V. POURQUOI ON SE FAIT RELIGIEUX
250. — Quelqu'un, parlant des monastères et voulant les protéger, je suppose, a dit un jour : a. Il faut laisser des refuges ouverts aux grands repentirs et aux grandes douleurs. » Cette sottise a obtenu un cours prodigieux. (21, p. 322.)
251. — On croit que , pour se consacrer entièrement à Dieu, sans autres bénéfices, émoluments et honoraires qu'une robe de laine et un lit de planches, il faut sentir le besoin de fuir la justice humaine, avoir perdu la tète, ou être né imbécile à peu près. On ne comprend rien à la sublime simplicité du sentiment religieux , à cette horreur du mal qui saisit les âmes pures avant même qu'elles aient failli, à cette générosité chevaleresque d'un cœur chrétien qui voudrait, au prix de toutes les joies de la vie, épargner à Dieu la douleur d'un seul péché.
Non, ce ne sont pas les faibles intelligences, ni les cœurs chargés de remords , ni les cœurs possédés par la passion qui remplissent les cloîtres. Ces religieux de facture littéraire n'iiabitent que les romans.
Les passions ne portent pas à Dieu. C'est avant qu'elles éclatent, ou lorsqu'elles sont apaisées, que l'homme ordinairement reçoit le rayon de la grâce, aperçoit l'étoile du salut , et vient d'un pas calme au refuge où les tempêtes d'ici-bas ne le saisiront plus. (27, p. 215.)
252. — J'ai, grâce à Dieu , connu et pratiqué quantité de religieux, moines, frati, clercs de tous les habits et de toutes les vocations. J'en ai vu de vieux, et j'en ai vu de jeunes. Il est vrai que ces gens-là mènent une vie laborieuse , mordfiée, sacrifiée ; mais aucun ne l'avait embrassée sous la pression d'un grand repentir ou d'une grande douleur.
La plupart y sont venus jeunes ; ils ont choisi le cloître, non pour avoir commis des crimes, mais parce qu'ils craignaient l'ombre du péché; non pour avoir subi de grandes douleurs, mais parce qu'ils ressentaient un grand amour. Par crainte du péché, ils se sont mis à l'abri ; par amour pour Dieu , ils ont voué leur existence pour louer Dieu et faire des œuvres de victimes qui les associent à la rédemption. (21, p. 324.)