‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 55 sur 216 · IV. CE qu'est un religieux · texte numérisé non relu

IV. CE qu'est un religieux

246. — Qu'est-ce qu'un moine? Un homme qui laisse sa part aux autres, et qui se donne en surplus pour servir les autres. Il vit de peu; sa vie pauvre et laborieuse est employée à bénir et à pardonner. (21,

247. — La vie religieuse est une nef assurée sur laquelle on peut parvenir de la mer agitée de ce monde au port du salut. Ce saint vaisseau, portant le nom de Jésus -Christ pour bannière , ayant pour équipage les imitateurs de la vie pauvre et mortifiée du Sauveur, est attaqué par les hérétiques et par les apostats. Loin de lui fuient et sombrent dans la tempête les superbes, les impudiques, les avares. Sur la rive, dansent au bord des abîmes ceux qu'énervent les trois concupiscences dont parle saint Jean : la concupiscence des yeux, la concupiscence de la chair et l'orgueil de la vie. Docile à ses pilotes inspirés, l'arche des vertus humaines poursuit sa route; les sept dons de l'Esprit- Saint gonflent ses voiles,, attachées aux mâts de la foi , de l'espérance et de la charité; l'Étoile de la Mer, Stella Maris, la protège de sa douce influence; les anges l'attendent au lieu du repos et de la paix, qu'éclaire comme un phare l'impassibilité des âmes qui n'aspirent qu'à Dieu. Elle avance à travers les flots, à travers les orages, remorquant la fragile barque des séculiers, qui a grand besoin de son aide; elle reçoit à son bord les repentants, les affligés et ceux qu'animent les saints désirs de la perfection. Les passagers paisibles travaillent à la faire ar-

river plus vite : les uns veillent, les autres jeûnent, les autres prient; ceux-ci trionnpbent de leurs passions, ceux-là mortifient leurs sens. Ils sont tous, par vœu, chastes, obéissants et pauvres : Hi sunt qui seminant super omnes aquas. (Is., m, 2.) Et en etïet, non-seulement ils sèment par la prédication, par l'étude, par le bon exemple, par les bonnes œuvres, mais encore ils recueillent. Ils ont jeté dans la mer le mystique filet des pêcheurs d'hommes; le filet est plein; ils le tirent en dépit de l'envie, de l'ambition, de la calomnie, des pensées impures, filles des ténèbres, que des traits lancés du haut de la proue replongent dans le gouffre. (6, p. «7.)

248. — L'étude, la méditation, la prière, l'obéissance, la pauvreté, sont les grands besoins de l'âme des religieux. Hors du cloître ils ne trouveront que malaise, affliction, péril; la société humaine les fera souffrir, quelques-uns peut-être lui deviendront dangereux. Lai?sez-les ici, c'est leur place. Tout homme qui n'est point à sa place est un danger à lui-même et aux autres. Parmi ces caractères si divers sous la règle qu'ils ont embrassée volontairement, pour les uns la règle est un appui , pour les autres elle est un frein; elle soutient les uns, elle contient les autres.

L'homme qui vient ici se transforme par un travail invisible mais sûr. Ce qu'il a de mauvais succombe, ce qu'il a de bon se développe et fructifie. (39, p. 4-76.)

249. — Qu'est-ce que le moine, c'est-à-dire le prêtre élevé à toute la hauteur d'abnégation que comporte la vertu humaine? C'est le soldat des postes difficiles et des grands dangers, que l'on jette en pionnier de la civilisation chrétienne dans les glaces du pôle, dans les déserts de l'équateur, dans les savanes de l'Amérique; que l'on envoie attaquer les sauvages, les hérétiques, les incrédules. Et il y va, et il y meurt. Quand il est mort ou par les fatigues ou par les supplices ; quand il

a été lacéré par les fouets, consumé par les flammes, d'autres accourent à sa place, ambitieux du même sort, jusqu'à ce qu'enfin, sur les ruines de ces tribunaux sanglants, sur les cendres de ces bûchers, ils élèvent la Croix, comme le soldat, sur les décombres de la forteresse ennemie et sur les cadavres de ses frères , plante son étendard vainqueur. (10, p. 470.)

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