Jusqu'cà présent, la monarchie, à travers tous
les inconvénients des choses humaines, n'a pas cessé d'être aux yeux de l'Eglise la plus raisonnable forme de gouvernement. C'est là qu'elle tend comme par une pente naturelle, et même quand la monarchie prise de vertige abandonne ou trahit l'Église, on voit encore l'Église ne pas cesser de défendre et de préconiser la monarchie.
Il n'y a rien de plus glorieux pour le principe de la monarchie ni qui lui promette une plus longue carrière , que ce sentiment de préférence dont l'Église l'a toujours honoré. L'Église est sage, elle connaît les hommes, elle aime les pauvres, elle chérit particulièrement sa propre liberté. Puisqu'elle préfère le gouvernement monarchique , il faut qu'elle y voie le meilleur aide qu'elle puisse avoir en ce monde , après la protection divine, pour accomplir sa mission. Si quelque chose répondait mieux aux principaux et immuables besoins de la société, s'il y avait un instrument humain plus simple et plus énergique pour assurer la justice, pour protéger la faiblesse, pour comprimer le mal, pour accroître le bien; si quelque combinaison pouvait lui offrira elle-même un rempart plus sûr et moins gênant, l'Église n'aurait pas mis dix-huit siècles à le créer.
C'est pour les hommes, non pour les anges, qu'elle prépare et crée des institutions. Elle les crée suivant leur nature et suivant leurs besoins, non suivant leurs désirs et leurs chimères. Elle songe surtout que les institutions doivent faciliter le bonheur, la liberté et la sanctification de tout le peuple, et non pas contenter dans un peuple les passions et l'orgueil de quelques milliers d'individus dont chacun se flatte de n'obéir qu'à lui-même et se dit : Je suis, et il n'y a que moi sur la terre. (Isaïe. ) (10, p. 85.)
759. — La théorie du gouvernement monarchique , de l'autorité préexistante, éternelle, et par cela même placée au-dessus de toutes les entreprises, en dehors
de toutes les discussions , avec de grands corps se partageant les fonctions sociales^ tout en laissant à la capacité le droit de monter et d'arriver qu'elle possède toujours , et que lui garantit d'ailleurs la volonté du souverain , avec un clergé riche, qui enseigne, qui étudie, qui moralise, qui construit, cultive et donne; cette théorie, dis-je, promet plus d'essor à l'esprit humain, plus de sécurité à l'État , plus de protection aux arts et des mœurs plus désinléressées et des œuvres plus grandes, que cette théorie du laissez -faire, qui n'est réellement que le cri d'impuissance des démohsseurs sommés enfin de bâtir, et qui met le génie humain, lorsqu'il tend à s'élever, aux prises avec ce qu'il y a de plus accablant : je veux dire le contrôle inepte de la médiocrité qui se croit son égale, parce qu'on le lui dit, et qu'elle aime à le répéter tous les jours.
J'entends parler de courtisans et de favoris. Mais n'y a-t-il plus rien de tout cela autour du pouvoir? (25,
760. — Il y a mille lois pour punir mille infractions à la probité; mais pour imposer cette probité à tous les hommes , il n'y a véritablement qu'une seule loi : c'est la religion. Or la rehgion est mieux établie, enseignée avec plus de soin, entourée de plus de respect sous une monarchie que sous une république, où, parmi les libertés que l'on réclame, figure de toute nécessité au premier rang la liberté de secouer le joug religieux, qui gêne toutes les passions, toutes les convoitises, toutes les avidités. (25, p. 134.)
761. — Le gouvernement représentatif est fécond en discordes, l'autorité n'y prend point racine, les brigues y sont naturelles, les partis s'y forment aisément. Sans cesse il soulève des discussions où la publicité triomphe aux dépens de la bonne foi , où la passion du moment l'emporte sur le bon sens et sur la justice; par une pente rapide et fatale , il met bientôt la vérité sociale à
la merci des pourquoi du sophisme et de Tignorance. (31, p. 364.)
762. — (24 février, au soir, 1848). Les filles publiques ne se trompent point à ce qui se passe. Elles marquent leur allégresse. Plusieurs se sont ornées du bonnet phrygien ; elles chantent d'une voix avinée : Mourir pour la patrie; et l'une d'elles m'a gratifié, en passant, du litre de citoyen et du tutoiement fraternel. (7, p. 222.)
763. — La religion rend les peuples plus faciles à gouverner, les princes plus justes et meilleurs. Elle apaise doucement, par la pensée des réparations et des récompenses éternelles , beaucoup de tourments qui sans cela feraient explosion ; elle oblige le prince à des vertus, à des soucis, à des craintes qui protègent puissamment le pays; elle lui répèle à chaque instant qu'il aura, tout roi qu'il est, un compte à rendre à Celui qui sait tout, qui n'oublie rien, qui ne pardonne point au succès , qui ne pardonne qu'au repentir et à l'amendement.
Sans doute le prince peut mépriser pour lui-même ces terribles enseignements ; ce n'est qu'un homme qui s'égare! La religion reste debout et honorée, la chaire continue de retentir pour l'instruction des peuples; le clerué continue d'élever les enfants.
Si c'est le peuple qui gouverne , et qu'il devienne impie, chose facile, chose qui ne peut guère manquer d'arriver, quel contre-poids, quel remède? La religion est attaquée ouvertement , ou persécutée à petit bruit , mais sans relâche ; les institutions religieuses sont affaiblies; les fondations spoliées, sr.pprimées; mille concurrences, mille avidités demandent à vendre ce que les ordres religieux donnaient; les lois ferment ces sources de charité que la confession et le remords ouvraient , aux approches de la dernière heure , dans les cœurs chargés de crimes; par mille séductions, par
mille dégoûts, par mille menaces, on cherche à faire du sacerdoce une carrière d'ahjection, et l'on s'eflbrce à murer la porte de ces pieux asiles où des âmes tendres et pures voudraient se consacrer à la prière et au travail sous une règle plus forte que toutes les tentations ; le missionnaire n'a plus la liberté de sa rude parole; la sœur de Charité même n'a pas la liberté de son dévouement. (25, p. 133.)