XIV. LA LIBERTE DOIT ÊTRE CHRÉTIENNE
801 . — Deux sentiments impérieux, qui veulent être satisfaits, qu'il faut satisfaire, après s'être livré, par l'iniquité des hommes, une lutte acharnée , s'aperçoivent que, loin d'être inconciliables, ils sont nécessaires l'un à l'autre: la religion a besoin de la liberté, la liberté a besoin de la religion. Voilà le grand fait de ce siècle. Il sera le salut de la religion dans les pays libres, parce qu'il lui garantira ou lui restituera tous les droits qui la font prospérer ; il sera le gage de la liberté dans les pays religieux, parce qu'il modifiera, assainira, pour ainsi dire, ce levain d'idées libérales
qui sans cesse y fermente , et qui rencontre pour obstacle capital l'horreur des impiétés par lesquelles, jusqu'à présent, il a signalé ses explosions.
Nous n'ignorons pas les difficultés qui restent à vaincre.
La religion et la liberté s'épouvantent l'une de l'autre et s'imputent les pertes qu'elles font, et les gênes qu'elles subissent en commun ; mais est - il impossible de faire entendre à ceux - ci que certains abus anciens ne sont pas la religion, et à ceux-là que des bourreaux armés par des pamphlétaires ignares ne sont pas la liberté? D'ailleurs, un point, en dehors de tous les reproches, vrais ou faux, dont on peut nourrir la dispute, rallie unanimement les convictions éclairées: c'est qu'il faut aux sociétés modernes une part considérable de religion et de liberté, qu'aucune religion n'est possible sans liberté, qu'aucune liberté n'est praticable sans religion. (6, p. 343.)
802. — On prêche au catholicisme l'accord avec la liberté ; c'est à la liberté qu'il faut prêcher l'accord avec le catholicisme. C'est la liberté qu'il faut instruire, à qui il faut enseigner ses limites, ses règles, ses devoirs envers la vériîé, à qui il faut montrer quelle est solidaire des destinées de l'Église , et que partout où l'Église n'est point libre, il existe peut-être des libertés de caste, des privilèges d'aristocratie; mais point de liberté populaire, point de vraie et durable liberté. (10, p. 268.)
803. — Dans un pays libre , une loi doit être plus sacrée que celle de VHaheas corpus, c'est celle de VHabeas animam. (7, p. 256.)
804. — Dieu nous a donné la faculté de faire le mal et de ne pas faire le bien , mais il ne nous en a pas donné la liberté. Pouvons-nous impunément ne point obéir à Dieu , ne le point servir, ne point procurer au-
tant qu'il est en nous que Dieu soit obéi et servi? Pouvons-nous impunément ne point écouter l'Église? (33, p. 49-50.)
805. — La liberté est une invention chrétienne ; elle suit le Christ où il va , elle disparaît d'où il se retire. Les peuples que le Christ n'a pas visités sont assis dans l'ombre de la mort; ceux qui, l'ayant reçu, l'ont banni, voient remonter les ténèbres : leur tète paraît encore lumineuse et libre, déjà les membres sont engloutis et engourdis. Dans ses Indes dorées par le soleil, dans les mines qu'elle appelle ses Indes noires, dans les vertes richesses de l'Irlande, regardez les sujets de cette grande Angleterre, si fière d'avoir subjugué sous ses propres lois la loi du Christ. Ilumanum paucis vivit genus. (21, p. 251.)
806. — La première parole de liberté qui ait été prononcée, le premier acte de liberté que l'on ait vu s'accomplir, ce fut quand les apôtres Pierre et Jean proclamèrent le devoir d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, et continuèrent de répandre l'enseignement que l'erreur voulait supprimer.
Mais saint Pierre n'annonçait pas au monde l'émancipation libérale de la conscience; il la chargeait, au contraire , du poids glorieux de rendre témoignage à la vérité; il l'émancipait des hommes, non pas de Dieu. (33, p. 77-79.)
807. — Toutes les libertés sont contenues en germe dans la liberté de l'Église; et là où l'Église n'est pas libre , il n'y a de liberté que contre elle , et c'est la prochaine destruction de toute liberté. (16, p. xxv.)
808. — L'Église a des paroles de vie aussi bien pour la société périssable que pour les âmes immortelles. L'erreur ne donne pas la liberté ; la vérité seule nous peut rendre libres. (7, p. 258.)
809. — La cause de la société est liée indissolublement à celle de la religion catholique ; il n'est au pouvoir d'aucune habileté, d'aucune incrédulité, d'aucune lâcheté de les séparer un moment. La première pierre qui tombera du clocher écrasera d'abord la maison voisine, fût-elle couverte de tous les drapeaux du libéralisme. (13, p. 100.)
810. — Il n'y a qu'une loi qui promette aux peuples ce qu'ils doivent désirer ici -bas de liberté, d'égalité, de sécurité , de bonheur, et sous le règne de laquelle ils puissent être autre chose que de pauvres instruments dans la main d'un joueur indifférent à leur destinée, hormis pour ce qui le concerne. Cette loi, c'est l'Évangile, quand les peuples voudront l'adopter, ils y trouveront l'honneur et le repos; tant qu'ils ne s'y soumettront pas, les lois qu'ils recevront, celles qu'ils feront ou croiront faire eux-mêmes, ne seront que des armes de vengeance dont Dieu se servira pour les punir.
Tous les réformateurs cherchent la fraternité , c'està-dire l'amour. Mais ils la cherchent en dehors de l'Évangile; ils ne la trouveront pas. Inutile de suivre leurs conceptions et de les discuter : ce qu'ils cherchent n'existe pas. Le Créateur ne peut pas permettre que la créature trouve le repos et le bonheur dans une voie autre que celle qu'il a tracée lui-même.
L'individu peut trouver quelques joies sensuelles et grossières, parce qu'en dehors de cette vie l'attend une justice à laquelle il devra répondre , et qui saura le punir. La société n'a d'existence qu'ici -bas : elle est punie ici-bas. (26, p. 109.)
811. — Pour que les hommes consentent à se croire égaux, il faut qu'ils s'avouent frères; pour s'avouer frères, il faut qu'ils croient, qu'ils craignent, qu'ils aiment le même Dieu. (23, p. 180.)
812. — Si l'Église ne peut être libre qu'au sein d'une liberté générale, c'est dire qu'elle ne peut être libre qu'à la condition de voir s'élever contre elle la liberté de la nier et de la détruire par toutes les offenses et tous les moyens légaux qu'un tel ordre de choses mettra nécessairement aux mains de ses ennemis. (33, p. 98.)
813. — L'époque la plus corrompue, quel que soit son éclat , me semblera toujours la plus déplorable et la plus barbare. Ces époques ressemblent aux fusées qu'on lance dans les airs; l'instant où elles atteignent l'extrémité de leur course , où elles éclatent en étoiles brillantes, est celui où elles s'éteignent et meurent dans la nuit.
Cherchez le moment où il y eut le plus de vrais chrétiens sur la terre , si vous voulez connaître l'époque la plus honorable et la plus heureuse de l'humanité. (26, p. 75.)
814. — Un seul culte nous rendrait plus facile de n'avoir qu'un esprit et qu'un cœur; et sous cette discipline naturelle nous pourrions accomphr des choses qu'il faut se contenter de rêver. Nous serions plus forts, plus libres aussi. Une quantité d'entraves civiles n'ont d'autre origine et d'autre raison que nos dissidences. (15, p. 135.)