‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 159 sur 216 · IX. POLEMIQUE PAR LES LAÏQUES · texte numérisé non relu

IX. POLEMIQUE PAR LES LAÏQUES

732. — Nous sommes à genoux devant Dieu, mais nous nous tenons debout devant les hommes. En d'autres temps il fallait à l'Église un bras séculier; il lui faut aujourd'hui une voix séculière; nous sommes cette voix. (5, p. 149.)

733. — Nos ennemis quotidiens, quels sont-ils? Des Arabes, fort dangereux par le nombre et par l'agilité; du reste , aussi légers d'armure que de scrupules. S'il fallait traîner contre ces Numides toute la grosse artillerie théologique, on ne les atteindrait jamais. Il faut laisser le canon, quand c'est assez de la carabine, et quand la fronde même suffit. Tandis que le P. Daniei bâtissait pesamment, comme deux vaisseaux de ligne, deux in-quarto d'environ chacun six cents pages, l'escadrille des Petites- Lettres de Pascal ravageait impunément et pour des siècles les rivages que ce Révérend Père voulait mettre à l'abri.

Pourquoi la vérité , destinée à soutenir une guerre éternelle, n'aurait-elle pas des escadrons légers, des soldats exercés aux combats des broussailles, et toujours prêts à partir? Voilà l'œuvre des laïques; il sont bons à cela , je dirai plus, ils y sont plus propres que d'autres. Cette proposition , qui paraît mal sonnante , vient de bon lieu, du panégyrique de sainte Catherine par Bossuet.

Voici quelques-unes des paroles de l'évêque deMeaux : « Quand un homme que l'on croit du monde, simplement et sans affectation propose de bonne foi ce qu'il sent de Dieu en lui-même; quand il ferme la bouche à un libertin qui fait vanité de vice ou qui raille impudemment des choses sacrées, qu'une telle conversation a de force pour réveiller le goût des biens éternels !... y>

Bourdaloue a écrit un Kermon où il damne expressément les laïques qui ne font pas ce que nous essayons de faire. (11 , p. 290.)

734. — Malheureux le temps où il faut parler des vérités saintes ailleurs que dans la chaire, où il faut que la vérité se déguise et coure dans les rues après le pécheur qui la fuit! (36, p. 7.)

735. — Nous nous sentons appelés à faire la police dans ces régions inférieures où fourmillent les redoutables cham.pions de la basse incrédulité , mettant en circulation tout ce qu'il y a de plus fausses idées au monde. Nous saisissons entre les mains des déprédateurs de la conscience publique , les faux poids , les fausses mesures, la fausse monnaie dont ils font usage. Nous aimons à prouver, contre l'opinion commune, qu'ils ne sont pas aussi forts qu'audacieux et arrogants; qu'ils ont peu de connaissances, peu de raisonnement, peu de français, surtout peu de sincérité; qu'en un mot, c'est une pauvre espèce, redoutable lorsque l'on fuit, déconcertée dès que l'on demeure. Quoi! parce qu'ils savent crier, ils nous réduiraient au silence ! Les vérilés que nous devons annoncer tout entières aux souverainetés de ce monde, nous les déroberions pour ne pas déplaire à de tels messieurs! On veut que toute voix puisse tout dire, et il n'y aurait que les catholiques qui n'oseraient parler rondement, articuler les mots , toucher aux fails, aux livres, et s'il le faut , dans les limites légitimes, aux personnes ! Enfin , par respect pour un petit nombre d'insensés ou de méchants qui, s'étant voués à la propagande du mal , se diront toujours blessés lorsque l'on blessera le mal, nous souffririons que le mal passe et circule insolemment, qu'il porte dans les intelligences la démoralisation avec l'erreur, que les esprits qu'il obscurcira ne puissent pas même recouvrer la lumière , que l'Église diffamée ne trouve pas de défense immédiate!...

Les chrétiens qui appellent tout cela charité , n'ont de charité ni pour ceux qui font le mal, ni pour leurs victimes ; ils veulent oublier ce que vaut une âme, et ce que peut une vérité. (10, p. 391.)

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