‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 51 sur 216 · XVIII. RESUME SUR LA PAPAUTE · texte numérisé non relu

XVIII. RESUME SUR LA PAPAUTE

237. — Ce qu était le monde avant le Pape? C'était l'empire de Néron. C'était l'humanité divisée en bêtes de somme et en bêtes de proie, la partie dévorante sans remords, la partie dévorée sans révolte, et toute société s'acheminant à une destruction également certaine, ou par la guerre, ou par la paix? Esclave volontaire du prince des ténèbres, de celui qui fut « homicide dès le commencement », le genre humain s'était affaissé sous sa tyrannie.

Pourquoi le Pape venait-il dans le monde?

Le troupeau étant à bout de voie, la miséricorde divine lui envoya un pasteur, une main pour le délier, une lumière pour l'introduire et le conduire dans le chemin qui mène à Dieu. Le Pape vint enseigner la vérité au monde pour la délivrance et le salut du monde.

Mais à quel titre 9 A titre de représentant , de vicaire de Celui qui est la vérité même.

Quelles ont été les œuvres du Pape dans le monde?

En huit siècles, il avait mis Charlemagne à la place de Néron; depuis dix siècles, il a empêché la tyrannie de ressaisir l'empire.

L'Église accepte d'abord ces maîtres de chair qu'élèvent tour à tour la sédition, le parjure, la vénalité, l'assassinat. Elle n'en fait aucun, n'en conteste aucun ^ n'en adore aucun. Elle commande d'obéir à l'empereur, elle défend de l'adorer.

Lorsque l'Église eut sacré les princes , alors com-

mença l'attachement pour le sang royal. Une dynastie chrétienne , c'était un grand instrument de salut et une grande garantie de tous les droits. Le roi était le protecteur armé de la justice et de l'Église, le gardien de l'unité des esprits, le défenseur des opprimés, l'appui des faibles, enfln l'évêque du dehors, engagé par les serments les plus saints à observer les lois divines.

Si le roi se parjurait, le peuple n'était pas sans recours. Il y avait un magistrat, un juge pacifique, mais puissant sur la conscience humaine. Ce juge marquait au roi la borne qu'il ne pouvait franchir.

On reproche à l'Église tantôt son attachement, tantôt son indifférence pour les rois et pour les dynasties.

L'Église a eu les sentiments qu'elle devait avoir, selon le caractère des pouvoirs sous lesquels elle a vécu.

La puissance moderne n'est plus son œuvre.

En présence de cette force dédaigneuse qui la reconnaît à peine comme un fait, l'assimile aux « autres institutions religieuses; » qui lui jette comme aux autres du pain et des injonctions de prier et d'obéir, l'Église reprend son indifférence. Elle obéit, lorsqu'elle doit obéir, enseigne et prescrit l'obéissance due, refuse ce qu'elle doit refuser, réclame ce qui lui appartient, et adore d'avance les desseins de Dieu.

Comment le monde s'est-il séparé du Pape9

Est-ce bien vrai? Cela se dit de toutes parts, et de toutes parts la ruse, le mensonge, la violence s'emploient frénétiquement pour ôter à la papauté ce monde qui, dit-on, s'est détaché d'elle. Mais le Pape denrieure dans sa ville et sur son trône. On objecte qu'une main puissante le soutient. Pourquoi cette main puissante le soutient - elle ? Apparemment parce que le monde n'est pas détaché de lui , parce que l'opinion reste au Pape ; que celte opinion si savamment travaillée contre le Pape est pour le Pape une force , avec qui la force doit compter.

Cependant, regardons en face l'ennemi. Oui, le

monde, la partie active et bruyante du monde, s'est séparée du Pape. La politique, la science, l'art, le vaudeville, la taverne parlent contre la papauté. (( Elle n'a pas su, disent-ils, marcher avec l'esprit moderne. » Mais cette raison glorifie la papauté.

La papauté n'a pas su marcher avec l'esprit moderne, très-vieil esprit, parce qu'elle ne sait pas marcher dans l'erreur. L'Eghse n'est pas sur la terre pour recevoir l'impulsion de l'esprit de l'homme , mais , au contraire , pour régler et diriger la marche de l'esprit de l'homme suivant les enseignements stables de l'esprit de Dieu.

Que sera le monde sans le Pape 9 Sa situation sera assez comparable à celle du monde avant le Pape. Aujourd'hui cette conséquence peut paraître extrême. Il y a encore trop d'esprit chrétien dans les peuples, et sur les trônes trop de reflets de l'ancienne royauté chrétienne. Mais attendez que ce reste s'évapore au souffle des histrions. Le mépris de l'espèce humaine rouvrira le cirque.

Le monde sans le Pape, est-ce à dire que la papauté disparaîtra complètement ? Non : quand le Pape s'en ira, en d'autres termes, quand le christianisme s'en ira , il n'emportera pas la civilisation seulement, il emportera le genre humain. l 'humanité ne connaissant plus Jésus- Christ , ne lui donnant plus ni saints ni martyrs, ni sacrifices ni prières, n'aura plus de raison d'être. ('21, p. 238.)

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