IX. ENSEIGNEMENT
877. — Notre mal, notre plaie, c'était le monopole universitaire. Toute l'audace du despotisme, toutes les subtilités de la ruse, tous les déguisements de l'hypo-
crisie en avaient fait l'assemblage le plus capable d'irriter, d'épouvanter et de désespérer une âme libre et chrétienne. Sans chercher d'autres arguments contre renseignement public, il suffisait de le jugera ses œuvres. Tandis que la religion, quels que fussent ses triomphes, ne procédait jamais que par conquêtes individuelles, l'enseignement public livrait en masse à l'incrédulité les jeunes générations: sur cent enfants, la plupart pieux, qu'il avait reçus des familles, il rendait à peine deux chrétiens ! Que répondre à ce calcul , proclamé parles aumôniers des collèges de Paris, certifié en gémissant par les évêques , avoué par les mères en pleurs, et dont les propres souvenirs des catholiques, ainsi que leur expérience journalière, n'attestaient que trop l'etïrayante authenticité? Il fallait chercher un remède : la constitution, la raison, la conscience, les mœurs s'accordaient et sur la plaie et sur les moyens de la guérir. Nous avons dit : Les catholiques ne peuvent accepter la position qui leur est faite; leur religion est étouff'ée dans une prison d'honneur; elle succonjbe faute d'air. Faites-nous place au soleil de tout le monde. Comme citoyens, c'est notre droit de pratiquer librement nos croyances et d'en transmettre le noble héritage à nos enfants ; c'est notre devoir, comme chrétiens, d'assurer à ces croyances la dignité et la vie de la liberté. Il y va pour nous du salut; nous ne pouvons reculer devant aucun sacrifice, devant aucune menace, devant aucun péril. Contre nous , on aura recours à la force. Mais la force contre des hommes qui n'ont point enfreint les lois, c'est l'iniquité, c'est la violence, c'est , en un mot , la persécution.
878. — En demandant le droit d'enseignement pour la vérité, nous n'avons jamais contesté l'existence et l'indépendance de l'université, c'est-à-dire le droit d'enseignement pour l'erreur. Que pouvons-nous faire de plus, nous qui avons une religion, que d'admettre la liberté des doctrines antireligieuses et d'en solder
inême l'enseignement? Respecter un pareil fait, renoncer contre lui à l'usage des armes politiques, ne le combattre que par la discussion, et non comme fait, mais au seul point de vue des doctrines, c'est pousser assez loin l'esprit de concession. Pour aller jusque-là, les consciences chrétiennes ont besoin, ce nous semble, d'y mettre une condition indispensable : il faut que la pleine liberté du bien contre-balance au moins la pleine liberté du mal. S'il y a des maisons d'enseignement où l'erreur règne sans partage , qu'au moins il y en ait d'autres où, sans partage aussi, règne la vérité; qu'il soit également facile de fonder les unes et les autres ; qu'on y entre avec la même liberté , qu'on y travaille avec la même sécurité, qu'on en sorte avec les mêmes droits I L'enseignement de l'université est diamétralement l'opposé du nôtre. Elle nie ce que nous croyons , elle renverse ce qua nous adorons ; elle attaque notre histoire, notre morale, nos dogmes ; elle ne partage nos sentiments sur rien de ce que nous considérons comme vrai, comme utile, comme juste, comme nécessaire. Nous ne pouvons faire avec elle d'autre pacte que de nous séparer d'elle absolument. (8, p. 396.)