‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 189 sur 216 · VII. CRITIQUE · texte numérisé non relu

VII. CRITIQUE

875. — L'unique devoir du satirique est de garder la justice. Il ne mésuse point de sa force, lorsqu'il lui plaît de la mettre simplement au service du goût. Ce n'est pas péché de mal écrire en prose ou en vers. Je ne croirais pas qu'il y eût péché non plus à se moquer d'un honnête homme qui serait un mauvais écrivain. Je me suis cependant interdit ce plaisir, et tout auteur qui n'est que ridicule a toujours impunément passé près de moi. Mais si l'homme (honnête ou non, il n'importe), qui a le malheur d'écrire ridiculement, y ajoute le tort d'attaquer la justice, de diffamer la vérité, de blasphémer la Divinité, je trouve du péché dans sa sottise, et il tombe sous le droit de la satire. Le sifflet n'est pas seulement une attaque permise, c'est la plus nécessaire des représailles.

Ces repris de la justice satirique ne méritent pas le nom touchant de victimes. Celui d'agresseurs leur convient mieux; ils ont commencé. Aucune loi, dira-t-on, ne leur interdit d'outrager ou la langue, ou le goût , ou la raison , ou même d'autres choses plus respectables ;

mais quelle loi m'interdit, à moi, de ressentir l'outrage, et de le réprimer autant que je le peux?

La défense est surtout légitime à ceux qui, comme moi, ne prétendent venger ni leur propre goût, ni leur personne, mais seulement une cause sacrée. Ces hommes , ennemis déclarés et systématiques , ennemis furieux de tout ce que j'honore, je peux les traiter comme ils traitent le christianisme, l'ordre social et la grammaire française; bien entendu sauf les devoirs que la justice nous impose , même envers ceux qui ne gardent aucune justice. Pouvoir les intimider, c'est quelque chose; pouvoir empêcher un nombreux vulgaire de les admirer, c'est beaucoup. TertuUien nous dit : « Il y a des choses dignes de risée sous leur gravité feinte ; ne craignez pas d'en rire; le rire les empêche d'usurper le respect... » (2, p. xi.)

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