III. LES ELECTIONS
768. — Les élections générales, on peut les appeler les saturnales de la convoitise et du mensonge. {6, p. 331.)
767. — Un vieillard électeur à ses compagnons de vote : Attention ! ne laissez pas les mauvaises gens prendre le dessus. Quand la peur s'en mêle , on ne sait plus où ça va. Vous ne connaissez qu'un mauvais sujet dans la commune : s'il prend le haut du pavé , dix honnclos gens deviennent méchants pour lui faire la cour,
et en moins de rien tout se met à trembler. C'est alors qu'on voit des choses épouvanfahles , et que personne n'est plus en sûreté chez soi. La probité chancelle dans les cœurs. On fait de vilaines actions, dont on porte ensuite le poids tonte la vie , et plus loin. Croyez-moi, il n'y a point de coquin qui ne se repente amèrement d'avoir cessé d'être honnête homme. Ceux qui se sont enrichis du bien des persécutés , vous les avez connus, ils ont tourné mal. La justice est une boiteuse qui arrive toujours... Il y en a que les juges n'ont pas mis au poteau, et qui, néanmoins, y sont pour jamais. On traîne le boulet ailleurs qu'au bagne. Plusieurs, avant de mourir^ rendent le bien mal acquis, confessant les supplices de leur conscience. Ceux qui ne le rendent pas , ne l'emportent pas dans l'autre monde. PJen pour rien. Si tu ne paies pas vivant, tu paieras mort. Le ver cesse de ronger le cadavre dans le cercueil, et tombe lui-même en poussière ; mais ni l'âme ne meurt, ni le Dieu qui la punit n'est mortel. Aucun décret de la république ne pourra tirer de Tenfer le républicain qui s'est peu soucié d'être honnête homme , et ce n'est pas être assez innocent que de voler conformément aux lois. Pour faciliter leurs affaires , les démocrates écrivent des feuilles où ils disent que Dieu n'existe pas. Mais nous voyons que les moissons poussent , que les saisons reviennent et s'en vont , que le soleil monte et descend , que les hommes naissent, vieillissent et meurent, que les bons sont assistés, que les méchants sont punis; nous en concluons que la Providence est toujours là, que Dieu existe toujours. Bien d'autres avant Proudhon avaient supprimé Dieu. Ils sont morts. Aucun n'est revenu de l'autre monde pour nous dire qu'il n'y a pas trouvé Dieu. Proudhon à son tour paraîtra devant Dieu. Nous y paraîtrons aussi; que ce ne soit pas pour rendre compte du bien des orphelins et des veuves; il en fait payer l'intérêt durant l'éternité. Voilà mon avis, à moi, qui suis près du grand passage, et j'ai eu le temps d'y réfléchir. Réflexion faite, après avoir bonne-
tement gagné ma vie pendant soixante-dix ans, j'aime mieux mourir volé que voleur. (8, p. 187.)