‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 42 sur 216 · VIII. MANIERE DAGIR DE L EGLISE · texte numérisé non relu

VIII. MANIERE DAGIR DE L EGLISE

172. — L'Église sait ce qu'elle fait, et fait ce qu'elle doit faire. Les événements se pressent sans la trou^ er plus indifférente qu'elle ne doit l'être, ou plus empres-

sée qu'il ne convient. Elle ne cherche pas la persécution, elle ne décline pas le devoir. Désarmée au milieu de ces révolutions violentes , dont aucune n'est son ouvrage, elle donne la mesure de la soumission aux faits accomplis; elle y cherche les avantages que la société en peut tirer; elle attend qu'il lui soit possible d'enseigner comment il en faut combattre les inconvénients et prévenir les dangers. Toujours à l'œuvre pour corriger et améliorer ; elle ne rejette que ce qui est radicalement mauvais en soi; elle -ne résiste que quand le péril de la foi l'exige. Aucune de ces révolutions qu'elle subit, qu'elle accepte, qu'elle peut môme saluer lorsqu'elles la délivrent d'un péril certain , ne lui fait saluer, ni accepter, ni subir des principes qui ruineraient l'orthodoxie et les moeurs.

Son rôle en ce monde n'est point de mourir pour les gouvernements, mais de vivre en paix avec eux et de leur survivre, les aidant à conduire les peuples et leur demandant de l'aider à les sauver. Elle ne se retire jamais, parce que peuples et gouvernements ont toujours besoin d'elle, particulièrement lorsque leur folie s'irrite davantage contre elle et contre son action. Elle reste là, elle attend qu'on la chasse, c'est-à-dire qu'on la tue. (9, p. 481.)

173. — L'Église est la voie, la vérité et la vie ; elle ne règle pas son chemin d'après la boussole affolée des entreprises humaines; elle n'a point à chercher en dehors d'elle-même la lumière, la force, les infaillibles gages du triomphe; elle les donne à ceux qu'elle bénit: Tu vaincras par ce signe. Or les enfants n'ont point traité avec elle, ils ont reçu sa loi; elle ne s'est point attachée à leur parti, ils se sont mis du sien. Parfois ils ont vaincu pour l'Église avant d'être ses enfants. Ib accourent victorieux et chargés des fruits du combat. Que dit l'Église à ce triomphant en qui se résume la puissance du monde : « Courbe la tète, brûle tes dieux, adore le mien. » (7, p. 497.)

174. — La coutume est de crier contre l'indolence du gouvernement pontifical. Injure ignorante. On n'a pas partout le moyen de maçonner comme à Paris, il est permis de n'en avoir pas le goût, et ce n'est point la maçonnerie qui met le ciel sur la terre, même pour les maçons. (34, p. 12.)

175. L'art des Papes n'a jamais été la pratique d'aucun autre gouvernement. C'est le sentiment du devoir poussé jusqu'au sacrifice de tout repos, jusqu'au mépris de tout péril, jusqu'à l'abandon de tout intérêt terrestre. Sans légions, quelquefois sans asile, les Papes sont devenus les dominateurs de l'Europe en ne trahissant jamais la cause des opprimés, en ne livrant jamais à la puissance humaine la vérité confiée à leur garde, en ne désespérant jamais de l'assistance de Dieu. (16, p. 87.)

176. — La politique constante des Papes c'est d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes; ne pas craindre celui qui ne peut tuer que le corps, mais Celui-là qui peut tuer l'ame ; accorder protection à tout droit outragé ; faire dominer dans la société tous les droits de Dieu, source unique et seuls garants des droits de l'homme. Telles sont les maximes qui ont assuré l'étonnante prépondérance de ce pouvoir désarmé. (16, p. 89.)

177. — L'Église sait qu'il y a des esprits de travers : elle est bonne et patiente pour eux, et leur lâche de la courroie jusqu'aux dernières limites du possible. (22 , p. 406.)

178. — L'Église souffre ce qu'elle ne peut pas empêcher, et sa conduite vis-à-vis des sociétés modernes ne prouve pas plus en faveur de la constitution de ces sociétés, que sa conduite en Turquie ou en Chine ne prouve en faveur de l'état social des Chinois ou des Turcs. Que la liberté de conscience et des cultes soit devenue une nécessité en France et ailleurs, personne

ne le conteste. Que les gouvernements soient obligés d'en subir les conséquences comme tout le monde et comme l'Eglise elle-même, on le reconnaît. Mais de la à reconnaître que ceux dont les fautes amenèrent cet état de choses ne furent pas coupables, ou qu'en soi cet état de choses est l'état normal , régulier, légitime des sociétés humaines, il y a un peu loin. Pendant des siècles , l'Eglise a maintenu dans les sociétés chrétiennes un état contraire , et alors elle n'était pas , comme aujourd'hui, en dehors de la société et absente du gouvernement : il y avait union étroite entre elle et la puissance temporelle; le roi était l'évêque du dehors, le protecteur et le bras de l'Église, dont les lois, partout reconnues, se trouvaient partout appliquées. Croiton que, par condescendance pour les erreurs et les préjugés du temps, l'Église puisse jamais consentir à flétrir ce long et glorieux passé? (15, p. 55.)

479. — Pour soutenir le combat contre le monde , l'Église n'a jamais dit que deux mots, mais deux mots qu'elle a scellés de son sang. A ceux qui voulaient commettre l'injustice, elle a dit : Non licet;kceux qui voulaient la rendre complice de l'injustice , elle a dit : No7i possumus. Avec ces deux mots elle a vaincu la foule innombrable des oppresseurs et des iectaires qui ont entrepris de persuader aux hommes que tout leur était permis, afin de pouvoir eux-mêmes se permettre tout. Par ces deux mots, le droit et la justice sont restés inébranlables sur la terre. Rien n'em^pêchera la conscience humaine de savoir qui les a maintenus. (46, p. 498.)

480. — Tout ce que l'Église fait est plein de magnificence et de hardiesse, et telle est parfois l'étrange grandeur de la chose, qu'elle semble n'être qu'un pur élan du cœur ou de l'esprit, un rêve de l'homme exalté jusqu'au plus inconcevable délire, une construction de nuages qui ne repose sur rien. Mais regardez : vous reconnaissez aussitôt une structure aussi savante que

solide; tout est bâti comme le dôme de Saint- Pierre; depuis la première assise posée sur le sol jusqu'à la croix posée sur le faîte , tout se tient , tout se lie et tous les matériaux sont éprouvés. Etudier la foi, quel inénarrable contentement de la raison ! ( 22 , p. 402.)

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