II. LE PRETRE
241. — Le prêtre est instruit, il est doux, il est gai. Il est gai logiquement , indépendamment de son caractère propre, par la raison qu'il n'a point d'affaires d'argent, ni d'affaires de ménage, ni d'affaires d'ambition; par la grande raison qu'il possède son âme.
Il ne craint ni la banqueroute , ni l'insuccès de ses œuvres d'esprit, ni le hasard, ni la fatalité. Il ne voit que la main de Dieu. Si elle se cache à ses regards, il la sent. Le chemin où elle l'engage peut lui être inconnu, le but ne l'est pas; il marche dans la largeur: Amhulaham in latitudine, quia mandata tua exquisiviî Quelle parole!
La conversation du prêtre est sereine , elle est innocente. Tout ce que saint Paul conseille d'en bannir en est banni, et c'est pourquoi cette conversation est joyeuse. Elle ne tarde guère à se diriger vers Dieu; Dieu lui-même y intervient par quelque texte des saintes Écritures, qui sont la lumière de tout.
Tout ce que Ton sait dans le monde, les prêtres le savent aussi bien ; ils savent mieux la vie humaine ; ils savent seuls les choses de Dieu. (21 , p. 300. )
242. — Oh! qu'il faut que la charité du prêtre soit grande et profonde et vraiment divine, pour résistera tout ce qu'on lui fait subir dans nos hôpitaux d'Algérie ! Mettons-nous à la place de cet homme de bien qui se présente pour consoler ses frères souffrants , et qu'on renvoie avec des paroles insolentes , comme un vil intrigant, presque comme un malfaiteur : il insiste, on le chasse; force lui est de s'éloigner. S'éloigne-t-il pour toujours? Non , il reviendra demain; il fera encore, Tété sous le soleil , l'hiver dans la boue , cette longue route qu'il a déjà faite inutilement; il reviendra braver
ces mépris, frapper à cette porte qu'on refusera peutêtre encore de lui ouvrir? Que veut-il? de l'argent, de l'avancement , des honneurs? Non, il ne veut que consoler ces pauvres inconnus qui sont là, gisants sur une paille malsaine, sans amis, sans secours; et que lui importe l'animosité de ceux qui se portent bien, les affronts qu'ils s'apprêtent à lui prodiguer, pourvu que celui qui souffre éprouve, après l'avoir entendu, un peu de soulagement , pourvu qu'il soit sauvé !
Continuez votre œuvre , prêtres du Dieu vivant, acceptez ces mépris qui seront un jour votre gloire, ces atïronts qui vous rendent chers au divin Crucifié ! Par là vous triompherez, et vos paroles seront bénies , et le jour viendra où le Tout-Puissant amollira les cœurs si durs qui prennent plaisir à vous persécuter. (3, p. 264.)