VI. CONFÉRENCES DE SAINT-VINCENT-DE-PAUL
874. — Les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul sont des réunions laïques où , sans distinction d'opinion, de position sociale ni d'âge, des chrétiens s'occupent du seul soin de consoler et d'assister les pauvres. Fondée à Paris, après la révolution de Juillet , par quelques étudiants, cette société de bonnes œuvres est aujourd'hui l'une de nos plus efficaces institutions de charité. Énumérer les sommes qu'elle a dépensées , les pauvres qu'elle a sauvés de la mort ou du désespoir, les orphelins qu'elle a recueillis, élevés, préservés du vice, ce ne serait révéler qu'une partie de ses bienfaits. Elle a secouru davantage peut-être ses propres membres , ces jeunes gens à qui elle a donné la sainte et sérieuse occupation d'être tout de suite des hommes de bien. La Conférence les met en contact avec des esprits déjà mûrs, avec des cœurs généreux. Par le grand spectacle de la misère, elle les instruit des devoirs qu'ils sont tenus de remplir envers lewrs semblables. Ainsi occupés , ils ne tardent pas à considérer sagement la vie. En même temps que les devoirs, ils en connaissent les plus nobles joies. Cette connaissance, ils l'acquièrent sans remords; le fruit qu'ils en retirent, ce n'est pas l'égoïsme, c'est la charité. La famille se rassure, lorsqu'elle apprend que le fils exilé s'est enrôlé sous la bannière de saint Vincent de Paul; elle augure bien de sa conduite , de ses études , de son avenir, et elle a raison.
A cet avantage particulier se joignent des avantages publics déplus d'un genre. Non -seulement le jeune homme qui emploie de la sorte son loisir, est peu accessible aux séductions des partis; non -seulement il se prépare à devenir un citoyen utile, mais encore il opère, pour sa part, avec plus de succès que ne pourraient le
faire des mesures législatives, l'œuvre nécessaire de la réconciliation du pauvre avec le riche.
Aussi le gouvernement {de Louis-Philippe), si craintif envers tout ce qui est association ou apparence d'association, a-t-il eu le bon sens de ne point inquiéter les Conférences de Saint- Vincent-de-Paul : premièrement, parce qu'elles ne font rien que d'une manière publique; secondement, parce qu^il a compris qu'aucune arrièrepensée politique ne saurait se glisser dans une œuvre qui ne peut vivre et prospérer qu'avec le concours de tous les partis. Là, on n'est que chrétien; l'unique parti qu'il s'agit de servir est celui de Jésus -Christ souffrant dans la personne des pauvres. (5, p. 415.)