‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 49 sur 216 · XVI. DESTINEE DE LA PAPAUTE · texte numérisé non relu

XVI. DESTINEE DE LA PAPAUTE

226. — Lorsqu'il s'agit Rome et de l'Église, on ne doit pas oublier qu'il y a deux horizons : l'un bas et terrestre, l'autre plus haut, plus profond, tout céleste et qui ne perd jamais sa sérénité.

Jetons un regard sur cet horizon céleste. L'Eglise ne cesse pas de le voir, et comme aucun orage ne lui peut dérober cette lumière, aucun ne l'empêche de se diriger vers ce repos. Elle marche, elle avance invinciblement, sans risquer d'abandonner la route, sans redouter une atteinte mortelle. La foudre ne tombera que sur ses ennemis; eux seuls resteront dans les précipices qu'ils obligent à traverser.

L'Église sait bien que sa vie est laborieuse , elle a eu le temps et l'occasion de l'apprendre.. De Jésus -Christ à Pie IX, du Golgotlia à Gaëte, il y a plus de dix-huit siècles. Entre ces deux calvaires, où furent les jours, nous ne dirons pas heureux, mais tranquilles? Le Pape se nomme aujourd'hui Pie IX: il s'est appelé Pierre, et il a été crucifié la tète en bas. Il s'est appelé Clément, Alexandre, Sylvestre, Léon, Grégoire: sous tous les noms qu'il a portés, il a vécu dans les catacombes, il a été exilé, prisonnier, fugitif, calomnié, mutilé, supplicié. Les empereurs d'Allemagne, après ceux de Byzance, ont lancé contre lui leurs armées, ont prétendu lui prendre sa couronne, comme ils lui avaient pris sa terre et ses sujets. Un roi de France l'a souffleté dans l'exil; d'autres l'ont insulté dans

Rome; d'autres l'ont fait diffamer dans le monde par leurs jurisconsultes, par leurs écrivains, par leurs apostats. Autant en ont fait les séducteurs des peuples, communiquant le fiel aux multitudes abruties. Ce pape a épuisé l'insolence de Luther et l'insolence de Voltaire, et l'effort de toutes les brutalités, et la bassesse de toutes les trahisons , et vidé mille fois, jusqu'à la lie, le vas3 toujours plein des iniquités humaines. Pie VI est mort à Valence , pendant que la canaille le sifflait sur les théâtres de Paris. Pie VII était captif à Fontainebleau, et il y avait alors un autre roi de Rome. Pie IX a dû chercher un refuge dans l'exil contre des séditieux et des assassins qu'il avait pardonnes.

Voilà l'histoire de la papauté ; mais elle a deux faces. Le Pape est revenu de Gaëte, comme il était revenu de Fontainebleau, comme il était revenu d'Avignon, comme il était sorti des catacombes et de toutes ses captivités. Il est revenu dans sa ville, qui meurt sans lui, il est remonté sur son trône. Ce trône dénué de remparts visibles , la force n'a pu l'usurper, ni la ruse le surprendre, ni le temps le dissoudre; les conquérants n'ont pas pu s'y asseoir, les larrons n'ont pas pu s'y cramponner; plus fort que les siècles, plus fort que les délires du monde, il a résisté à tous les torrents qui ont roulé sur la terre, emportant les institutions, les empires et les peuples.

On parle de la faiblesse du pouvoir pontifical. Tout sceptre qui a frappé cette faiblesse s'est trouvé fragile, et quiconque a cessé de s'appuyer à cette faiblesse a tari en soi-même les nobles et abondantes sources de la vie.(15, p. 334.)

Page 1