‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 203 sur 216 · XXII. NAPOLEON · texte numérisé non relu

XXII. NAPOLEON

929. — Dans le milieu de la dernière moitié du xviii® siècle, l'Europe tout entière n'offrait qu'un spectacle de scandale. Jamais, parmi les chrétiens, la souveraineté ne s'était signalée par un pareil et plus unanime oubli de ses devoirs.

Sur ces entrefaites, il y avait quelque part un berceau qui contenait la vengeance de Dieu. Sur les grèves d'une île sans gloire, il y avait un enfant , non pas de race royale, non pas même de race illustre; un enfant pauvre, presque un enfant du peuple, le fils d'un pauvre gentilhomme ; cet enfant , Dieu le gardait là pour châtier de son épée la félonie des rois , pour châtier de son bon sens l'orgueil des lettrés et des philosophes; pour

livrer les uns à ses soldats, les autres à sa police; pour relever par un acte de sa volonté l'Église qu'ils s'étaient flattés d'avoir abattue. (35, p. 51-54.)

930. — La révolution avait compté avec Bonaparte ; les monarchies comptent à leur tour. Un ouragan de fer et de feu se promène quinze ans à travers l'Europe. Dans ces antiques fortunes ou radicalement anéanties ou terriblement humiliées, dans cette domesticité de vieux rois remplissant les antichambres du roi de la révolution , aveugle qui ne veut pas voir la vengeance de Dieu. Jamais Dieu n'avait ainsi traité la souveraineté depuis que la Croix surmontait les couronnes. Mais pourquoi la Croix n'y était-elle plus qu'un vain ornement? Pourquoi ces monarques avaient-ils abjuré la Croix? Pourquoi avaient-ils permis et trouvé bon qu'un ramas de scribes entreprissent de rendre méprisable l'emblème sacré? — Ces rois qui formaient la cour de Napoléon, qui venaient chercher ses ordres , qui loin de lui tremblaient devant ses ambassadeurs, ils avaient soudoyé les blasphèmes des disciples de Voltaire; leurs pères eux-mêmes avaient refusé au vicaire de Jésus- Christ , non-seulement leur obéissance en matière spirituelle, mais jusqu'aux égards extérieurs qu'on se doit entre souverains. Les voilà inclinés devant ce soldat de fortune, qui ôte et donne les couronnes à qui il lui plaît. Intelligite, reges ! (12, p. 163.)

931. — Dieu ne permit pas à Napoléon de triompher ; il daigna le punir. Dieu ne voulut pas qu'il s'assouvît de succès et de pouvoir. Il le fit redescendre, peut-être devrais-je dire il le fit remonter à la condition humaine, éloignant de lui le bruit des affaires, l'ivresse de la fortune, l'oubli de la dernière heure ; lui donnant enfin le temps propice et le terrain favorable pour cette bataille suprême où tout homme rencontre en face son plus terrible ennemi, et le seul dont il importe de n'être pas définitivement vaincu.

Un écrivain bien inspiré met Sainte-Hélène au nombre des bonheurs extraordinaires de Napoléon. Cinq années lui sont accordées pour se voir dans le passé et dans l'avenir, pour s'abaisser devant Dieu. (35, p. 60.)

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