‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 15 sur 216 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

qu'il souffrît. Si, après avoir vécu sur la terre, il eût disparu subitement, il eût été pris pour un fantôme. De même qu'on prouve la réalité et l'incombustibilité d'un vase en le livrant à l'action des llammes et en le retirant intact, de même le Verbe de Dieu nous prouve que l'instrument matériel dont il s'est servi dans la rédemption du genre humain, est à la fois réel et supérieur à la mort. En le livrant à la mort , il démontre sa nature ; en le retirant de la mort, il démontre sa divinité. Il fit ce miracle pour étouffer la folie qui déifiait les hommes mortels : il enseigna par là que le seul vrai Dieu est celui qui, dans la mort triomphant de la mort même, la rapporte vaincue parmi ses trophées. Il n'est point mort pour son triomphe personnel, mais pour détruire la mort de l'homme; et c'est pourquoi, quittant son corps de sa propre volonté et de sa propre puissance, il a néanmoins souffert une mort violente et publique. Si son corps avait été malade et si on l'avait vu se dissoudre, il eût été étrange que celui qui guérissait toutes les infirmités, en ressentît lui-même les atteintes et en devînt la proie. Si, après être mort dans la sohtude, sans maladie, il s'était présenté de nouveau, comment croire au récit de sa mort et de sa résurrection; car il faut mourir avant de ressusciter? Pourquoi aurait -il annoncé publiquement sa résurrection après une mort secrète? il n'a pas voulu charger à ce point la foi, donner lieu aux mensonges que les hommes n'eussent pas manqué de forger pour refuser de croire.

On dira qu'il aurait dû au moins chercher une mort glorieuse et éviter ces effroyables et révoltantes ignominies? Non! non! il devait sa joue aux soufflets, son front à la couronne d'épines, son visage aux crachats, son dos aux fouets, ses pieds et ses mains aux clous, ses lèvres au fiel, son ff'inc à la lance, tout son corps à la croix. Il fallait qu'on pût voir tant de mains qui l'avaient touché; il fallait que ces ignominies vinssent fortifier à jamais les victimes de la cruauté et de l'injustice, rayonner sur les blessures de l'innocent, couler

comme un baume de salut Jusque dans les plaies légitimes du coupable; il fallait qu'à jamais, dans la profondeur des cachots, dans l'abjection même des bagnes, pût luire ce vivifiant soleil de la croix.

Une mort douce ou une mort glorieuse! Vous auriez vu rirabécillité humaine oser soupçonner Dieu de n'avoir point puissance contre toute espèce de mort. L'athlète renverse l'ennemi qu'on lui oppose; celui qui est la Vie a renversé la mort telle qu'on la lui offrait. La plus cruelle^ la plus honteuse, la plus anciennement et la plus universellement maudite , celle qui pouvait le mieux le précipiter dans le mépris et dans l'oubli , c'est celle-là qu'il a voulu anéantir, pour anéantir avec elle ses opprobres et ses malédictions.

Mais il n'est point décapité comme Jean, ni mutilé comme Isaïe, ni brisé comme les autres suppliciés; il faut que son corps demeure entier et indivisible dans la mort et ne serve point de prétexte à ceux qui voudraient diviser l'Église. Il meurt les bras étendus sur la croix, afin d'attirer d'une main l'ancien peuple, de l'autre les nations appelées, et de les réunir en lui. Il meurt « élevé en haut » pour expulser les démons de l'air et nous préparer la voie qui monte au ciel. (1, p. 426.)

37. — L'Homme-Dieu a été l'homme de douleur; il n'a fait que des œuvres de justice clémente et de miséricorde pure; il a été haï, calomnié, bafoué, mis à mort. Ceux qu'il avait guéris par ses miracles, instruits et délivrés par sa doctrine, ont crié : Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous! Il a épuisé le calice des lâchetés et des iniquités humaines. Ses amis eux-mêmes l'ont abandonné, l'ont renié; il avait nourri de sa chair celui qui l'a vendu. La puissance publique, proclamant son innocence, l'a fait battre de verges avant de lui donner la mort. On l'a tué au nom de la vérité, en invoquant l'intérêt du peuple et l'intérêt du ciel; et une vile populace a eu licence de l'insulter jusque dans le prétoire et jusque sur la croix.

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