V. MIRACLES
75. — L'incrédulité conteste les miracles, tantôt par une négation brutale, tantôt par des explications injurieuses. Elle déclare que le miracle n'est recevable ni en histoire ni en philosophie. La raison se range à
d'autres données. Elle croit les miracles, parce que l'Homme-Dieu les pouvait faire, parce qu'il les devait faire, parce qu'il atteste les avoir faits. Un Évangile sans miracles, ce serait là l'Évangile incroyable. Il faut que l'Incarnation teigne d'un reflet divin tous les actes du Sauveur qui n'ont que la marque ostensible de son humanité; autrement, quand je vois un Dieu soumis à la faim, à la soif, à la faligue, à la tristesse, se dérobant parla fuite, se donnant longuement la peine d'instruire des disciples à tête dure, souffrant les coups, les insolences, le dernier supplice; c'est alors que mon étonnement pourrait s'égarer jusqu'au doute. En toutes ces circonstances. Dieu paraît hors de la nature divine; il y rentre , lorsqu'il commande aux éléments, ressuscite les morts, institue l'incompréhensible Eucharistie. Comprendrait-on que Dieu fût descendu sur la terre et n'eût point fait de miracles? Il venait « dans l'infirmité » afin de guérir des infirmes ; double condition qui lui imposait les miracles. Il nous les devait, il était de sa justice de les prodiguer pour éclairer ses abaissements et aider notre faiblesse. A des sourds il fallait ces signes, à des aveugles il fallait ces attouchements , à des paralytiques il fallait ces secousses.
L'objection contre les miracles, ce parce qu'ils ne sont pas croyables,» est ridicule. Qu'est-ce que ce serait qu'un miracle croyable? Ils ont été faits incroyables précisément pour que la foi les dût accepter et que la raison n'y pût contester. Le bon sens humain se moque des philosophes et des historiens qui prétendent que Dieu ne peut pas intervenir en Dieu dans les choses de ce monde , et que Dieu n'en a pas besoin.
Jésus-Christ nous a mieux traités. Il ne nous a pas demandé de nous rendre à l'homme, mais à Dieu; il s'est montré Dieu pour que notre fierté pût noblement s'abattre. Par le miracle il a invalidé pour toujours les règles de toute philosophie qui voudrait exclure la Divinité , et il a très-miséricordieusement traité les savants eux-mêmes en les avertissant qu'il est pi us savant qu'eux .
Noire-Seigneur disait aux Juifs : « Si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins mes miracles! » Nous disons aujourd'hui aux incrédules : « Si vous ne croyez pas les miracles, croyez au moins la parole! Cette parole est un miracle aussi, et le plus pjrand de tous, un miracle auquel vous ne pouvez contredire. » (1 , p. 11.)
76. — J'ai longtemps douté des miracles, et maintenant que j'y songe, je ne sais vraiment pas commentée m'y prenais pour cela; car rien ne me paraît plus facile à croire. Quoi de plus naturel et de plus conforme à la miséricoide divine, que ces éclatants prodiges qui viennent à de fréquents intervalles récompenser une foi vive, ou ranimer dans les cœurs bons et naïfs, mais faibles, la foi ébranlée?
Dieu , dans sa bonté, se montre à tous selon qu'ils le peuvent voir; il ne se cache qu'à l'orgueil , le plus horrible des crimes, la pire espèce de toutes les impiétés, à l'orgueil qui a créé l'enfer! Mais le cœur simple voit de ses yeux, touche de ses doigts, sent au contact de son cœur le maître qu'il veut servir et glorifier. (27, p. 153.)
77. — Vos miracles sont étranges, incroyables, extravagants. C'est ce que l'on peut toujours dire de tous les miracles. Ils sont naturellement étranges, incroyables, extravagants; il est naturel qu'on ne les comprenne pas; et si l'on veut en être révolté, on est libre. Seulement, tant pis pour qui se révolte! Il y eut des révoltés, des incrédules parmi ceux qui virent marcher le paralytique, qui furent nourris miraculeusement dans le désert, qui burent le vin de Cana , qui parlèrent à Lazare ressuscité : encore une fois, tant pis pour ceuxlà! L'Église n'en fut pas moins fondée; et toutes ces révoltes, toutes ces ingratitudes, toutes ces incrédulités, si fertiles en objections de tout genre, ont vu et verront jusqu'à la fin leurs objections, perpétuellement vaincues, devenir l'invincible argument de la miraculeuse durée de l'Église. (13, p. 49. ) ,
78. — La question des miracles est une question de raisonnement et une question de fait. En premier lieu , Dieu peut 'il faire des miracles , et peut-il , comme il l'a promis, accorder le don des miracles à qui il lui plaît? En second lieu, y a-t-il eu des miracles? La question est résolue affirmativement, sur le premier point, par quiconque croit à l'existence de Dieu; sur le second point, par quiconque est chrétien, et même par quiconque est doué d'un peu de bonne foi et sait un peu d'histoire.
Il ne reste donc qu'une chose à faire, c'est de s'enquérir si tels ou tels miracles sont authentiques. Je puis douter qu'un miracle ait eu lieu, je ne puis pas douter que Dieu ne l'ait pu faire. Mon premier mouvement, le mouvement naturel, est un mouvement de foi. Ensuite je m'informe, je demande s'il y a des témoins , des garants, des preuves. Ces preuves, l'Église les a cherchées longuement, les a vérifiées soigneusement, les a proclamées solennellement. (13, p. 49.)
79. — A Cana, par un complet changement de substance, l'eau devient un vin exquis. En donnant cette marque de sa souveraineté , Dieu opère d'une façon plus soudaine ce qu'il fait d'ailleurs tous les jours aussi merveilleusement, sans que nous y prenions garde. Tous les jours l'eau du ciel , distillée dans les entrailles de la terre, sucée par les racines de la vigne et distillée une seconde fois dans cet alambic aux rayons du soleil , vient gonfler le raisin. La transmutation instantanée n'est pas plus difficile ni plus mystérieuse que l'autre. Celui qui de rien a créé les substances et l'outil par lequel elles se transforment, peut les transformer sans employer l'outil. (1 , p. 125.)
80. — Après le sermon sur la montagne , Notre-Seigneur nourrit miraculeusement ceux qui l'ont écouté. Pourquoi ce repas tout matériel? Pourquoi cinq pains et cinq poissons afin de rassasier toute cette multitude?
Ne pouvait-il pas les rassasier d'une parole, et le miracle n'eùt-il pas été aussi grand? Ne pouvait -il pas faire apparaître des chariots de provisions conduits par les anges, ce qui eût été un miracle encore plus manifeste?
Mais pourquoi tous ces pourquoi, remplis d'impertinence et d'ingratitude? Il est assurément plus raisonnable de croire , plus doux et plus beau d'adorer et d'obéir.
Il faut absolument rejeter les miracles, attendu que les miracles prouvent le dogme, et que le dogme affermit la morale, et que la morale ainsi affermie condamne toutes sortes de choses que l'on ne veut pas condamner. (13, p. 61-63.)
81. — « Les Actes des Martyrs , dit- on, sont-ils bien authentiques? La critique de Tillemont a passé par là; elle n'y a pas laissé grand'chose. Tous ces miracles lui semblent fort extraordinaires. »
Tillemont fut janséniste, sectaire ardent. Gela fait broncher. Cela pousse à écarter les miracles pour cause d'extraordinaire.
Si l'on objectait contre un miracle qu'il n'offre rien d'extraordinaire, je concevrais l'objection et je Tétudierais.
Cet extraordinaire n'est que celui de l'établissement du christianisme. C'est un grand extraordinaire, j'en conviens. Mais est-ce que le christianisme ne s'est pas établi? Ou bien soutenez-vous qu'il s'est établi sans miracles? (22, p. 233.)
Au reste, lisez Tillemont : il vous accablera d'extraordinaire. Jésus appelle la multitude; il l'instruit par la grande voix du miracle, et il retire aux impies la funeste ressource de pouvoir croire que l'univers a été pris par quelques savants. Quand les savants sont venus, les douze pêcheurs avaient jeté le filet sur le monde. (22, p. 236.)
82. — J'entends dire : Si Dieu a fait des miracles , il n'en fait plus. Blasphème! Dieu les prodigue, au contraire, autour de nous, devant nous, en nous-mêmes. Seulement nous ne voulons pas les voir.
S'ils se passent dans l'ordre moral, nous détournons nos pensées. S'ils se passent dans l'ordre physique, l'analyse, la chimie, ou quelque chose que nous ne savons pas, nous en font bien vite raison. Pour nous tranquilliser à l'égard des uns et des autres, nous avons foison de professeurs, de belles paroles, d'heureux moyens, parmi lesquels hasard, fatalité, magnétisme, ne sont ni les moins clairs ni les moins concluants. 11 y a des choses inexplicables que de fort grands savants aiment bien mieux expliquer par la conformation du crâne que par la volonté divine. (27, p. 154.)
83. — Tous les jours Dieu fait faire des miracles par ses saints, parce qu'il a pitié du pauvre esprit de l'homme; et l'Église publie ses grâces afin d'en étendre et d'en prolonger le bienfait. Si plusieurs refusent la grâce, beaucoup tombent à genoux. Dieu ne songe pas uniquement aux gens de littérature et d'académie. Les âmes simples égarées dans l'impiété ne lui sont pas moins précieuses que les superbes , qui les y poussent et qui s'y enfoncent. Il envoie donc à l'œil simple les lumières devant lesquelles se ferme avec violence l'œil arrogant qui a trop cherché la nuit. (13, p. 64.)
84. — « Pourquoi des miracles à Lourdes? C'est à Paris , c'est à l'Académie des sciences qu'il en faudrait faire ! »
Il y a des raisons pour que Dieu se révèle aux humbles et se cache aux superbes : c'est de quoi Notre-Seigneur a hautement béni son Père.
D'ailleurs, à l'Académie des sciences, le flambeau ne leur a -t -il pas été donné par les mains de l'Église, comme à nous tous? Mais ce flambeau nécessaire, ils ont commencé par l'éteindre, et ensuite ils cherchent
sans trouver; ils connaissent tous les alphabets, et ils ne déchiffrent rien. Que penser de cette impuissance académique? Nous ne serions point éloignés d'y voir un miracle, le miracle approprié au lieu; miracle de la justice divine appesantie sur l'orgueil humain.
Oui, il se fait des miracles à l'Académie des sciences, et beaucoup et de très -grands! Tout incrédule en cet endroit est un miracle; et le miracle se renouvelle, on pourrait dire qu'il s'aggrave, chaque fois qu'une nouvelle profondeur de la puissance divine s'ouvre aux yeux de ces docteurs sans leur révéler l'existence de Dieu ; ou que voyant Dieu, ils en restent là, refusant de s'enquérir de sa volonté; forcés de le voir, refusant de le connaître, de l'aimer et de le servir; terrassés, non éclairés; chassés et enfoncés dans de plus profondes ténèbres par la lumière même, et poussant ce cri sourd et insensé de l'orgueil : Non serviam! David a dit du pécheur : « Il s'est promis en son cœur de pécher; il refuse de comprendre pour n'être pas forcé de bien faire. » (Ps. xxxv.) Voilà le miracle.
A l'Académie des sciences, le Dieu des sciences, méprisé des savants , voile en quelque sorte un côté de sa divinité et ne montre que sa sagesse. Ainsi, méprisé à Nazareth, Jésus de Nazareth, partout si prodigue de miracles, se contenta presque d'enseigner. Et non fecit ihi virtutes multas propter incredulitatem illorum ,
A CAUSE DE LEUR INCRÉDULITÉ. (14, p. 389.)
85. — Je crois tous les miracles reconnus par l'Eglise, tous ceux qui me sont attestés par des personnes dignes de foi. Rien ne me paraît plus naturel que le surnaturel. Ce que l'on appelle surnaturel, et qui l'est, ne me semble pas être autre chose que la manifestation naturelle de Dieu, qui intervient en maître au milieu de ses créatures. Il est naturel que Dieu soit maître de tout et fasse tout ce qu'il veut de tout ce qui lui appartient. (19, p. 405.)
86. — Certains publicistes admettent « les miracles de l'Évangile », mais ils demandent « qu'on n'y ajoute pas, et cela dans l'intérêt même de la foi. » Restons-en là, leur foi n'en saurait porter davantage. S'ils avaient vécu du temps de saint Bernard, ils auraient trouvé souverainement déplacé que saint Bernard rendît la lumière aux aveugles , l'ouïe aux sourds , la paix aux possédés, le mouvement aux paralytiques, la vie aux morts. Dans Vintérêt de la religion , ils se seraient empressés de livrer le tout à la risée publique. (19, p. 444.)
87. — Si l'Église, les Apôtres et le Sauveur ne font qu'un, si leur mission n'est pas terminée, si les mêmes incrédulités qui ont dressé le bois du Calvaire sont prêles à le dresser encore; si les mêmes passions émeuvent le cœur de l'homme, l'entraînent aux mêmes crimes, le retiennent dans le même aveuglement; si tant d'idolâtres et d'infidèles restent à baptiser sur la terre, si tant de baptisés restent à convertir..., pourquoi la miséricorde divine n'userait -elle plus des moyens qu'ellejugea nécessaires dès le commencement? Pourquoi ne ferait-elle pas des miracles spontanés? Pourquoi n'en accorderait-elle pas à nos prières? Dieu ne serait-il pas aujourd'hui dans son droit aussi bien que du temps des Apôtres? (19, p. 446.)