‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 173 sur 216 · XI. LA POLITIQUE ACTUELLE EST ANTICHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

XI. LA POLITIQUE ACTUELLE EST ANTICHRÉTIENNE

788. — La politique, en France, est une terre infidèle ; il y faut porter la foi. Il faut que de fervents apôtres aillent chercher dans ces régions perdues les âmes qui s'endorment et qui meurent. D'elles-mêmes ces âmes ne viendront jamais.

Le musulman et le fétichiste, tant la philosophie a bien manœuvré, sont aujourd'hui moins loin de l'Évangile que les trois quarts peut - être de nos hommes

d'État, de nos publicistes, de tout ce qu'on pourrait appeler le pays officiel. Leur langage sur les matières de religion révèle une ignorance qui fait honte et pitié. La doctrine catholique est pour eux lettre close. Les uns rignorent totalement, les autres l'ont méprisée, ou ne l'ont connue que par des calomnies perfides. Tous semblent vouloir vivre dans cette ignorance. Les voit-on dans nos églises, viennent-ils écouter nos prédicateurs, ouvrent-ils nos livres, cherchent-ils à pénétrer le sens de notre foi ?

Ces hommes, ces infidèles étranges, qui naissent, vivent et meurent dans le sein de l'Eglise, et ne la connaissent pas, ce sont eux qui font les lois ; et il leur arrive souvent d'en proposer et d'en faire qui touchent de près aux intérêts les plus chers de l'Église.

D'un autre côté, l'Église n'est point consultée ; elle n'est, ne peut et ne veut être admise, en l'état présent des choses, ni au conseil du prince, ni aux déhbérations des corps de l'État. On défend à ses chefs d'émettre un avis collectif, on voudrait leur interdire jusqu'à la faculté de donner un avis public ; leurs doléances confidentielles sont méprisées. Que leur restet-il donc pour combattre? Une arme, une seule, la presse ! Après la prière , ils n'ont d'autre ressource que de s'adresser à ce qui reste de bon sens dans les esprits, de loyauté dans les cœurs, afin de sauvegarder, par la force de la raison, ce qu'on ne peut leur contester ni dans un pays civilisé ni surtout dans un pays libre.

Maintenant n'est-ce pas le comble de l'injustice de prétendre qu'un prêtre, qu'un évêque n'a pas le droit et ne fait pas bien de défendre publiquement la religion par les moyens que chacun emploie pour l'attaquer? Tous les systèmes, toutes les hérésies ont leur chaire , et les hommes qui occupent ces chaires et ceux qui rédigent ces journaux s'entendent à merveille avec les poliliques et les législateurs pour accabler le catholicisme d'injures, de calomnies et d'entraves. Et

le catholicisme prend trop de liberté, parce qu'il a aussi un journal! Et les évêques sont trop hardis, parce que quelquefois dans ce journal ils osent faire retentir la puissante voix du bon droit, du bon sens, de la raison convaincue et modérée ! Et l'on entreprend de leur persuader que, s'ils se bornaient à causer entre eux, ils serviraient beaucoup mieux l'Église. (5, p. 339.)

789. — Diviser le pays pour régner, ou diviser l'Europe pour s'agrandir ; sacrifier tout, mêm.e la fraternité religieuse, même la foi jurée, tantôt à l'orgueil et aux intérêts du roi, tantôt à l'orgueil et aux intérêts delà nation, voilà le mobile de la politique moderne, depuis François I^r et Charles-Quint jusqu'à Louis -Philippe. Politique non-seulement antichrétienne et antihumaine, mais insensée, qui, après trois siècles de discordes et de guerres, donne comme résultats, la Pologne anéantie, l'Irlande affamée et décimée, l'Espagne ruinée, l'Italie folle, la Suisse en feu , toutes les nations catholiques affaiblies , l'hérésie prépondérante, le schisme menaçant, la barbarie pour avenir. ( 11, p. 171.)

790. —Non -seulement la société ne s'est pas employée à répandre dans le peuple les lumières et les consolalions de la vérité religieuse, mais encore, par un inconcevable aveuglement, elle a repoussé les efforts volontaires qui s'offraient à la suppléer. Elle a , autant qu'elle a pu , tari le fleuve saint du sacerdoce ; elle a mieux aimé avoir des soldats, des révolutionnaires et des émeutiers que des moines et des prêtres ; elle n'a pas voulu que la religion pût former des serviteurs du peuple et montrer les joies de l'autre vie à ceux qui ne connaissent de celle-ci que les douleurs. Elle ne l'a pas voulu, elle ne le veut pas. (7, p. 402.)

791. — Que les conservateurs qui ne veulent point conserver l'Église, se le tiennent pour dit : il n'y a plus d'expérience à faire. (8, p. 286.)

792. — Nous sommes loin d'éprouver aucune répugnance pour les idées de liberté. Mais autant nous aimons la liberté, autant nous détestons l'impiété, autant nous exécrons le dévergondage qui semble ne vouloir lutter contre le despotisme qu'au profit de la corruption. Lorsque nous voyons un écrivain libéral attaquer la religion et outrager la pudeur, nous douions de son libéralisme , nous doutons qu'il soit prêt à de grands sacrifices pour la liberté qu'il déshonore; nous doutons surtout qu'il puisse inquiéter beaucoup les despotes. Ces derniers savent par où les prendre; ils les classent et les font entrer parmi ces libres penseurs qui meurent décorés et pensionnés. (5, p. 402.)

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