe de 89 qui est le principe révolutionnaire par excellence , et à lui seul toute la révolution et tous ses principes. On n'est révolutionnaire qu'au moment où on l'admet, on ne cesse d'être révolutionnaire qu'au moment où on l'abjure; dans un sens comme dans l'autre, il emporte tout; il élève entre les révolutionnaires et les catholiques un mur de séparation. Cet unique principe de 89, c'est ce qu'on appelle la sécularisation de la société; c'est ce que la franchise révolutionnaire appelle l'expulsion du principe théocratique ; c'est la rupture avec l'Église, avec Jésus-Christ, avec Dieu , avec toute ingérence et toute apparence de l'idée de Dieu dans la société humaine. (33, p. 135.)
593. — En matière de religion, nos adversaires actuels nous semblent faibles et nuls , plutôt que perdus ou même dissidents; déserteurs, non pas rebelles. Tout ce que l'on voit de ces esprits trahit principalement la faiblesse. Sceptiques, ce serait bien fort pour eux; sectaires, ce serait bien gênant; athées, ce serait trop bête. En masse, ils ignorent. Plusieurs blasphèment, qui n'en sentent pas la gravité ; les uns par gentillesse, les autres pour faire marcher leur petit ménage, persuadés que Dieu sait bien que les vivres sont chers. Les trois quarts de ces impies sont tout uniment, comme les trois quarts de leurs lecteurs, de mauvais catholiques. Leur malheur est la facilité d'écrire et d'en tirer de l'argent. Avec dix mille francs de rente, ils ne seraient plus prédicateurs d'irréligion. Il faudrait s'être
trouvé avec ces vaillants sur un navire en péril , pour attester qu'ils ont abjuré Dieu. (14^ p. 462.)
594. — Certains catholiques très-orthodoxes paraissent disposés à prêter l'oreille aux requêtes de ce que l'on appelle tantôt V esprit humain, tantôt V esprit moderne.
Mais où est V esprit humain? Est - i\ à Paris , ou à Rome? Est-il moins à Rome qu'à Paris? Qu'est-ce que V esprit moderne? Point de réponse nette.
Que veut-il , cet esprit moderne? Considérablement de choses^ si l'on en croit ceux qui se disent ses organes, d'ailleurs sans jamais présenter leur mandat. Et que veulent lui concéder les catholiques qui se font ses complaisants et ses introducteurs? Rien qui le contente.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que Vesprit moderne réclame, et la prétention de le faire entrer dans la foi en lui donnant des satisfactions innocentes est à peu près contemporaine de ses réclamations. Dans le christianisme , c'est le commencement de toutes les hérésies.
L'esprit moderne nous montre d'abord des savants d'aspect honnête et bénin, derrière lesquels se range une multitude d'ignorants qui semblent ne jurer que par eux et se disposer à les suivre partout. Voilà, dit-il, un peuple de catéchumènes; abaissez seulement quelques barrières devenues odieuses, abrogez quelques disciplines surannées, rayez du symbole quelques articles insignifiants ; faites ces concessions, et ils sont à vous...
A ce langage , il y a toujours parmi les catholiques des têtes qui partent , des cœurs qui cèdent : les têtes que Vesprit moderne a entamées , les cœurs où l'aspect de sa force et le bruit de ses menaces ont glissé l'épouvante.
Ce serait si beau et si glorieux, dit-on, de conquérir enfin Vesprit moderne, et il est si disposé à se laisser prendre !
Cependant il y a une autorité dans l'Église de Jésus- Christ , sans laquelle on ne peut rien conclure : c'est
le Pape, ou plutôt c'est Jésus- Christ lui-même. Plusieurs pensent que Ton ferait bien d'interroger le Pape, lis sont traités d'abord d'importuns, bientôt de cerveaux étroits et fanatiques, qui empêchent la réconciliation de l'esprit moderne, qui l'irritent, qui l'exaspèrent , qui allumeront ses fureurs. Comment d'ailleurs douter de l'assentiment du Pape à des désirs si saints, à des plans si sûrs? On continue d'aller, comme si l'on avait les pleins pouvoirs du Souverain Pontife , ou qu'il ne pût les refuser. On s'indigne à la moindre contradiction. On crie que le salut de l'Eglise est dans la voie où l'on enlre, n'est que là; que tout est perdu si l'on ne parvient à l'y engager. U esprit moderne démasque tous les jours de nouvelles exigences; on ne se décourage pas. On répond par les concessions les plus amples , ou par les silences les plus obstinés et les plus pénitents. On prend parti avec zèle contre ceux qui se tiennent aux vieilles lois de l'Église , contre ces retardataires qui n'ont pas marché avec l'esprit humain, contre ces rétrogrades qui prétendent le faire reculer, contre ces furieux qui font de la religion d'amour une religion de colère , contre ces imprudents qui ne se contentent pas de croire les miracles, et qui osent dire que Dieu en fait encore à la face des académies et des journaux.
Mais tout à coup, au milieu de ces savantes tactiques, une voix se fait entendre. Pierre veillait en silence, patient et prudent. Il aperçoit que la vérité va être compromise , et que les âmes sont sur le penchant de l'erreur. Il intervient, il juge, il condamne ces vérités que Ton abaissait, que l'on diminuait, il les relève; ces systèmes que l'on préconisait, il les foudroie; et après avoir d'un coup de gouvernail remis la barque dans sa route, il laisse hurler la tempête. L'écueil est évité.
Heureux, alors, ceux qui savent obéir, soumettre leur raison et attendre avec une confiante docilité ce jour prochain où la réflexion et l'expérience leur feront admirer l'infaillible sagesse qui les a repris !
Mais tous n'ont pas cette humilité, ce bonheur. La présomption est l'ordinaire des esprits faux , l'entèleinent est la suite commune de la présomption. Il y a des hommes qui ne veulent pas s'être trompés , les uns par orgueil , les autres par une sorte d'incapacité à se déprendre de l'idée qu'ils ont une fois conçue. C'est là le grand élément de succès de l'hérésie. (10, p. 418.)