‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 38 sur 216 · VI. ETABLISSEMENT DE l'ÉGLISE ; SA FÉCONDITÉ · texte numérisé non relu

VI. ETABLISSEMENT DE l'ÉGLISE ; SA FÉCONDITÉ

449. — Pour apôtres de sa loi, si sévère aux passions de l'homme, le Sauveur Jésus-Christ n'a voulu qu'un petit nombre de gens faibles, simples, désarmés, auxquels il ne permit d'employer d'autres moyens de conquête que la parole, la liberté et l'exemple persuasif de leur vertu. S'il y ajouta le don des miracles, le plus grand miracle dont ils étonnèrent le monde fut leur patience à supporter tous les maux , à pardonner toutes les in-

jures , à braver tous les supplices. Ils n'étaient pas cent lorsque , portant la besace du mendiant et le bâton pacifique du voyageur, ils sortirent de Jérusalem à pied avec la mission d'instruire tous les peuples, c'est-àdire de leur faire adorer les plus impénétrables mystères, de leur faire pratiquer les plus héroïques vertus, et d'apprendre à tout homme sur cette terre l'art suprême de mourir à lui-même pour conquérir dans une autre vie les chastes et incompréhensibles ivresses d'une éternelle contemplation. (3, p. 138.)

150. — Notre-Seigneur Jésus-Christ veut asseoir un empire sur la terre en proie à la force; il a la force dans les mains, et il la brise. Il veut attirer à lui le monde ; il prend le contre-pied de tout ce que cherche le monde, il est et il s'appelle le crucifié. Il lègue à douze ignorants cette croix pour tout héritage; il leur enjoint de la présenter au genre humain; ils le font, et ils triomphent; et cela est fait en moins de temps que le plus puissant empire n'a fini d'étouffer la nationalité d'une peuplade conquise. Les idoles tombent ; une nouvelle humanité se lève ; la parole toute seule de Jésus opère un tel miracle. C'est la parole de réconciliation , qui remet tout en ordre et en paix, l'homme avec Dieu, l'homme avec l'homme, l'homme avec luimême. Elle change tout dans la société, dans les esprits, dans les cœurs; elle illumine toutes les ténèbres, elle féconde toutes les stérilités. L'homme désormais sait où il va ; il se sent maître de sa route et sûr de son but. Il a été fait « participant de la nature divine. » C'est saint Pierre qui dit cette chose immense , et l'homme le croit et le comprend; et dans cette hauteur où il monte, il devient humble et doux; et la faculté sublime de l'adoration, jusqu'alors si déplorablement abusée, se développe suivant sa nature et couronne la terre de la radieuse lloraison des saints. (1, p. 480.)

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