I. LE CLERGE
238. — On représente le clergé comme une sorte de caste étrangère à la France, parce qu'il relève de ce père de la famille catholique que les hommes d'État de Louis- Philippe appelaient « un souverain étranger.» Le prêtre français est étranger comme le paysan son père, et comme le soldat son frère. Par le sang, par les idées et par les doctrines, il n'y a rien de plus anciennement et de plus profondément national. Ce qui est vraiment étranger en France, c'est ce qui renie la foi des aïeux , c'est ce qui n'est pas catholique. Hérétique ou incrédule, on prend racine ailleurs que dans le sol sacré de saint Rémi et de saint Louis, on se dénationalise; on est Anglais ou Allemand; on appartient à la révolution, qui n'a pas de patrie. (13, p. 14.)
239. — Le clergé est bien de ce temps , en connaît les besoins, en partage les tendances. Il est peuple des pieds à la tète, et presque exclusivement séculier : il ne vit pas dans les cloîtres, il lit les journaux, les livres; il est mêlé à tout le mouvement de la vie publique. Ces fils de soldats, de paysans, de bourgeois
n'aspirent guère au rétablissement de la féodalité. L'Église libre, la France gouvernée, voilà leur politique.
240. — On reproche au clergé français de ne pas jouer Ci le plus petit rôle dans la politique. » En 1848, on a vu que le clergé ni ne se croit incapable de se mêler des affaires publiques, ni n'est repoussé par le pays. Trois évèques et une douzaine de prêtres furent élus députés à l'assemblée constituante. Ils y jouèrent le rôle qui convenait à leur caractère , éloignés de tous les partis extrêmes , conciliants , aussi favorables à la liberté que les besoins de l'ordre le permettaient.
(( Le clergé serait sans action sur le mouvement des esprits. » Le clergé, disent d'autres voix, est un mort doué de cinquante mille voix fort parlantes et fort écoutées. On en fait de grandes plaintes. Des libres penseurs notables demandent que l'on tue enfin ce mort beaucoup trop vivant. (42, p. iii-7.)
Nous n'avons pas de nouveau Bossuet ni de nouveau Fénelon. De tels hommes, Dieu n'en fait pas tous les jours; mais il les fait pour servir longtemps. L'ancien Bossuet et l'ancieïi Fénelon servent encore ; nous les réimprimons tandis que la civilisation profane réimprime Voltaire. (42, p. in-O.)
La gloire d'un évêque français n'exige pas que l'on entende beaucoup parler de lui en Am-érique , en Allemagne et en Angleterre. C'est assez qu'il soit connu dans son diocèse. Nous avons d'excellents magistrats dont la renommée ne franchira jamais les limites de leur ressort; et nos généraux et nos colonels, fort inconnus des Russies, des Allemagnes et des Amériques, ont néanmoins formé des troupes qui ont su se comporter très-convenablement à Sébastopol et à Solférino. (46, p.iii-10.)