‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 41 sur 216 · Ni le Pape, ni ceux qui l'entourent ne croient · texte numérisé non relu

Ni le Pape, ni ceux qui l'entourent ne croient

que les destins de la papauté sont finis. L'Europe politique méprise fort ce qu'elle appelle « les congrégations romaines, » sans savoir bien au juste ce que c'est. Mais les étonnements de l'ignorance et les négations de l'orgueil n'empêchent pas la science de savoir, la piété d'espérer, la foi de persévérer. (21, p. 197.)

157. — Le Pape n'est désarmé que comme toujours. La prière lui reste, Dieu lui reste. Si la justice et la raison peuvent suffire à le défendre , la raison et la justice parlent pour lui ; s'il faut la force, le canon rayé n'a pas détrôné la foudre. (21 , p. 197.)

158. — Tant de puissants abattus, tant d'empires gigantesques détruits, tant de fortes institutions ensevelies sous les poussières des âges, nous disent assez que, si l'Église subsiste depuis tant de siècles, c'est qu'elle a trouvé grâce devant la souveraine justice, qui ne fait grâce qu'à la vertu. Dieu a continuellement puni le monde : sa main redoutable a creusé aux plus puissants peuples des précipices que n'a pu combler leur grandeur foudroyée. Au milieu de ces ruines que voyez-vous? L'Église, toujours debout, toujours vivante, toujours jeune, sur la pierre où Dieu l'a édifiée. Qu'est devenu l'empire de Tibère? Où est l'empire de Charles- Quint? Celui de Bonaparte, où est-il? Tous se sont rués contre l'Église; tous, en fondant sur elle de leur poids immense, s'y sont brisés et ont environné de leurs débris le temple où prie un vieillard en cheveux blancs. (36, p. 121.)

159. — Chaque siècle, ou plutôt chaque génération, apportant son tribut de rudes épreuves, a laissé aux générations suivantes une de ces démonstrations toujours recommencées, toujours victorieuses. Les ennemis de l'Église n'ont qu'un rôle bien net ici-bas : ils travaillent à prouver la divinité de l'Église. Ils prolongent, ils entretiennent, ils fortifient ce miracle plus

grand que tous les siens, dont Jésus-Christ a laissé la promesse et la puissance à ses apôtres : ce miracle de la durée de l'Église, plus incompréhensible que le miracle de sa fondation. (15, p. 337.)

-160. — Humiliez la mer du poids de vos vaisseaux, et effrayez la terre du bruit de vos armées : la terre et la mer sont au Seigneur; une seule barque est assurée de ne point faire naufrage ; Pierre est le seul souverain qui gardera sa couronne. (14, p. 170.)

161. — Depuis que l'Église est née du sang de Jésus- Christ, elle seule existe véritablement sur la terre. Tout se fait pour elle ou contre elle avec une énergie aussi durable que son éternité. Elle est le bien; le mal ne vit que pour la combattre. (16, p. 42.)

162. — Sans vouloir offenser, nous pouvons bien dire que ce n'est pas nous, catholiques, qui mourrons les premiers. Nous portons un nom qui nous assure longue vie; malgré notre état chétif, nous nous appelons le Catholicisme. Nous possédons des ressources de tempérament dont les dynasties et les institutions humaines n'ont point encore dérobé le secret. On nous blesse, on nous enchaîne, on nous tue... Nous ne sommes pas morts. Le temps rouille et dissout nos chaînes, sans porter atteinte à notre invincible vie; notre sang, lorsqu'on vient à le répandre , noie les bourreaux. (5, p. 188.)

163. — Bien des fois l'Église a vu les vents secouer la mer de ce monde ; mais elle connaît la puissance de Celui qui veille lorsqu'il semble dormir. Elle l'invoque, et soit qu'il apaise soudain l'orage, soit qu'il le laisse suivre son cours, la barque menacée ne sombre pas. Au contraire, la tempête elle-même la protège par les naufrages qu'elle multiplie en voulant la submerger; et Pierre, debout à la place du Maître, gouverne, dans les

périls, avec une fermeté que ne peut troubler aucune terreur. (1, p. 153.)

104. — Crucifier le Pape n'est pas détruire la papauté ; c'est même le contraire. (7, p. 31.)

165. — Prendre du sang au catholicisme , c'est ce qu'on a toujours pu faire et ce que l'on pourra toujours; mais on ne lui prend pas la vie; au contraire, le sang qu'on lui enlève le féconde. Ne le voit-on pas aujourd'hui plus fort qu'avant la Révolution? Quelle institution, autant que lui et aussi vite, s'est relevée de cette ruine universelle? Il fut de tous les émigrés le premier qui reprit possession de ses domaines; il est le seul qui ait recouvré la partie essentielle de ses droits anciens. (6, p. 543.)

166. — Comme le Saint-Siège a des inspirations et des lumières d'en haut contre la ruse, il a des secours d'en haut contre la crainte; et sa propre histoire suffit à lui rappeler que son vaisseau frêle est le seul que Dieu ne laisse pas sombrer. Pour vaincre la tempête , il n'a qu'à ne lui pas faire le sacrifice qu'elle demande. (15, p. '29.)

167. — Près de trois cents évêques sont maintenant à Rome (1802). C'est un grand spectacle dans Rome, et le spectacle de Rome en est plus grand. Beaucoup de méchants disent : « Qu'importe, et que peuvent ces vieillards et leurs vains discours? Tous ensemble ne sauraient pas tenir une minute contre un demi-peloton de fantassins. »

Pardonnez-moi, Messieurs, ils tiendraient. Mourir, c'est ce qu'ils appellent tenir. Vos fantassins, on les a lâchés sur eux plus d'une fois depuis deux mille ans, toujours munis d'armes supérieures au bâton pastoral. Ces vieillards ont tenu; ils sont morts, et les voici. Pensez-en ce que vous voudrez, vous avez devant vous les vrais rois de la terre. (22, p. 380.)

168. — Nos basiliques n'ont pas encore croulé, et si un acte de démence impie les renverse, en tombant sur l'autel elles ne l'écraseront pas. Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera demain, seul souvenir du passé, seule force du présent, seule sécurité de l'avenir. Rien de ce qui se fait sans lui ne subsiste, rien de ce qui se fait contre lui ne dure, rien de ce qui se fait avec lui ne peut périr. (9, p. 117.)

169. — Ane compter que les moyens humains, nous avons ce qu'il faut pour vaincre; et si vraiment nos ennemis s'épouvantent, ils ont raison, car ils seront vaincus. Pour combattre l'Église, il leur a fallu faire des lois d'iniquité, dont nous saurons équitablement nous servir. Nous ne puiserons que dans leur arsenal, et nous n'y prendrons que la loi. Nous leur laisserons la fraude et la tyrannie. Nous userons de nos droits de citoyen , nous userons de la presse; et si Dieu permettait que, par un dernier effort, ils parvinssent à nous enlever ces armes puissantes, dans le silence et le secret de nos âmes il nous resterait la prière : ce serait plus qu'il ne faut.

Dix-huit siècles ne leur ont pas appris à quel pouvoir ils s'attaquent : soit! Ces dix -huit siècles nous laissent sans inquiétude, en ce qui nous concerne, sur ce qu'ils peuvent et ce qu'ils sont. Ils ne veulent pas que nous soyons libres; nous serons libres, parce que Dieu le veut. (5, p. 54.)

170. — Dieu ne permit pas aux flots du déluge de submerger l'arche, et depuis dix-huit siècles cette figure de la barque de Pierre n'a point trompé la foi des chrétiens. Ils n'étaient que douze qui entreprirent de soumettre le monde au Crucifié; le monde se soumit, le Crucifié régna pour l'éternité. Souvent il a permis à son éternel vaincu de lui disputer l'empire ; l'enfer a maintes fois vomi ses déluges, comme la colère du Ciel avait laissé tomber le sien ; l'enfer n'a pu prévaloir :

il a renversé les murailles et déraciné les chênes, roulé et broyé pêle-mêle la houlette du pasteur et le sceptre du roi; mais, dominateur immense de l'immensité, toujours il a vu ses flots, esclaves de la promesse éternelle, porter l'humble esquif où triomphaient la parole de Dieu et la vie.

Voilà nos souvenirs de dix-huit siècles, notre histoire d'hier, notre histoire de demain. Quand on nous menacerait de rompre toutes les écluses, nous savons que l'Océan n'a point assez d'eau pour submerger la nacelle du Pêcheur, et que c'est son destin d'être ballottée. (5, p. 126.)

171. — On entend des voix qui demandent des miracles; mais ceux-là mêmes ne les veulent point voir. Dieu les sert à leur gré. Ils ont et ils auront ce miracle de l'invincible durée de l'Eglise ; miracle au milieu duquel ils vivent , dont ils sont eux-mêmes les principaux instruments et qu'ils ne voient point. Lorsqu'on le leur montre, ils font de beaux rires; mais il y a longtemps qu'ils rient, et l'Église subsiste; elle marche, laissant derrière elle des pierres tumulaires qui marquent la fin des plus longues et des plus fières destinées.

Le miracle de son établissement s'est renouvelé bien des fois, rarement avec plus d'éclat que de nos jours. Il y a soixante-cinq ans, où était l'Église, où était son chef, où étaient ses prêtres, où était son peuple? On a ri beaucoup de l'Église en ce temps-là. Elle s'est rétablie telle que nous la voyons, sans avoir répandu d'autre sang que le sien. (15, p. 540.)

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