IX. INFLUENCE DU CHRISTIANISME
99. — Sauf la vérité catholique, qui est un roc sous nos pieds et un soleil sur nos tètes, que reste -t- il de stable autour de nous, et de lumineux devant nous? Politique , philosophie , morale même, c'est une fondrière et un brouillard. Tous y entrent à l'aventure, tous s'y perdent. De tous côtés le mystère, de tous côtés l'abîme. Où va-t-on? Quelle est la bonne voie? Où est la vérité? Où est la justice? Qui donne une solution possible aux problèmes du temps et de l'éternité? De tout cela, le catholique seul sait quelque chose : il a une loi dont il connaît l'auteur, un dogme qui défie toute discussion, une lumière qui brave la tempête, une réponse à tous les sphynx que Feafer pousse sur son chemin, un devoir toujours évident, une invincible espérance. (10, p. 11.)
100. — Les peuples chrétiens ont de la dignité humaine et de la justice un sentiment qui n'était point connu avant eux dans le monde , et qu'ils ne peuvent perdre entièrement. C'est comme une charte des droits de l'individu et des devoirs de la société, gravée en caractères ineffaçables dans la conscience de quiconque a reçu le saint baptême. L'Église, en ouvrant ses bras de mère à l'homme nouveau, ne le délie pas seulement de l'esclavage du péché; elle dépose en son àme un mystérieux principe de liberté qui le rend éternellement rebelle à l'esclavage de l'homme.
Si le glorieux germe acquiert son naturel développement, c'est-à-dire, si le cœur où il a été jeté, reste pur et fidèle , il fera plus tard un apôtre , un martyr, un libérateur. Si l'ivraie des passions arrête sa croissance, si l'oppression , jointe à l'ignorance, son instrument ordinaire, le force à se développer en quelque sorte sous terre, cherchant une issue détournée, il produira le terrible fruit des guerres sociales.
Le jour où le Sauveur, ceignant humblement ses reins d'un linge de ménage, lava les pieds de douze hommes du peuple qu'il avait choisis pour changer la face du monde, et leur déclara qu'il était venu pour servir, non pour être servi, ce jour -là les conditions anciennes du pouvoir furent changées; de maître il devint serviteur, et la démocratie fut inaugurée sur la terre. A dater de ce moment, Fhomme, admis par la réception des sacrements dans le sein de la société catholique, ne peut plus oublier qu'il est né libre, que Dieu l'a créé, l'a servi, l'a racheté et n'a cédé à personne ses droits de propriété sur lui. Il conserve l'instinct de cette vérité qui le relève, lors même qu'il n'en a pas la pleine intelligence : l'Église la lui remet sans cesse sous les yeux; elle combat, elle veille, elle souffre, elle verse ses sueurs et son sang pour lui porter partout, pour lui relire tous les jours les titres augustes de sa grandeur.
L'homme n'appartient plus à l'homme, il n'appartient plus qu'à Dieu, et Dieu veut que ceux d'entre les hommes qu'il place à la tète de leurs frères, les gouvernent par la justice, par l'amour et par la liberté. (7, p. 235.)
401. — Le christianisme a tout fait pour nous, pour le corps, pour l'esprit, pour le cœur. L'art chrétien parle une langue que je puis comprendre, m'oiïre des consolations que je puis goûter. C'est pour moi qu'il a bâti les cathédrales ; ces palais de Dieu sont mes palais, et la terre n'en voit point s'élever de plus magnifiques.
Huit jours ne s'écoulent jamais sans que la religion me donne une fête pleine de leçons et d'espérances sublimes. Dès la veille, les joyeux tintements de la cloche m'annoncent le jour du repos et de la liberté. Je me rends à l'église avec ma femme, avec mes enfants, avec mes voisins, avec mes maîtres, ou plutôt ce jour-là et dans ce lieu, je n'ai pas de maîtres; Dieu ne reçoit chez lui que des égaux. On me parle, on nous parle à tous de vertu, de charité, de gloire; et nonseulement je n'envie point le sort des puissants de la terre, mais j'apprends même à préférer le mien. Si la route où la Providence m'a placé, semble la plus âpre , elle est aussi la plus courte et la plus sûre pour arriver au ciel. Si je suis pauvre, si je suis humilié, je vois mon Dieu dans la crèche, je le vois battu de verges et couronné d'épines, je le vois sur la croix. Du haut de la croix, plus opprimé que je ne puis l'être, lui, le Juste, m'appelant son frère et son enfant, me jetant de tendres regards et m'ouvrant ses bras, il me dit : Heureux ceux qui pleurent l Et de mon cœur la prière et l'amour s'épanchent, plus suaves que l'encens brûlé devant les autels. Cette douceur de Dieu me suit partout. Monuments, tableaux, statues, l'art chrétien n'écrit pas une page qui ne soit un écho des promesses célestes. Ici les combats et les victoires des saints, là l'aimable sourire et la souveraine assistance de la bonne Vierge; partout l'admirable image du Rédempteur, de l'Homme-Dieu, du Père des pauvres, toujours humble, toujours doux, toujours miséricordieux, terrible aux seuls méchants, et dans sa sévérité ne leur demandant, pour les aimer, que de l'aimer lui-même et de se repentir. ( 8, p. 60.)
102. — Il n'y a point d'interrègne dans l'Église; elle a toujours une autorité, toujours une constitution, toujours une main qui la dirige; elle marche, elle opère toujours; elle bâtit pour les siècles en quelques années de liberté. Elle réalise sans bruit, dans les conditions
humaines, les améliorations que la politique propose et promet vainement; elle donne satisfaction aux besoins des peuples et les désabuse doucement de leurs chimères. Elle répare sans détruire, elle transforme sans briser. De ces débris et de ces décombres où nous nous perdons, les gouvernements ne peuvent faire que de la cendre et de la poussière; l'Église en fera des temples, des palais et des demeures. (9, p. 220.)
403. — La connaissance de Dieu, ce pain de chaque jour; l'amour de Dieu, ce repos de toutes les heures; la prière enfin, cette espérance de tous les instants, cette inépuisable richesse, ce secours infaillible! C'est là le trésor du pauvre, c'est là l'égalité , c'est là l'ordre, la fortune, la joie. C'est là tout ce qu'il faut, ce qu'aucune charte ne donnera jamais. (25, p. 23.)
104. — La religion seconde nos bons mouvements , elle combat les mauvais: elle annonce des punitions plus fortes que toutes les séductions du mal ; elle promet des récompenses plus grandes que tous les sacrifices; elle met la lumière dans les idées, la paix dans le cœur; elle s'applique à l'âme, comme un vêtement dont les mesures sont justes, qui touche partout et ne gène nulle part. (31, p. 285.)
105. — L'esprit de foi est notre salut; il sera le salut de l'humanité. C'est pour l'avoir étouffé que les sociétés tombent; elles ne se relèveront et ne renaîtront qu'avec lui. Lui seul inspire et soutient les dévouements sans nombre que nécessitent les misères inhérentes à la condilion humaine; lui, en donnant satisfaction et soulagement à ces misères, contient, apaise, supprime dans la foule des petits et des derniers d'ici -bas, les révoltes formidables de l'orgueil, de l'envie, du désespoir. ( 31, p. 361.)