XIV. LE pape; ce quil est
209. — Voici l'homme qui n'est pas semblable aux autres, qui n'est pas né pour les œuvres communes. Dans une chair réservée à la mort, il porte comme nous un esprit exposé à l'erreur, mais non pas cerné dans toutes nos limites et soumis à toutes nos défaillances. Dieu lui est lié par un serment solennel. Il est l'homme à qui le Sauveur a dit : Je suis avec toi. Ici la chair mortelle
enferme plus d'immortalité qu'en nous; l'esprit contient plus d'élément divin. Celui-ci est Pierre, qui ne meurt pas et qui ne se trompe pas. Faible, moqué, crucifié comme l'Homme de douleur, invincible commel'Homme- Dieu, dans les conditions du Calvaire il continue l'œuvre du Calvaire; il la poursuit depuis dix-huit siècles à la face des hommes prosternés devant le miracle, ou stupéfaits et furieux devant le problème. Il enseigne, il expie, il délivre, il meurt, il règne ; il tient les clefs du ciel , et le ciel est ouvert ou fermé par ses mains.
Il porte un nom incommunicable ; il est le Pape, le Père. Toute langue, même rebelle , le nomme ainsi et ne nomme ainsi nul autre. Sa royauté paternelle , la plus ancienne qui soit au monde, est tout ensemble la plus contestée du temps , la plus assurée de l'avenir. La haine de ses ennemis en convient avec l'amour de ses enfants. Ses enfants couvrent la terre, mais disséminés , défaillants , réduits comme force active à une poignée; ses ennemis, au contraire, sont puissants, ardents, coalisés, munis d'armes souveraines. Ils désirent et ils prophétisent la chute de la papauté. D'où vient qu'ils désespèrent? D'où vient que la papauté, environnée de pièges , pressée de soldats , meurtrie de coups et de dérisions, ne voit nulle terre ennemie qu'elle n'espère conquérir? C'est le miracle, c'est le problème; c'est le triomphe permanent et toujours incompréhensible de l'Homme de douleur. (22, p. 425.)
210. — Pierre ! Rangée derrière lui , réveillée à sa voix , émue d'admiration et d'amour, et le saluant des titres magnifiques que lui donnent les docteurs^, la catholicité le nomme encore Moïse, le Patriarche universel, le Père des pères , V Héritier des Apôtres, la Bouche et le Chef de Vapostolat, le Refuge des êvèques, le Pasteur de tous les pasteurs, le Lien de Vunité! Lorsque le choix de Dieu l'eut tiré de la foule, le premier cardinal - diacre , en présence du peuple, prononça ces paroles suprêmes : « Reçois la tiare aux
trois couronnes ; tu es le Père des princes et des rois , le Pasteur de l'univers, et le Vicaire, ici-bas, de Notre- Seigneur Jésus-Christ. » (32, p. 7.)
211 . — Le Pape n'est pas un de ces hommes « qui se font appeler seigneur, » parce qu'ils portent sur la tête un bandeau que la force peut déchirer. Il est celui que Dieu a choisi pour être la représentation vivante de la miséricorde et de la justice ; celui que Dieu a orné de la couronne qui ne roule pas sous les pieds de la sédition , qui ne tombe pas dans les gouffres de la mort. (21, p. 8.)
212. — Il y a un homme devant qui les plus grands par la vertu, qui sont aussi les plus fiers, se mettent à genoux ; ce n'est ni le prince de la force , ni le prince de l'or; c'est le prince de la foi.
Il y a un roi , un seul , qui peut répondre devant les hommes de la solidité de son trône, c'est le Pape.
213. — La barque où Jésus monte pour enseigner est celle de Pierre ; là se disent les paroles qui enfantent la foi. De cette barque Jésus enseigne la foule, de cette barque il instruira les nations.
Dans l'ancienne Écriture , la nacelle de Pierre est figurée par l'arche de Noé, qui monte davantage à mesure que les eaux se multiplient et sont plus secouées du vent. (l,p. 135.)
214. — Les Papes sont comme la présence réelle du Saint-Esprit sur la terre, suggèrent > maintiennent, suivent à propos , tantôt avec patience , tantôt avec ardeur, toutes les questions, tous les principes qui importent au salut de l'humanité. (12, p. 479.)
215. — C'est le Pape qui guide Israël , plus nombreux depuis qu'on l'a décimé. Devant lui s'ouvrent
les flots; à sa voix les rochers se changent en sources d'eaux vives; il rencontre Madian et Amalec, il élève ses mains sur la montagne, et sa prière donne le gain du combat. Il est révéré, aimé, obéi de l'élite du genre humain dans toutes les terres connues ; il met la main à tout ce qui se fait de plus grand dans ce monde; et lorsqu'il a cessé de vivre, les lois émanées de son infaillible sagesse sont portées et reçues chez des peuples que le génie actif de notre époque cherche encore parmi les espaces de l'Océan. (6, p. 294.)
216. — La force de la papauté n'est pas dans tel ou tel pays; elle est en elle-même et dans la parole de Dieu. (15, p. 419.)
217. — Il n'y a pas de force au monde qui n'échoue devant la conscience d'un seul homme.
La force, en admettant que Dieu voulût en permettre l'emploi; la victoire, en admettant que Dieu la donnât à ses ennemis; le monde entier, en admettant qu'il devînt assez fou et fût assez abandonné à sa folie pour se conjurer contre le dernier élément d'ordre et d'autorité morale qui lui reste, ne sauraient jamais faire du Pape qu'un martyr. Pour forcer sa conscience, pour la contraindre à une abdication criminelle, il n'y a pas assez d'armées sur terre ni de séduction dans la vie. (8, p. 282-285.)
218. — Le Pape, vicaire de Jésus-Christ, est comme lui élevé sur un calvaire. Le serviteur n'est pas mieux traité que le maître. La première terre sainte n'a presque pas cessé d'être au pouvoir des infidèles; la seconde a été sans cesse troublée et ensanglantée par la fureur des mécréants. Beaucoup d'actes souverains du chef de l'Église romaine ont été datés d'un lieu d'exil. L'histoire des papes n'est qu'un long récit de persécutions. Seulement , ici ou là , toujours Dieu , affermissant la constance de ses pontifes, prit soin de
leur susciter à temps des défenseurs et des vengeurs. (11, p. 152.)
219. — De son trône sublime, toujours battu d'orages formidables, Pierre, vivant dans son successeur, investi de tous les privilèges que Jésus-Christ lui a donnés, gouverne les pasteurs et les troupeaux, enseigne, redresse, lie et délie, commande aux intelligences, dirige les âmes. Vainement l'orgueil conteste ou se révolte, en appelle au sophisme, à la ruse, à l'injure, à la force brutale, et quelquefois sépare tout un peuple et tout un empire ; ceux que l'ennemi entraîne dans les ténèbres conservent un souvenir et un besoin de la lumière qui les ramèneront. Pierre, assuré de l'élite du genre humain, définit Terreur, et reste le roi de la vérité. Il n'y a pas de main assez forte pour abolir ses lois. Sa parole est la digue immuable que la mer affolée peut bien couvrir d'écume, mais ne peut pas emporter ni franchir. Il voit sans trembler le furieux effort des révoltes, il écoute sans pâlir leur clameur immense, et se tournant vers son peuple il bénit deux cents millions d'âmes, dont VAmen fidèle, éveillant tous les échos de la terre , couvre à la fois la protestation de l'hérétique , la négation de l'incrédule, et le cri de la brute, qui hurle d'obéir. Tel est aujourd'hui ce pouvoir de Pierre, contre lequel, depuis Néron , se sont tour à tour et tous ensemble conjurés tout ce que l'espèce humaine a produit de géants. Il a vaincu Néron, Arius, Mahomet, Luther et Voltaire; il enibrasse le monde connu; il est établi sur deux cents millions d'âmes ; et ses conquêtes ne sont pas encore finies , car la plénitude des nations entrera dans son bercail. (16 , p. 48. )