A la vue de quelques aveux échappés à nos
adversaires, certaines personnes pensent que, en s'empressant de leur en faire honneur, on aura la consolation de les amener à une heureuse conclusion : c'est une douce illusion. Ces aveux, ces avances, ces démonstrations seraient rassurantes dans un temps où les hommes tiendraient à honneur d'exprimer loyalement leurs pensées et d'y demeurer fidèles ; mais on sait bien que c'est là un mérite dont nos adversaires ne se piquent nullement.
Si, en remettant sous leurs yeux tant d'axiomes qu'ils ont laissé échapper en faveur de nos doctrines , on a cru les toucher par la confiance qu'on leur montre, ou les arrêter par la honte de se contredire, le résultat de ce calcul charitable surprendra la candeur de ceux qui le font. La fibre que l'on veut toucher ne peut répondre à un appel de ce genre , elle n'existe point. Nos adversaires ne sont pas faits comme tous les hommes. Ce n'est guère les embarrasser que de les opposer à eux-mêmes. Ils renient en face leurs vieilles opinions d'un œil paisible et méprisant , trop assurés des complaisances de l'auditoire. D'après la morale de l'auditoire, toutes les ruses du langage sont légitimes, et dans les luttes de la parole on peut combattre sous un déguisement.
Mais sont-ils même déguisés ? Ils pourraient , quelques - uns d'entre eux du moins , dire que c'est nous qui les déguisons; que, pour leur compte, s'ils reconnaissent bien leurs paroles dans nos écrits, ils n'y reconnaissent point leurs pensées.
De gré ou de force , par tactique ou par nécessité , nos adversaires font comme tous ceux qui sont engagés sciemment au service d'une mauvaise cause; ils rendent à la justice et à la vérité de fréquents hommages, quelquefois sincères, souvent hypocrites, toujours partiels, et surtout toujours intéressés. On a tiré des livres de Voltaire toute une apologie de la rehgion et même des Jésuites; il n'en était pas moins impie, et ceux qui l'ont transformé en apologiste se garderaient
de recommander aux néophytes ses œuvres complètes. (6, p. 463.)
Les paroles, plutôt vaines que bonnes, de nos adversaires ne sont que des présents grecs : si les catholiques les prenaient au sérieux , nous serions beaucoup moins près de nous entendre avec ces gens - là que de nous laisser duper par eux.
En somme , un recueil de ces paroles , documents très ~ utiles pour la polémique , serait comme un arsenal rempli d'armes enlevées à l'ennemi , bonnes pour le vaincre, mais nulles pour le convaincre. (6, p. 473.)
726. — En ce qui regarde ma manière de traiter certaines figures de l'incrédulité , de l'hérésie et de la platitude, je suis sans repentance. Je peins comme je vois, avec probité ; je parle à certaines catégories d'adversaires comme je crois qu'il leur faut parler. Le chrétien a le droit d'employer toutes les formes de langage dont il trouve l'exemple dans l'Écriture sainte et dans les Pères, l'invective aussi bien que les autres. Je suis persuadé que l'énergique répulsion du mal ne défigure pas la créature de Dieu. Saint Jean Chrysostome voulait que son peuple fermât à coups de poing la bouche des blasphémateurs. David priait Dieu d'obscurcir les yeux des impies et de les effacer du livre des vivants : Deleantur de lihroviventium. Ces exemples me suffisent. (42, m , p. 3.)