‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 160 sur 216 · X. JOURNALISME · texte numérisé non relu

X. JOURNALISME

736. — La vraie arme, l'arme de précision, c'est le journal. Il s'occupe du fait chaud et vivant, il commente le document de la veille et du jour, il dit le mot de la charade politique avant qu'elle soit jouée, il allume le gaz partout où la nuit artificielle porte ses ombres. Le journal est immédiatement lu par des milliers d'amis et d'adversaires. Il fortifie les uns, il embarrasse les autres et les contraint à se démasquer ; il a quelque chance d'instruire la bonne foi ignorante. (23, p. 19.)

737. — Jamais journal ne fut créé pour embrasser d'autres journaux. Il ne s'agit point de confraternité, il s'agit de discussion, de luttes, de combat. Ceux qui voudraient que tout se passât en compliments et révérences, ne sont pas nés pour cette escrime; ceux qui voudraient y montrer leurs muscles, sont ridicules ; ceux qui ne craignent pas d'y employer la mauvaise foi , la diffamation, la calom.nie, n'ont droit qu'à la police correctionnelle ou au dédain. Les honnêtes gens s'y engagent pour servir une cause honnête; ils apprennent à craindre fort peu les humeurs diverses qu'ils peuvent irriter et les armes très- variées qui peuvent les atteindre. Ils font le champ très-large à leurs adversaires. Les limites où ils doivent eux-mêmes rester, ils les tracent et les maintiennent eux-mêmes. (13, p. 84.)

738. — Dans la condition de journaliste, il faut savoir supporter la contradiction, même le blâme, surtout lorsqu'ils viennent de haut. On prouve par là que

si l'on croit sincèrement avoir la vérité , on ne se croit pas cependant infaillible; et que dans toute l'ardeur de la discussion et même du combat , on a la modération de ne point se confier uniquement en ses propres lumières. Ces actes d'humilité, ou plutôt de justice, mettent l'âme en paix; ils communiquent à l'esprit beaucoup de vigueur en lui donnant beaucoup de sécurité. (12, p. 418.)

739. — Entre les feuilles volantes et les recueils savants ou spéciaux , tout le monde a marqué la place , senti le besoin d'une vraie revue , plus solide que les journaux quotidiens, moins solennelle ou moins restreinte que les autres; propre à porter le combat sur des points que la presse catholique , dans sa composition incomplète, est forcée d'abandonner à peu près. Nos adversaires multiplient des travaux dont nous devrions nous occuper davantage. L'art, l'histoire, la philosophie, la poésie, le roman, le théâtre , offrent de quoi intéresser deux sortes de lecteurs : les chrétiens , en leur faisant connaître un mouvement qu'ils ne peuvent étudier par eux-mêmes; les non-chrétiens, en les critiquant, avec la chance de les éclairer. Ce champ est vaste et beau ; les vœux des catholiques y ont toujours appelé quelqu'un. (10, p. 361.)

Page 1