‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 142 sur 216 · VI. DE CERTAINS PERSÉCUTEURS · texte numérisé non relu

VI. DE CERTAINS PERSÉCUTEURS

672. — Il y a une pauvreté, qu'on appelle ironiquement la pauvreté d'esprit, que je demande d'appeler

simplement par son nom , la sottise. On en dit beaucoup de mal , je voudrais la défendre. Comme on a tort de mal parler de la pauvreté, je trouve qu'on a tort de haïr la sottise et les sots. Je ne suis pas éloigné de croire que la sottise est aussi un des avantages généraux de l'espèce humaine.

Je vois quantité de gens qui font le mal ou qui font du mal, et qu'on ne peut appeler des méchants. Les uns ne savent pas qu'ils font le mal, d'autres font le mal sans le vouloir faire, d'autres font le mal croyant faire le bien. Ce sont des sots : le nombre en est grand, et je crois même que la sainte Écriture le dit. A cette multitude ajoutez celle des gens d'esprit qui ne manquent guère l'occasion de faire une sottise.

Pourquoi cette denrée est- elle si foisonnante? pourquoi cela , et à quoi bon cela? Parce qu'elle est trèsutile. Mais à quoi est-elle utile?

Il faut que la vérité soit contredite ; il faut que les bons, les justes et les maints soient éprouvés : voilà ce que nous savons positivement.

Or, si pour combattre la vérité, pour contre-carrer , blesser, exercer et perfectionner les saints, il n'y avait que des méchants, voyez où cela irait !

Gela serait trop doux : n'avoir jamais affaire qu'à des méchants, on le trouverait tout naturel et tout simple ; on aurait toujours l'aide et l'affection des bons; l'épreuve manquerait de pointe et d'amertume, et l'on finirait trop vite par vaincre ces méchants en les prenant par leur intérêt, à quoi ils sont fort sensibles.

Ce serait souvent trop dur : il en faudrait horriblement de ces méchants, il en faudrait plusieurs par juste. Quoi! pour qu'un juste se perfectionne, pour qu'il soit doux, charitable, patient, héroïque dans toutes ces vertus , il faudra que cent individus se damnent ! Non; la plupart de ces prétendus méchants ne sont que des sots, de pauvres sots. Leur rôle en ce monde est de persécuter le bien presque sans pécher, ou du moins sans pécher de cette manière noire et savante qui

éloigne la miséricorde et appelle le châtiment. Rappelons-nous celte parole : Pardonnez-lemr , ils ne savent ce quils font. Ils ne savent pas ce qu'ils foulent, ce qu'ils meurtrissent , ce qu'ils veulent arracher. La misère de leur esprit ne leur permet pas de le savoir. Ce ne sont, la plupart du temps, que des sots, et Dieu ne sera pas obligé de les punir. (19, p. 241.)

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