Gardez la loi du Rédempteur. Laissez dire
ceux qui la trouvent dure, elle ne l'est pas ; ceux qui la prétendent obscure, elle ne l'est pas; ceux qui la déclarent caduque, elle ne Test pas. Devenez purs, gardez les commandements. Le Saint-Esprit saura vous illuminer. Les mystères sont des obscurités, non des ténèbres. Abaissez un peu votre orgueil ; servez -vous un peu de votre raison, dont vous faites si grand état : elle vous dit que vous êtes créés, et que vous devez quelque chose à votre Créateur. (21, p. 383.)
56. — Le monde est la mer; la vérité est le navire ; il faut vivre sur le navire ou périr sous les flots. (19, p. 119.)
57. — (( Pourquoi des gens bien logés, bien vêtus, bien nourris, tandis que nous sommes couverts de haillons, entassés dans des mansardes, obligés de travailler au soleil et à la pluie, pour gagner à peine de quoi ne pas mourir? » Si Dieu ne répond pas à ces redoutables problèmes, nul homme n'y pourra répondre. (39, p. 13.)
58. — La France est née de l'Évangile. C'est l'Évangile qui fit d'elle une nation puissante, illustre par son génie , par sa foi , par ses magnifiques entreprises. L'Évangile est, pour ainsi dire, dans notre sang, il y reste malgré nous; contrefait, mutilé, déshonoré, on l'y reconnaît encore, et son influence est manifeste jusque dans nos erreurs. Or l'Évangile est une loi de liberté , mais surtout d'égalité. Si les chefs de la société ne savent pas nous donner la liberté et l'égalité chrétiennes, le peuple, qui garde de ces deux biens une notion confuse, qui en sent l'absence et qui sait qu'il y a droit, fera dans son ignorance d'incessants et d'horribles eiforts pour les conquérir, tels qu'il les peut désirer lorsque Dieu ne l'inspire plus.
Pour qu'il ne fasse pas ces tentatives redoutables , il lui faut la connaissance des vérités saintes qui aident à
supporter l'inégalité sociale ; et à ceux qui sont au-dessus de lui, la connaissance, l'amour, la pratique des vertus , des lois qui font un devoir de secourir les malheureux. Il faut au peuple cette foi qui apporte avec elle la patience dans l'infortune et la certitude d'un avenir heureux ; il faut que cette même foi inspire aux supérieurs la charité qui soutiendra les inférieurs dans leur attente. (7, p. 402.)
59. — La révolution fait tout contre l'Église ; et tout ce qui se fait contre l'Église, se fait contre le peuple, contre la restauration morale et matérielle des masses, par conséquent contre la restauration politique de la société. C'est dans la restauration morale que se trouve le vrai principe de toute restauration sociale. La bonne constitution, la vie d'un peuple, ne peut résulter ni de sa richesse, ni de sa force militaire, ni de l'auréole qui entoure le front de son chef, ni même de son respect pour la légalité; tout cela est momentané. (9, p. 531.)
60. — Les souffrances de l'orgueil n'attendrissent point Dieu : vous aurez beau vous adonner à la pratique des vertus humaines ; vous aurez beau vous envelopper du manteau de votre courage; vous aurez beau vous dire juste et sage, et répéter que vous espérez : vaines seront vos vertus, et vaine votre espérance. Irréprochable peut-être aux yeux du monde, vous ne serez pour Dieu, comme pour vous-même, qu'un enfant obstinément rebelle, qu'un coupable et qu'un condamné. (36, p. 135.)
61. — On parle de besoins nouveaux. Le besoin nouveau du genre humain, c'est simplement de mettre en pratique la foi, l'espérance et la charité. (7, p. 501.)
62. — Est-ce qu'au milieu de tous nos changements Tâme humaine n'est pas toujours la même? L'homme
d'aujourd'hui n'est-il pas l'homme d'il y a deux mille ans, avec les mêmes passions, les mêmes entraînements, les mêmes besoins, les mêmes faiblesses, immuable dans ses changeantes misères, comme Dieu dans sa souveraine perfection? (36, p. 166.)
63. — Hommes et peuples, quiconque n'a pas servi Jésus- Christ poussera dès ce monde le cri de ceux qui désespèrent éternellement : Ergd erravimus!... (Nous nous sommes donc trompés!) (13, p. 192.)
64. — Il n'y a pour les peuples qu'une loi de vie, de bonheur, "de liberté ; c'est la loi divine qui rend les hommes frères, qui donne à toute une nation, comme à un seul homme, les mêmes pensées, les mêmes devoirs, le même but; qui inspire en bas la patience, en haut la modération , partout l'espérance , la charité partout.
Quand il n'y a plus ni foi chez les grands , ni espérance chez les petits , ni charité , ni confiance chez aucun , alors ne cherchez plus rien pour le bonheur de l'humanité, vous ne trouveriez pas. Plus de bonheur pour un peuple qui n'a plus de religion! plus de tranquillité possible, plus de progrès ! Toute agrégation sociale comporte toujours un grand nombre de malheureux; et sans religion, les malheureux le sont toujours immensément, et sans résignation apprise dès l'enfance, toujours ceux qui souffrent, voudront cesser de souffrir.
Il n'y a qu'un droit à l'abri du raisonnement ; c'est le droit divin. Quand les lois ne découlent pas de là, elles viennent de la force ou de l'astuce, et une autre force, une autre astuce en font bientôt raison.
Je veux que celui qui me commande soit juste ; et comment cela peut-il être, lorsque la justice ne lui est pas imposée d'en haut? Et comment puis -je lui obéir lorsque la force fait tous ses droits à ma soumission?
Je veux que celui qui me dit de souffrir, me dise
aussi d'espérer; et que puis-je espérer, quand je n'ai qu'une foi composée de lambeaux impuissants; quand mon esprit matérialisé ne peut concevoir d'autres joies que les joies de ce monde, et quand je vois toutes ces joies livrées au hasard de la naissance, de la force et de l'improLité?
Chrétien, fils soumis de la sainte Église catholique, la plus attentive et la plus consolante de toutes les mères, je me résigne sans peine à l'infériorité de ma condition; car je puis être au ciel l'égal des saints, et plus je serai humble en cette vie qui dure peu , plus j'aurai de rayons dans les gloires de l'éternité. Je crois que toute puissance vient de Dieu, et je me soumets en tout ce qui n'est pas contraire à mes croyances, même à la puissance la plus injuste, même à la plus dure. Je me soumets, non-seulement sans murmure, mais avec joie, car je sais que Dieu ne m'envoie pas une souffrance qui ne soit une expiation ; je porte gaiement mon fardeau d'humiUation, de contrainte et de misère, car Dieu ne m'en donne jamais plus que je n'en puis porter. *
Mais, si vous m'avez fait hérétique, ou indifférent, ou athée, si vous m'avez soustrait à l'obéissance de Dieu, de quel droit voulez -vous me plier à la vôtre? Qui vous a faits mes maîtres? qui vous a établis législateurs et juges? Pourquoi êtes-vous riches, et pourquoi suis-je pauvre? Pourquoi regorgez-vous de superflu, et pourquoi n'ai -je point le nécessaire?... Pas de solution ! Vous m'imposez vos lois, je vous oppose mes besoins ; la force est votre droit , la révolte est le mien ; combattons! (27, p. 289.)
ni. NÉCESSITÉ d'une RÉVÉLATION.
65. — Bossuet , avec la supériorité de son génie, qui n'est souvent que la supériorité de sa foi, a dit : a: Les
nations les plus éclairées étaient les plus aveugles sur la religion ; tant il est vrai qu'il faut y être élevé par une grâce particulière et par une sagesse plus qu'humaine. »
En effet, avant le christianisme que pouvaient les sages? Quel baptême leur donnait la lumière? Qu'auraient-ils su mettre à la place des dieux? La raison, abandonnée à elle-même, courut au polythéisme , par la pente rapide qui maintenant emporte au panthéisme tout ce qui se détourne de Jésus-Christ. Le polythéisme aboutit aux idoles ; le panthéisme y viendra. Les sages résisteront peu! L'homme est fait pour adorer; il faut qu'il adore. Partout où le Christ n'a pas paru , les fétiches régnent : est-il chassé, les fétiches se relèvent. Il reste des passions, il y a des maîtres, les dieux sont trouvés.
Les sages de l'antiquité pouvaient-ils se tirer du paganisme? 11 est certain qu'ils ne l'ont pas entrepris. La sagesse naturelle ne se compromet pas pour l'amour de la vérité. Elle méprise l'erreur commune et l'accompagne à ses plus vils autels. Moïse, animé de l'esprit de Dieu, est le seul législateur de l'antiquité qui ose briser une idole populaire.
A renverser les simulacres, il fallait le bras des martyrs; pour guérir le chancre de l'humanité, il fallait leur sang généreux, devenu le sang du Christ.
Raffiner dans l'infamie, c'était le fait et l'art des sages du paganisme. Saint Augustin se reprend d'avoir loué ces impies : « Platon et les siens n'étaient pas nés pour éclairer les peuples, et les acheminer de l'universelle folie des idoles au vrai culte du vrai Dieu. »
On cite de belles maximes des païens. Chez eux les maxim-BS abondaient comme les temples. Les temples n'eurent la sainteté, et les maxi mes l'efficacité, que quand le Christ y pénétra. Les poètes romains sont riches en moralités irréprochables. Il y a quantité de sentences dévotes dans Ovide. C'est dire le profit qu'on en tirait. On avait aussi le fameux Connais-toi toi-même. Res-
tait à trouver l'art de se connaître , et ensuite l'art de se vaincre ; peu de héros essayaient ; moins encore, ayant essayé, persévéraient.
Nous ne méprisons pas ces accents stériles. Ce sont des témoignages de l'âme naturellement chrétienne : Témoignages pareils aux herbes vaines qui attestent la richesse d'une terre abandonnée. (1, p. 38 et 39.)
66. — Pour nous rendre compte de ce monde païen, où, dit-on, Jésus-Christ n'était pas nécessaire, écoutons ce qu'on y pensait de l'âme , question fort agitée entre les philosophes, c'est-à-dire entre ceux qui formaient alors la tête de la société. Leurs nombreux systèmes sont au nombre des choses qui marquent plus vivement l'infirmité humaine. On y trouve que l'âme est le cœur même; — une certaine section du cerveau; — un air subtil , etc. Pour d'autres il n'y a point d'âme; un « principe actif, » résultant des combinaisons de la matière, donne lieu au phénomène que l'on appelle vie et mouvement.
Aristote imagine Ventéléchie , ou mouvement perpétuel ; l'âme vient de là. Dans quel but? Aristote ne sait. L'âme est-elle immortelle? Beaucoup soutiennent qu'elle finit avec le corps. Les stoïciens estiment qu'elle vit aussi longtemps que les corneilles. Pylhagore la fait, après un certain nombre de transmigrations, se joindre à l'âme universelle, se perdre dans le tout. « Dormir sans rêve ! s'écrie Socrate; si la mort est quelque chose de semblable, je l'appelle un très-grand gain. » Le gain de n'être pas !
Des aberrations de la religion et des aberrations de la sagesse découlait une morale qui n'était que le mépris de tout. Les sophistes les plus logiques s'emportèrent à soutenir que rien n'est juste ou injuste en soi, mais seulement par la volonté du législateur. D'autres, sans le dire, firent trop voir qu'ils le croyaient.
Accordons que Ton peut interpréter favorablement
certains points douteux de la doctrine de Socrate et de Platon. Force est bien de renoncer à les justifier sur la morale et sur les mœurs. Leurs mœurs n'étaient pas simplement de mauvaises mœurs, comme nous l'entendons aujourd'hui; ils ne se contentaient pas de céder à la nature, ils la violaient. Ils ne s'en défendent pas, ils n'en rougissent pas.
Quoi que l'on pense du génie de Platon, il faudra toujours reconnaître que la vérité lui fond dans la main, qu'il s'en amuse et qu'il s'amuse aussi du vice. Platon méprisait les philosophes qui pouvaient se rendre assez simples et assez clairs pour être entendus des gens du peuple. Socrate, après une vie de libre-penseur, mourut sans avoir l'instinct du repentir. A ce trait du plus grand et à ce trait du meilleur, on peut voir quels précurseurs du christianisme ils étaient.
L'antiquité n'a en propre rien de chrétien, rien du tout. Doctrines, lois, mœurs, tout ce qui était de sa sagesse concourait pour écraser les petits et les faibles, l'enfant, la femme, le pauvre, l'esclave, le peuple. Le législateur Platon ne veut que des corps parfaits et de belles âmes; en conséquence, les médecins laisseront périr les individus mal conformés, les tribunaux feront tuer les méchants incorrigibles, les enfants mal faits ou nés de méchants seront abandonnés. Toujours en vue de la beauté et de la vigueur du sang, il met une limite d'âge pour être père et mère. Avant et après le terme fixé, la loi impose la stérilité, et, en cas de délit, l'abandon des enfants. Il permet aux guerriers le régime de la communauté. L'homme libre peut tuer son esclave, et n'est tenu qu'à se purifier; mais l'esclave qui, même en se défendant, aura tué un homme libre, subira la peine des parricides.
0 Christ! ô pureté! ô amour! hâtez- vous; venez instruire la Samaritaine et relever la pécheresse qui pleure, et poser vos mains sur la tête de l'enfant!
Que l'on prenne où l'on voudra dix années de l'histoire de l'empire romain : dans la société domestique,
comme dans la société civile , l'ulcère creuse et s'élargit; le divorce et les dissolutions dévorent la fam.ille, les ambitions dévorent le droit. De plus en plus les grands aspirent à la tyrannie, et de plus en plus la multitude plonge dans l'ignominie, jusqu'à ce qu'enfin il la faille soûler de sang. La guerre est sans humanité , l'alliance sans sécurité, la paix sans aménité. Tel est le plus grand de ces peuples antiques, que l'on nous peint si libres et si fiers. Leur bassesse n'est comparable qu'à leur corruption. Voici le dernier mot du polythéisme , sa dernière expression religieuse et civile : Tibère, Galigula, Néron, Héliogabale, maîtres et dieux à qui va naturellement le monde! (1, p. 44.)
67. — Les moyens du salut ne sont pas seulement dans la loi naturelle. Cette loi est impuissante au milieu de ce monde plein de périls et de séductions ; il est mille circonstances où elle reste en suspens sur les limites du bien et du mal; il est mille difficultés de conscience qu'elle ne peut résoudre; elle ne dompte ni la vanité, ni l'orgueil, ni l'égoïsme; enfin elle n'a pas de sanction certaine. Aussi voyez comme elle est obéie et ce qu'elle produit. (28, p. 235.)
68. — Luther avait dit : A la raison seule le droit de se chercher une religion dans la Bible ! L'Éclectique s'est écrié : A la raison seule le droit de se chercher une doctrine dans les enseignements des philosophes ! Le premier a produit des milliers de sectes religieuses; et le second des milliers de sectes rationalistes. Le premier a introduit le désordre dans la conscience; le second a mis au comble le désordre dans la pensée. Pas plus l'un que l'autre, ils ne peuvent faire école. Lulher emploie inutilement le glaive des princes pour protéger sa doctrine contre l'esprit d'innovation : de chaque village il sort un théologien prêt à réformer le réformateur. Le chef des éclectiques français a beau implanter ses systèmes dans toutes les jeunes intelli-
gences, ses élèves se vantent de n'être pas ses disciples, et de n'avoir appris de lui que le droit et l'art de penser autrement que lui . ( 12 , p. 192. )
69. — L'homme ne peut rien contre lui-même. Lorsqu'il cerne le plus rigoureusement ses défauts et ses vices , il fait encore passer des vivres et des armes aux assiégés. (36, p. 71.)