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XIV. INQUISITION

894. — Le mot Inquisition est nouveau et décrié. La chose qu'il exprime est aussi ancienne que l'Église et que toute société humaine, et durera aussi longtemps. L'Inquisition s'appelle aujourd'hui la loi, l'ordre

public, et elle est en pleine activité partout. Tout prince, tout père de famille, tout chef exerce l'inquisition. Contester ce droit à l'Église , ce serait contester la divine sagesse qui l'a fondée.

En retenant l'usage de son droit , l'Église ne l'a pas toujours employé de la même façon.

Pendant les trois premiers siècles, lorsque toutes les puissances étaient liguées contre elle, l'Église n'a pu réclamer leur appui : qui prétendra tourner contre elle une pratique à laquelle les circonstances l'obligeaient ?

Elle a d'autres vertus que le silence et la résignation, d'autres services à rendre aux méchants que de prier .pour eux. Elle les sert aussi en les éloignant des erreurs qui les transforment en bourreaux. Constantin le comprit. En effet , livrer l'Église aux déchirements de l'hérésie", c'était rendre l'Empire au paganisme dans un délai prochain. Dans l'appui séculier, l'Église ne vit rien de contraire à la loi de Dieu; elle Taccepta, et depuis ce .temps elle n'a cessé de rappeler aux princes . chrétiens l'obligation d'employer pour elle la force matérielle remise en leurs mains.

Toutefois ce ne fut pas l'Église qui demanda la peine de mort contre les dissidents. Constantin les bannissait. Constance et Valens, ariens, décrétèrent la mort. Les catholiques ne firent que maintenir cette législation, mais non avec une parfaite unanimité. De graves autorités s'élevèrent , au contraire, dans le clergé, trouvant la loi arienne trop rigoureuse. Le principe resta en dehors de ces débats. Aucun esprit sérieux ne contesta à l'Église le droit de réclamer l'appui du bras séculier, et au prince le droit ou plutôt le devoir d'agir en conséquence.

Dans le moyen âge , l'union entre l'État et l'Église étant devenue plvis intime, l'hérésie fut considérée et punie comme un crime , non plus seulement religieux , mais encore social et politique. On appliqua donc à toutes les hérésies^ sans distinction les principes que

toutes les nations de l'Europe appliquent encore aujourd'hui à certaines hérésies particulières qui intéressent plus spécialement l'ordre et la sécurité de l'État.

Contre les progrès désastreux des sectes manichéennes, la guerre n'aboutissait qu'à leur rendre ruines pour ruines , meurtres pour meurtres ; on faisait, des boucheries des sectaires, et ils renaissaient.

C'est alors que l'Inquisition prit la forme et les développements qui lui ont valu plus tard de si violentes calomnies. Quelle fut pourtant la pensée de saint Dominique ? De substituer le régime de la justice au régime de la guerre , de rem^placer le sabre par la loi ; d'attribuer la connaissance des cas d'hérésie au juge naturel, au prêtre, tandis qu'on l'abandonnait au soldat. L'Ordre de Saint - Dominique s'acquitta de cette charge de manière à mériter la reconnaissance des hérétiques eux-mêmes. Les égorgemenls cessèrent, la paix se rétablit, la vérité triompha; les sciences et les lettres prirent un merveilleux essor. L'université de Toulouse fut alors fondée.

Les Papes et les conciles généraux ont proclamé l'Inquisition nécessaire; ils l'ont établie et sanctionnée solennellement. Les catholiques devraient se souvenir de cela.

Si, dans l'exercice de cette magistrature, quelques hommes ont failli , c'est leur faute. Tout j.uge peut errer, prévariquer même ; la justice est sainte.

Les ennemis de la religion catholique veulent que sur ce point nous passions condamnation, que nous baissions la tête et que nous gardions le silence. Les catholiques auraient tort de consentir à cela ; la vérité est pour eux. Qu'ils la proclament avec constance; elle triomphera sur ce point comme elle a triomphé sur tant d'autres. (14, p. 489.)

895. ~ En des temps à la fois plus vigoureux dans le mal , plus fermes et plus sages dans le bien , une

législation plus sévère avait été inspirée à la scciété par l'imminence d'un péril semblable à celui que nous courons. Il y avait peine de mort contre ceux qui compromettaient la paix publique en fabriquant de fausses croyances, comme il y a eu, jusqu'à nos jours, peine de mort contre ceux qui compromettaient la fortune publique en fabriquant de la fausse monnaie.

Nos pères croyaient l'hérésiarque plus dangereux que le voleur, et ils avaient raison. Une doctrine hérétique était une doctrine révolutiormaire. Il en résultait des troubles, des séditions, des pillages, des meurtres, toutes sortes de crimes contre les particuliers et contre l'État: on tombait en guerre civile, on faisait alliance avec l'étranger, et la nationalité était menacée en même temps que la vie et la fortune des individus. L'hérésie , qui est un très - grand crime religieux , était donc aussi un très-grand crime politique. Cent mille hommes périrent par suite de l'hérésie de Wiclef ; celle de Jean Huss en fit périr davantage : on ne peut mesurer ce que l'hérésie de Luther a coûté de sang, et ce n'est pas fini. Une prompte répression des disciples de Luther, une croisade contre le protestantisme aurait épargné à l'Europe trois siècles de discordes et de catastrophes où la France et la civilisation peuvent périr. (9, p. 313.)

Tous les progrès qui ont adouci les mœurs, la législation et les peines, sont dus à l'Église exclusivement. Après avoir rempli le devoir de protéger par les lois la vie des gens honnêtes et pacifiques, l'Église a inspiré et institué les procédures , qui sont venues protéger la vie des innocents injustement accusés, adoucir le sort des coupables justement punis. Sans doute elle n'a rien fait inopportunément, elle n'a pas demandé à la société de se désarmer contre le mal et contre le crime ; mais elle a toujours été pressée de modérer les supplices et de les ramener au strict nécessaire , suivant les temps et le caractère particulier des peuples qu'elle dirigeait.(9, p. 326.)

896. — Quand on voit une partie du genre humain s'arrêter subitement sur la voie de la civilisation chrétienne, faire violence à sa destinée et rebrousser chemin vers le paganisme , en blasphémant le Dieu sauveur, on comprend tous les anathèmes dont l'Église prévoyante avait frappé ceux qui sortiraient de son sein; on regrette, pour le salut éternel de l'humanité, qu'elle n'ait pu faire plus; on se sent près de haïr les lâches souverains qui pouvaient étouffer l'incendie à sa naissance et qui ne l'ont pas fait.

Nous souhaitons cependant que Dieu fasse miséricorde à ces princes : mais c'est le devoir de l'histoire de dire qu'ils ont mal rempli leur mission , qu'ils ont été des conducteurs perfides ou négligents. Ils ont laissé commettre le plus grand crime social qu'il soit donné à l'homme de pouvoir accomplir. Mieux vaudrait souffrir, au sein d'une nation, des empoisonneurs et des meurtriers; mieux vaudrait y introduire la guerre, y acclimater la peste, y entretenir la famine que d'y laisser pénétrer l'hérésie. La peste, la guerre, la famine sont réparables et de courte durée ; mais l'hérésie traîne à sa suite, durant des siècles, pis que ces trois fléaux, et de plus, elle perd les âmes et les perd pour jamais.

Cependant il ne manque pas de gens encore aujourd'hui, même parmi les catholiques et parmi les lettrés, qui croient en toute sincérité que l'Église et les princes fidèles se livrèrent , sans droit comme sans raison , aux persécutions les plus odieuses contre les hérétiques , tandis que ces derniers, innocents et paisibles, ne demandaient qu'à servir Dieu selon leur conscience et les lumières de leur esprit.

Pour moi , si quelque chose me semble à regretter dans tout cela, c'est qu'il ne se soit pas trouvé en Europe, au commencement de la réformation, un prince assez pieux et assez politique pour mouvoir une croisade contre les pays qu'elle avait infectés. L'hérésie de Jean Huss fit périr plus de 300,000 hommes ; celle de Luther

en a fait périr des millions, et il n'est pas temps de clore la liste de ses victimes.

Je sais qu'il n'est pas permis de faire le plus petit mal pour arriver à un plus grand bien : c'est une maxime de l'Eglise, que ses ennemis oublient lorsqu'ils l'attaquent et dont ils se souviennent lorsqu'elle se défend. Mais d'abord, ce n'était pas l'Église qui punissait les hérétiques; et ensuite, punir les hérétiques, c'était prendre contre la révolte , le vol , l'immoralité , l'assassinat , les précautions que tous les gouvernements prennent encore aujourd'hui, lorsqu'ils ne veulent pas mourir et voir mourir l'ordre avec eux. (28, p. 186.)

897. — Nos pères osaient punir ceux qui fabriquaient de fausses croyances , comme nous , qui sommes des sages , nous punissons les fabricateurs de fausse monnaie. Nous sommes inflexibles sur le dommage qu'on fait à notre bourse; quant à notre âme, nous y tenons peu, et quanta l'âme de notre prochain, nous n'y tenons pas du tout. (28, p. 193.)

898. — La force aux mains de l'Église est la force du droit ; or nous ne voulons pas que le droit demeure sans force. (33, p. 69.)

899. — La force doit protéger, affermir, venger le plus grand, le plus illustre, le plus nécessaire droit de l'homme, qui est de connaître et de servir Dieu; elle doit mettre l'Église à même de dispenser ce droit à tout homme sur la terre. (33, p. 70.)

900. — Affaibhe par le péché, l'humanité penche naturellement à l'erreur, et la pente de l'erreur est à la mort, ou plutôt l'erreur est elle-même la mort. Ce seul fait, évident partout, démontre que le pouvoir est dans l'obligation de confesser lui-même la vérité et de la défendre par la force que la société lui met dans les mains. La société ne peut vivre qu'à cette condition ; elle n'a

jamais même entrepris de vivre autrement. Aucun sage du paganisme ne s'est fait un idéal du chef de l'État qui ne fût un défenseur armé et résolu de la vérité et de la justice. (33, p. 18.)

901. — L'inquisition existe à Rome, c'est vrai. Elle existe aussi en France, et nous en savons quelque chose, nous qui écrivons ceci. Il y a partout des tribunaux pour faire respecter la loi du pays. La différence entre Rome et la France, c'est qu'à Rome on sait à quoi l'on s'expose lorsqu'on attaque la loi , et qu'en France on ne le sait pas. Un jury pris au hasard en décide suivant son bon plaisir, et vous condamne pour avoir exercé un droit que la législation garantit. (9, p. 77.)

902. — En réalité notre terrible inquisition se borne à mettre les livres kV Index, tandis que la justice laïque en ordonne la destruction, renferme l'auteur, et souvent le libraire et l'imprimeur, et par- dessus le marché les met à l'amende. Qu'il survienne un décret de V Index contre tel ou tel ouvrage de philosophie ou d'histoire , dû à quelque libre penseur un peu bien situé, le Siècle poussera toutes les clameurs que la langue peut lui fournir ; et plus le bon sens sera outragé, plus l'Église sera diffamée dans ce livre, plus le Siècle criera contre VIndex et contre l'Inquisition. Mais un tribunal condam.ne un livre , le supprime et emprisonne l'auteur pour fait de doctrines que le Siècle croit catholiques, le voilà ravi, et peu s'en faut qu'il ne se donne la vanité de poser en consul teur et en assesseur de cet autre Index. (14. p. 61.)

903. — Tout le monde sait comment se pratique VIndex religieux. Un évêque s'aperçoit qu'un livre renferme des choses contraires à la foi ou aux mœurs : il l'examine avec soin, le fait examiner par une commission d'hommes calmes, consciencieux et capables. Ainsi éclairé, il défend à ses diocésains de lire ce livre. Il le

défend sous des peines purement spirituelles. « Ce livre vous met dans le péril de perdre la foi; c'est le plus grand des malheurs ; je vous défends de vous y exposer et d'y exposer ceux qui dépendent de vous; si vous méprisez mes prohibitions, vous en rendrez compte àDieu.»

Voilà VIndex de l'évêque. Les chrétiens un peu intelligents louent la vigilance de leur pasteur ; ils savent qu'il remplit un devoir de sa charge divine, qu'il le remplit dans leur intérêt éternel.

Toutefois , contre ce jugement si doux et si nécessaire, il y a un adoucissement et un recours. Si le livre, au milieu de ses erreurs, renferme quelque chose d'utile , la science peut obtenir la permission de le consulter. En outre , l'auteur frappé a le droit d'appeler à une juridiction supérieure ; il peut provoquer une sentence du Pape. S'il est catholique, sa conscience, après le jugement de l'évêque, doit être au moins incertaine. Le jugement du Pape la fixe. Il connaît alors s'il s'est ou ne s'est point trompé ; il se corrige ou il se condamne, ou il est justifié. S'il n'est point catholique, que lui importe le jugement soit de l'évêque, soit du Pape? Il n'a pas écrit pour obtenir l'approbation de l'Église, mais, au contraire, pour lui faire la guerre ; il a dû prévoir que l'Église le frapperait : à moins d'être fou, il ne peut se plaindre.

VIndex prononcé directement par la Congrégation romaine, est basé sur les mêmes motifs et précédé des mêmes études. Le Pape, gardien de la foi dans le monde entier, étend sa juridiction sur tous les écrits qui paraissent, de quelque main qu'ils soient partis. Aucune autorité n'est assez haute ni assez sainte pour échapper à ses corrections. Il juge les simples délits comme une tribunal de première instance; il casse et réforme les justices comme la Cour de cassation. Tous les jours la Cour de cassation met à VIndex des arrêts de Cours d'appel. Il faut être entièrement dépourvu de bonne foi et de bon sens , pour ne pas reconnaître la . stricte justice et l'indispensable nécessité de VIndex !

pontifical. Comment ! chacun pourrait dogmatiser en toute matière, avec toute l'audace et toute la ruse possibles; on pourrait imposer ou insinuer sous le nom de doctrine chrétienne les principes les plus contraires au christianisme, et le Pape, chef de la doctrine chrétienne, n'aurait rien à dire! (9, p. 344.)

904. — Quant à l'Inquisition politique d'Espagne, ce qui prouve mieux que toute autre chose qu'elle n'était point ce que l'on croit, c'est que les plus grands esprits de ce pays se plaisent à lui rendre hommage et la représentent comme une institution salutaire et avantageuse. Cependant plusieurs avaient eu à se plaindre d'elle, soit pour eux-mêmes, soit pour des parents et des amis. (14, p. 503.)

Au reste nous n'avons , comme catholiques , aucun intérêt à défendre l'Inquisition d'Espagne, tribunal politique, établi par les rois comme moyen d'affermir leur pouvoir et de concentrer en leurs mains toute l'autorité. Les reproches qu'on lui adresse, fussent-ils vrais, n'atteindraient aucunement l'Église. (14, p. 506.)

905. — Les guerres dites de religion sont celles que la société catholique a soutenues contre les hérésies qui l'attaquaient; nulle cause de guerre n'est plus légitime et plus honorable ; s'il y a une guerre qu'il faille faire, c'est celle-là. Mieux vaut combattre pour le maintien d'un dogme que pour un traité de commerce ou pour un agrandissement de territoire.

Ce ne sont pas les catholiques qui , les premiers , courant sus aux sectaires , leur ont dit : Meurs, impies ou pense comme m,oi. Ce sont, au contraire , les sectaires, qui, devenus forts et entreprenants, se sont jetés sur le monde catholique et l'ont mis dans l'alternative d'étouffer leur doctrine ou de l'embrasser.

Les novateurs s'étaient livrés à des actions cruelles , ils s'attirèrent de cruelles représailles. Il est vrai que la conscience catholique désapprouve tout ce qui se fait

de trop , tout ce qui n'est pas selon la justice , et même tout ce qui n'est pas selon la charité. Si les catholiques ont abusé de leur force et de leur victoire, ils n'en avaient pas pris la pensée à la messe, ils en répondront. Dieu les jugera. Cependant, ce sont leurs ennemis qui ont commencé; pour eux ils défendaient une cause sainte, et la plupart du temps, c'est sans justice qu'on les accuse de l'avoir oublié. ( 35, p. 89, etc.)

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