‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 48 sur 216 · XV. MISSION DU PAPE · texte numérisé non relu

XV. MISSION DU PAPE

220. — La raison humaine ne fut jamais plus révoltée contre le Dieu de la Croix et ne nia jamais avec plus

d'obstination ses droits sur le monde, jamais son scandale ne fut plus grand. Elle peut se dire qu'elle a tout vaincu. Ce qui n'est pas détruit, elle l'a changé à sa guise. Elle a renversé les institutions, façonné les esprits, paralysé les cœurs. En rompant avec l'ordre surnaturel , ses lois ont proclamé la déchéance du Dieu- Christ, dont sa science a nié la divinité et jusqu'à l'existence historique. Elle a imposé à la terre un droit de sa fabrique, le droit de l'homme, appelé plus tard le (,< droit nouveau » , et qui est simplement le droit de son caprice. Armée de ce droit, elle a nié et méprisé tout droit antérieur, tout droit de la terre et tout droit du ciel. Elle a violemment dépouillé les rois de leur couronne, les peuples de leur nationalité, les individus de leur propriété, les autels de leur liberté. Ses sophismes corrompent par la peur les âmes où ils n'ont pas éteint la lumière; toute résistance est vaine. Jamais despote plus insolent n'a dit à la conscience : Tais-toi ! ou ne l'a livrée avec plus de dédain aux huées des sicaires. Qui donc arrête encore la raison humaine, et pourquoi, ayant tout vaincu, n'a-t-elle pas tout emporté?

Un seul homme se dresse devant elle sur les débris de la civilisation chrétienne , l'empêche d'en disperser la poussière , et maintient parmi ces ruines l'esprit qui peut tout renouveler suivant les traditions éternelles , sous les ailes de la Croix. Cet homme pacifique dit no7i à la raison humaine séparée de la raison divine; non à son droit nouveau; non à ses entreprises forcenées contre les droits des peuples et contre les droits de Dieu, que l'on annule en les séparant, et dont il est la véritable et complète expression. Dans sa faiblesse, invaincu jusqu'à présent, il garde ce qui ne pourrait périr sans que le genre humain se vît aussitôt replacé sous la dent envenimée du despotisme antique. (22, p. 425.)

221. — Les desseins traversés et déjoués par les papes tendaient directement, et sans exception, à la ruine du christianisme. (10, p. 08.)

222. — La citadelle de la civilisation est à Rome : Dieu a mis dans cette citadelle un esprit et un cœur capables de la garder. Le Pape est l'ancre de salut qui préserve du naufrage les fécondes vérités sur lesquelles repose l'ordre social. Il les sauve des mains sanglantes qui promènent le meurtre et la désolation sur la terre ; il les sauve de l'épée orgueilleuse qui vient plus tard , quand l'œuvre des mercenaires est finie , frapper, flageller, repousser dans l'obscurité de leur bassesse native, ces sauvages repus d'assassinats.

Le Pape dans l'exil, dans les catacombes, sur la croix, a la force de Celui qu'il représente, et qui a été, lui aussi, fugitif, prisonnier et mis à mort. A travers ces épreuves, il resté le chef puissant de l'immortelle Église, ne cessant de répéter cette parole, qui a coûté la vie au premier de ses prédécesseurs et qui sauvera le monde : « Ne vous y trompez pas; il n'y a de salut pour les hommes que dans le nom de Jésus ; il n'y en a pas d'autre. » ( 7, p. 25.)

223. — Les Papes savent qu'ils sont dans le monde pour faire l'impossible quand l'intérêt des âmes le demande; c'est la volonté de Dieu, ce sera l'œuvre de Dieu. Ils engagent le combat contre toute espérance de succès, un autre le reprend, un autre encore. Les défaites se succèdent et s'accumulent; et un jour, quand tous les héros sont morts, l'ennemi victorieux vient trébucher sur leurs cercueils. (21, p. 121.)

224. — Les Papes, travaillant sans cesse à mettre la société civile en harmonie avec l'Évangile, ont sans cesse poursuivi l'idéal du gouvernement chrétien; et de même leurs adversaires, travaillant sans cesse à faire dominer la volonté de l'homme, ont sans cesse poursuivi l'idéal du gouvernement païen. (16, p. 08.)

225.' — Autrefois, quand l'Europe était vraiment une famille, la famille chrétienne, un arbitrage gêné-

rai était possible et régulier. Le père de famille, le Pape, était arbitre entre les enfants; ses décisions, toutes paternelles et toutes de principe, réglaient les difficultés de rois à peuples et de nations à nations. La force ne se rendait pas toujours immédiatement au droit, mais le droit était la grande force. (15, p. 390.)

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